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Jérôme Garcin: abécédaire

Jérôme Garcin: abécédaire

Avez-vous lu La Chute de Cheval ou l’Ecuyer mirobolant? Connaissez-vous Jérôme Garcin, leur auteur ?

Je l’ai découvert grâce au Masque et la Plume, que mes parents adoraient écouter. Alors voilà, un rêve de petite fille: demander ce grand Monsieur, de nous offrir son abécédaire.

C’est sur ses chemins normands préférés que Jérôme Garcin a eu la gentillesses de nous rédiger ce superbe cadeau.

Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, voici quelques infos biographiques:

 

Jérôme Garcin, est un journaliste et écrivain français. Il dirige le service culturel du Nouvel Observateur, produit et anime l’émission Le Masque et la Plume sur France Inter, et est membre du comité de lecture de la Comédie-Française. Il fait sa scolarité au lycée Henri-IV à Paris avant une licence et une maîtrise de philosophie à la Sorbonne et des études de journalisme. Il publie ses premiers articles pour Les Nouvelles littéraires, puis travaille auprès de Jean-François Kahn à L’Événement du jeudi. Pendant dix ans, il en dirige la rédaction, tout en collaborant auprès de François-Régis Bastide à l’émission Le Masque et la Plume de France Inter. Il prend la direction de cette émission en 1989, et en devient plus tard le producteur. Après trois années à L’Express, Jérôme Garcin devient directeur adjoint de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur, rédacteur en chef du « service Culture », et collabore au journal Service littéraire. Ancien membre du jury du prix Décembre, il est nommé à celui du prix Renaudot en mars 2010.

Place à son abécédaire :

 

Auge (Pays d’) : le paradis verdoyant, vallonné, sylvestre, à la fois terrestre et marin, lumineux et ombreux, ancestral et contemporain, des cavaliers de l’Ouest. Mon paradis.

Bartabas : le Centaure absolu, le seigneur des chevaux, l’artiste dont l’œuvre est capitale autant qu’éphémère, mais aussi, plus secrètement, le frère à qui j’ai donné la place de mon jumeau perdu.

Centre équestre du Brévedent : entre Lisieux et Pont-L’Evêque, la principauté équestre, nichée à l’orée d’un bois, où je monte depuis près d’un quart de siècle, sous l’œil averti de Jean-Luc Coutable et de Cathy Sautet, et où, après m’avoir offert sa jeunesse, Eaubac vit une retraite alanguie de roi nonchalant.

Danseur : le lusitanien virtuose de ma femme, Anne-Marie, qui n’a jamais été plus ardente comédienne qu’en selle sur Danseur, dont le passage et les piaffers élevaient l’équitation à la hauteur du spectacle vivant, rayonnant.

Eaubac : mon premier cheval, un trotteur né à Sées en 1992, qui a fait de moi un autre homme et sans qui je n’aurais sans doute jamais osé écrire mes livres les plus intimes, révéler les drames qui m’ont fondé et me réconcilier, aux trois allures, avec mon passé.

Flaubert : il y a des milliers de chevaux dans l’œuvre de Flaubert, le patron, et il y a cette idée, que je partage, selon laquelle l’art d’écrire emprunte à l’acte de monter. A Louise Colet, en 1851, il confiait : « Le Paradis en ce monde se trouve sur le dos des chevaux, dans le fouillement des livres ou entre les deux seins d’une femme. » Vaste et séduisant programme.

Géricault : les chevaux lui « tournaient la tête », il les a peints, il les a exaltés comme personne, et ils l’ont tué, à 33 ans, après trois chutes au galop. C’est que, disait Goethe, « les morts vont vite ».

Hippothèque : dans la mienne figurent les traités des grands maîtres, de La Guérinière à Decarpentry, et brille le nom de Paul Morand, l’écrivain-cavalier par excellence, pour son chef-d’œuvre, Milady, et son indispensable Anthologie de la littérature équestre.

Instrument (de musique): l’idéal, ce serait de monter comme on joue du violon, avec fermeté et tendresse, afin de faire entendre un son très pur.

Jeunesse : c’est fou ce que, en selle, plus on vieillit et mieux nous reviennent par brassées les émotions, les rêves, les parfums de l’enfance, ce paradis perdu.

Kilos : on ne le répètera jamais assez, il est vain de vouloir rivaliser avec une masse de 500 ou 600 kilos, de croire pouvoir lui résister, il faut plutôt s’employer à la gouverner avec délicatesse, à s’en faire une alliée.

Légèreté : l’atteindre à cheval, c’est commencer seulement à savoir monter.

Main (sans jambe) : devise et précepte d’Etienne Beudant, l’écuyer mirobolant, qui aspirait à se passer des aides et, par le seul souffle de la botte et la profondeur de l’assiette, fit de la haute-école sous l’implacable soleil d’Afrique du nord avec chacun de ses chevaux, même les plus rébarbatifs et les moins souples.

Nature : on ne la comprend, la respire, l’épouse qu’en étant seul avec son cheval, rênes longues, dans une clairière, un champ moissonné ou sous l’odoriférant tilleul, qui garde la carrière.

Oliveira (Nuno) : le prince portugais qui n’était pas à cheval, mais dansle cheval, et que j’ai placé en exergue de La Chute de chevalpour son beau credo : « Il faut monter beaucoup, tout en ne laissant pas les livres se couvrir de poussière sur les étagères. »

Père : sa photo, à cheval, sur la plage de Saint-Laurent-sur-mer ne quitte pas mon bureau. Un trotteur fou, qui s’est emballé dans la forêt de Rambouillet, me l’a enlevé, alors qu’il avait 45 ans. Sa mort a fondé ma vie. Je ne galope que pour le retrouver. Nous avançons main dans la main, botte à botte.

Qualités : de toutes celles que l’équitation exige, la plus nécessaire et la moins ostentatoire est l’humilité.

Rochefort (Jean) : depuis qu’il ne pouvait plus monter, il n’était plus que mélancolie et nostalgie. Je me souviens, quand j’étais à cheval, de ses appels téléphoniques du week-end : « Oh, Jérôme, faites-moi entendre le claquement des sabots de votre cheval sur le sol sec », et je tendais mon portable vers le bas. « Merci », me disait-il, la voix pleine de regrets, avant de raccrocher.

Sagan (Françoise) : sur la photo, que j’ai encadrée, elle, si fine, monte un grand cheval sur la plage de Deauville, à la frontière du sable et de la mer, elle a l’air heureux, comme lorsqu’elle me racontait ses balades à cru sur le vieux Poulou avec qui elle explorait, adolescente, les causses de son Lot natal.

Travail : quand je travaille mon cheval, c’est une récréation.

Universel : dans tous les pays où je suis allé, et dont je ne parle pas la langue, j’ai constaté avec bonheur que la grammaire du cheval et les mots de l’équitation étaient universels. Les cavaliers se comprennent toujours, ils sont de la même nationalité.

Valrose : je m’étais juré, par fidélité à Eaubac, de ne jamais reprendre un autre cheval et j’ai craqué, en mai dernier, pour ce selle français bai de 10 ans, beau comme un dieu, loyal sur le plat, franc à l’obstacle et si complice, si mutin, dans nos équipées forestières.

Week-end : Je l’attends en rongeant mon frein, tellement impatient de me débarrasser de mes habits professionnels pour me consacrer, sous le ciel normand, aux deux verbes que je conjugue à tous les temps et qui me tiennent debout : écrire et monter, monter et écrire.

X : le centre de la carrière de dressage, son point de passage invisible et obligé, le foyer de sa secrète géométrie, son cœur palpitant.

Yoga : il vise, comme l’équitation, à réaliser l’unification physique, psychique et spirituelle de l’être humain, auquel le cheval donne un supplément d’âme.

Zénith : Le bonheur est à son zénith lorsque le cheval devient plus léger que l’air et qu’il nous donne ce que, sans user d’aucune aide, on lui a demandé par l’esprit seul.

Bibliographie sélective de Jérôme Garcin :

  • 1994 : Pour Jean Prévost, éditions Gallimard (ISBN 978-2070737024) – Prix Médicis essai 1994
  • 1995 : Littérature vagabonde, éditions Flammarion
  • 1998 : La Chute de cheval, éd. Gallimard – Prix Roger-Nimier 1998, (ISBN 2-07-075204-6)
  • 1999 : Barbara, claire de nuit, éditions de La Martinière, (ISBN 2-07-041909-6) , un ouvrage sur l’auteur-compositeur-interprète Barbara5.
  • 2001 : C’était tous les jours tempête, éd. Gallimard, (ISBN 978-2070756896) – les confessions imaginées de Hérault de Séchelles
  • 2003 : Théâtre intime – prix France Télévisions essai 2003
  • 2004 : Bartabas, éd. Gallimard (ISBN 978-2070744282) – biographie romancée sur l’écuyer Bartabas ; Prix Jean-Freustié
  • 2005 : Le Masque et la Plume avec Daniel Garcia, anthologie de l’émission
  • 2006 : Cavalier seul : journal équestre, éd. Gallimard
  • 2007 : Les Sœurs de Prague, éd. Gallimard,
  • 2007 : Nouvelles Mythologies (ouvrage collectif sous sa direction, et rédaction du texte Le Corps nu d’Emmanuelle Béart), éditions du Seuil
  • 2008 : Son excellence, monsieur mon ami, éd. Gallimard (ISBN 978-2070783885) – Prix Duménil 20086
  • 2009 : Les livres ont un visage, Mercure de France
  • 2010 : L’Écuyer mirobolant, éd. Gallimard, (ISBN 978-2070121823)
  • 2011 : Olivier, éd. Gallimard (ISBN 978-2070131631)
  • 2012 : Fraternité secrète en collaboration avec Jacques Chessex, éditions Grasset, (ISBN 978-2246783534)
  • 2013 : Bleus horizons, éd. Gallimard – Prix François-Mauriac de la région Aquitaine 2013, Prix des romancières 2014 (ISBN 978-2-07-013061-0)
  • 2014 : Le Voyant, éd. Gallimard – biographie du résistant aveugle Jacques Lusseyran – prix Nice Baie des Anges 20157, Prix Relay des voyageurs lecteurs 20158, Prix d’une vie
  • 2015 : Nos dimanches soirs, co-éd. Grasset/France-Inter – Le Masque et la Plume et son histoire
  • 2018 : Le Syndrome de Garcin, éd. Gallimard – Histoire de ses aïeux sur sept générations
Retrouvez Jérôme Garcin :

 

 

 

 

Retrouvez nos autres abécédaires :

 

 

A propos de l'auteur

Laurence Boccard

Laurence est une passionnée de chevaux en tout genre, allez on l'avoue un petit (hum très gros !) faible pour les chevaux arabes. Amatrice de découvertes diverses et variées, elle vous les livre et vous raconte ses derniers coups de coeur ou de gueule.

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