Qatar Prix de l’Arc de Triomphe : un siècle de chevaux, d’éleveurs, de rêves et d’émotions
Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a…
Article mis à jour le 4 octobre 2026, après la victoire de Daryz dans l’édition 2026.
Ribot. Sea-Bird. Allez France. Dancing Brave. Zarkava. Sea The Stars. Trêve. Enable. Alpinista. Ace Impact. Bluestocking. Daryz.
Puis Daryz, encore.
Il suffit d’aligner les noms pour comprendre.
Le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe n’est pas seulement une course de chevaux. Depuis plus d’un siècle, il est devenu l’un des grands livres d’histoire du pur-sang.
On y retrouve des jockeys de légende : Yves Saint-Martin, Pat Eddery, Olivier Peslier, Thierry Jarnet, Christophe Soumillon, Frankie Dettori, Mickaël Barzalona…
Des entraîneurs : François Mathet, Étienne Pollet, Vincent O’Brien, André Fabre, Criquette Head-Maarek, John Gosden, Aidan O’Brien, Jean-Claude Rouget, Francis-Henri Graffard…
Mais il existe derrière eux des personnages que le grand public voit moins.
Les éleveurs.
Pourtant, l’histoire d’un Arc commence souvent chez eux.
Bien avant Longchamp.
Elle commence dans un pré.
Dans le choix d’une poulinière.
Dans un pedigree étudié pendant l’hiver.
Dans la décision d’envoyer telle jument à tel étalon.
Puis vient une naissance, souvent au milieu de la nuit. Un poulain encore maladroit cherche son équilibre et tente de se mettre debout.
Personne ne sait alors s’il gagnera une course.
Encore moins s’il gagnera l’Arc.
Et pourtant, c’est là que tout commence.
Le dimanche 4 octobre 2026, à ParisLongchamp, cette histoire s’est enrichie d’un nouveau chapitre. Daryz, tenant du titre, a remporté l’Arc pour la deuxième année consécutive. Aucun mâle n’avait conservé sa couronne depuis Alleged, en 1977 et 1978.
Pour mesurer ce que représente ce doublé, il faut remonter le temps.
Et revenir en 1920.
1920 : une course française qui pense déjà international
Le premier Prix de l’Arc de Triomphe est disputé le 3 octobre 1920.
La France possède déjà de grandes épreuves, notamment le Grand Prix de Paris. Mais il manque un grand rendez-vous automnal international sur 2 400 mètres permettant notamment aux trois ans d’affronter leurs aînés selon le principe du poids pour âge.
Ce sera l’Arc.
Et son premier vainqueur annonce déjà son destin international : Comrade, entraîné en Angleterre.
Très vite apparaissent les premiers champions.
Ksar est le premier cheval à réussir le doublé, en 1921 et 1922.
Après lui viendront Motrico, Corrida, Tantième, Ribot, Alleged, Trêve, Enable… et désormais Daryz.
Plus d’un siècle d’histoire et seulement neuf doubles vainqueurs.
Aucun cheval n’a encore gagné trois fois l’Arc.
Marcel Boussac : quand l’éleveur devient bâtisseur de dynastie
L’histoire de l’Arc ne peut être racontée sans Marcel Boussac.
L’industriel français construit au XXe siècle l’un des empires d’élevage les plus influents de son époque.
Ses couleurs dominent Longchamp.
Corrida gagne en 1936 et 1937.
Djebel en 1942.
Ardan en 1944.
Caracalla en 1946.
Coronation en 1949.
Six victoires.
Mais mesurer Boussac à ses seuls Arcs serait réducteur.
Des étalons comme Tourbillon et Djebel et les grandes familles développées dans ses haras marqueront profondément l’élevage européen.
L’Arc devient progressivement une sorte de livre généalogique à ciel ouvert.
France Galop rappelle d’ailleurs que plusieurs vainqueurs ont ensuite engendré un autre gagnant de l’épreuve : Biribi donnera Le Pacha ; Djebel, Coronation ; Ribot, Molvedo et Prince Royal ; Sea-Bird, Allez France ; Rainbow Quest, Saumarez ; Montjeu, Hurricane Run. Depuis 2025, il faut ajouter Sea The Stars, père de Daryz.
Un vainqueur de l’Arc peut donc continuer à gagner la course longtemps après avoir quitté les pistes.
À travers ses descendants.
C’est la revanche du temps long de l’éleveur sur les deux minutes et demie de la compétition.
Ribot : le chef-d’œuvre que Federico Tesio ne verra jamais courir
Pour comprendre ce qu’est un grand éleveur, il faut parler de Federico Tesio.
L’Italien de Dormello ne se contentait pas de produire des chevaux.
Il construisait des pedigrees.
Pendant des décennies, il étudia les familles, rechercha certaines qualités et développa une conception très personnelle de la sélection du pur-sang.
Puis naquit Ribot.
Le cheval qui allait devenir son chef-d’œuvre.
Mais Tesio meurt en mai 1954.
Ribot n’a pas encore débuté.
L’éleveur ne verra donc jamais courir celui qui symbolisera plus tard son génie.
En 1955, Ribot arrive à Longchamp.
Il gagne l’Arc.
Il revient en 1956.
Cette fois, sa supériorité est écrasante.
Il s’impose de six longueurs.
Ribot achève sa carrière invaincu :
16 courses. 16 victoires.
Mais pour l’histoire de l’élevage, quelque chose de plus extraordinaire encore se produit ensuite.
Ribot devient étalon.
Deux de ses fils gagneront à leur tour l’Arc : Molvedo en 1961 et Prince Royal en 1964.
Federico Tesio était mort avant les débuts de Ribot.
Mais la sélection qu’il avait imaginée continuait de gagner à Longchamp dix ans après sa disparition.
Voilà peut-être l’une des plus belles définitions du travail d’éleveur.
1965 : Sea-Bird vole… et Pat Glennon le caresse
Puis arrive Sea-Bird.
Le champion entraîné par Étienne Pollet a déjà remporté le Derby d’Epsom lorsqu’il se présente à Longchamp en 1965.
L’opposition est exceptionnelle.
Reliance.
Tom Rolfe.
Anilin.
Quelques-uns des meilleurs chevaux du monde.
Puis la ligne droite commence.
Sea-Bird accélère.
Les autres souffrent.
Lui continue.
Son jockey australien Pat Glennon comprend qu’il possède encore énormément de ressources.
Et se produit alors l’une des images les plus extraordinaires de l’histoire de l’Arc.
Glennon caresse Sea-Bird sur l’encolure alors que la course n’est pas encore terminée.
Pas après le poteau.
Avant.
Le jockey félicite déjà son cheval.
Sea-Bird s’impose de cinq longueurs devant Reliance.
L’une des images les plus fortes de l’Arc n’est donc pas un coup de cravache.
C’est une caresse.
Comme si Glennon avait compris avant tout le monde que la course venait de basculer dans l’Histoire.
Mais l’histoire de l’éleveur continue.
Sea-Bird devient étalon.
Et parmi ses produits se trouve une pouliche exceptionnelle.
Allez France.
En 1974, neuf ans après son père, elle gagnera à son tour l’Arc.
1970 : Sassafras brise le rêve de Nijinsky
L’Arc sait aussi fabriquer des duels.
En 1970, Nijinsky arrive à Longchamp avec une réputation immense.
Le champion de Vincent O’Brien a réussi la Triple Couronne britannique.
Mais en face se trouve Sassafras, entraîné par François Mathet et monté par Yves Saint-Martin.
Dans la ligne droite, les deux chevaux se livrent un combat qui restera l’un des grands moments de Longchamp.
Sassafras résiste.
Nijinsky est battu.
L’Arc vient encore de rappeler l’une de ses lois :
on peut arriver à Paris avec un palmarès exceptionnel.
Il faut quand même gagner la course.
1974 : Allez France, la fille de Sea-Bird
Quatre ans plus tard, l’Arc revient à Allez France.
Elle est montée par Yves Saint-Martin et porte les couleurs de Daniel Wildenstein.
Mais pour l’éleveur, un autre détail compte.
Son père est Sea-Bird.
Neuf ans après la démonstration de 1965 et les caresses de Pat Glennon dans la ligne droite, les gènes du champion reviennent gagner Longchamp.
L’Arc commence ainsi à raconter ses propres histoires familiales.
1977-1978 : Alleged, le dernier mâle à conserver sa couronne… jusqu’en 2026
Entraîné par Vincent O’Brien et monté par Lester Piggott, Alleged gagne l’Arc en 1977, puis revient le gagner en 1978.
Après lui, de très grands mâles tenteront de défendre leur titre. Helissio, Montjeu, Hurricane Run… Tous échoueront.
Il faudra attendre près d’un demi-siècle, et Daryz, pour qu’un mâle réussisse de nouveau le doublé.
1980 et 1994 : Detroit puis Carnegie, la victoire d’une mère
Autre histoire fascinante : Detroit gagne l’Arc en 1980.
Quatorze ans plus tard, son fils Carnegie remporte la même course.
France Galop souligne cette filiation dans son histoire officielle de l’épreuve.
C’est l’un des plus beaux paradoxes de l’Arc.
Le public pense voir une arrivée.
L’éleveur peut y voir un commencement.
1982 : la fin de la Loterie et l’entrée dans l’ère des sponsors
L’Arc possède aussi une histoire économique.
Très tôt se pose la question de son financement et de ses allocations.
Un système de sweepstake puis la Loterie nationale contribuent au développement financier de l’épreuve.
Après la Seconde Guerre mondiale, cette aide permet notamment d’augmenter fortement les allocations.
Mais elle diminue progressivement.
En 1982, l’Arc sert pour la dernière fois de support au sweepstake de la Loterie nationale.
Une époque s’achève.
Une autre commence.
Le sponsoring commercial entre dans l’histoire de l’Arc.
1982-1987 : Trusthouse Forte et la valeur du nom « Arc »
Le premier grand partenaire commercial est Trusthouse Forte.
Le groupe hôtelier britannique possède alors environ 800 hôtels dans le monde et contrôle notamment deux établissements parisiens prestigieux : le Plaza Athénée et le George V.
Le rapprochement est logique.
Longchamp attire déjà propriétaires, éleveurs, personnalités et visiteurs venus de nombreux pays.
Pour une entreprise internationale d’hôtellerie haut de gamme, l’Arc constitue une vitrine idéale.
L’association durera jusqu’en 1987.
Quelque chose vient de changer.
L’Arc n’est plus seulement une grande course ayant besoin de financement.
Son nom est devenu suffisamment prestigieux pour qu’une multinationale veuille y associer le sien.
1985-1986 : Rainbow Quest et Dancing Brave, naissance d’une dynastie Juddmonte
Au même moment commence une autre histoire.
Les couleurs de Khalid Abdullah remportent l’Arc avec Rainbow Quest en 1985.
Puis vient Dancing Brave en 1986.
Dans un peloton exceptionnel, Pat Eddery attend.
Longtemps.
Puis Dancing Brave jaillit.
Son accélération engloutit Bering, Triptych, Shahrastani et quelques-uns des meilleurs chevaux d’Europe.
Cette victoire devient l’un des moments fondateurs de l’histoire de Juddmonte.
Avec les années, Juddmonte va devenir bien davantage qu’une écurie de propriétaires : un programme de sélection capable de produire génération après génération des chevaux de Groupe 1.
Après Rainbow Quest et Dancing Brave viendront notamment Rail Link, Workforce, Enable et Bluestocking.
L’Arc n’est plus une victoire isolée.
Il devient une tradition d’élevage.
1988 : CIGA, l’Aga Khan et l’invention du week-end de l’Arc
En 1988, un autre groupe hôtelier prend le relais :
CIGA Hotels.
Et derrière le nouveau sponsor se trouve un nom déjà intimement lié aux courses :
l’Aga Khan.
Il est alors le principal actionnaire du groupe hôtelier italien.
Le rapprochement est fascinant : l’un des plus grands propriétaires-éleveurs européens est également lié au sponsor de la course qu’il rêve de gagner.
Mais CIGA apporte surtout une nouvelle manière de penser l’événement.
On ne promeut plus seulement une course.
On construit un week-end.
Le « Ciga Weekend » prend forme.
Le Grand Critérium rejoint le programme du samedi en 1989. Le Prix du Cadran arrive en 1991.
Cette année-là, le week-end compte cinq Groupes 1.
France Galop rapporte que 35 000 personnes se rendent alors à Longchamp tandis que 45 millions de téléspectateurs, via dix-neuf chaînes de télévision, peuvent suivre l’événement.
L’Arc devient spectacle mondial.
1993 : Urban Sea, la jument qui va changer l’élevage mondial
Parfois, le véritable impact d’un Arc ne se révèle que beaucoup plus tard.
Urban Sea gagne en 1993.
Sur le moment, c’est une immense victoire.
Mais au haras, Urban Sea va devenir quelque chose de plus rare encore :
une poulinière capable d’influencer profondément l’élevage mondial.
Elle donne notamment Galileo.
Et Sea The Stars.
Sea The Stars gagnera lui-même l’Arc.
Galileo deviendra l’un des étalons les plus influents de l’époque moderne.
Et en 2016, quelque chose d’invraisemblable se produira :
les trois premiers de l’Arc seront tous ses produits.
Urban Sea avait gagné une fois Longchamp.
Ses gènes, eux, n’ont jamais vraiment quitté la course. En 2025 puis en 2026, c’est son petit-fils Daryz qui l’a gagnée.
1999 : Barrière, Deauville et l’art de vivre français
À partir de 1999, le Groupe Lucien Barrière devient partenaire de l’Arc.
Le rapprochement semble naturel.
Barrière est historiquement lié à Deauville, à ses hôtels et casinos.
Or Deauville est également l’une des capitales européennes du pur-sang : hippodromes, ventes, haras, propriétaires, éleveurs et entraîneurs s’y retrouvent chaque été.
Le partenariat avec l’Arc durera jusqu’en 2007.
Pour Barrière, la course permet d’associer son nom à un univers international de prestige, de sport, d’hôtellerie et d’art de vivre.
Pour l’Arc, cette association confirme sa capacité à attirer les grandes marques du luxe et du tourisme.
1999 : El Condor Pasa et le début du grand rêve japonais
Cette même année commence véritablement une autre histoire.
Celle du Japon.
El Condor Pasa a été envoyé en Europe avec l’Arc comme grand objectif.
Dans la course, le Japonais semble un moment pouvoir aller au bout.
Mais Montjeu revient.
El Condor Pasa termine deuxième.
Le Japon vient de comprendre qu’il peut gagner l’Arc.
Il lui reste à le faire.
Cette quête va devenir l’une des plus grandes histoires inachevées de Longchamp.
2008 : Zarkava, ou un Arc commencé plusieurs générations auparavant
Pour expliquer ce qu’est l’élevage, il suffit presque de raconter Zarkava.
Elle est invaincue.
Elle gagne la Poule d’Essai des Pouliches.
Le Prix de Diane.
Le Prix Vermeille.
Puis vient l’Arc.
Sous Christophe Soumillon, elle gagne encore.
Mais pour comprendre cette victoire, il faut remonter très loin.
Aux Aga Khan Studs, Zarkava représente dix générations d’élevage familial et sa lignée maternelle remonte à la célèbre Mumtaz Mahal, achetée en 1922 et devenue l’une des grandes juments fondatrices de la maison Aga Khan.
On mesure soudain ce que signifie le mot « éleveur ».
L’Arc de Zarkava dure quelques minutes.
Mais sa construction génétique s’étend sur plusieurs générations humaines.
Zarkava se retire invaincue après sept courses.
Puis elle devient poulinière.
Elle donnera notamment Zarak, futur étalon de premier plan. Son fils Varandir, vainqueur du Prix Niel, a pris le départ de l’Arc 2026 aux côtés de Daryz, sous les mêmes couleurs.
Encore une fois, l’arrivée de l’Arc n’est pas la fin de l’histoire.
2008 : pourquoi le Qatar choisit l’Arc
L’année de Zarkava est également celle d’un bouleversement économique majeur.
Le Qatar Racing and Equestrian Club, le QREC, devient partenaire de l’épreuve.
Le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe est né.
Le premier accord est conclu pour cinq ans.
Son effet financier est spectaculaire : l’allocation de l’Arc, alors de deux millions d’euros, augmente fortement et atteindra ensuite cinq millions d’euros.
Mais réduire ce partenariat à une question d’argent serait insuffisant.
Pour le Qatar, le cheval occupe une place culturelle particulière.
Le QREC a pour mission de développer les activités hippiques et équestres qataries et de renforcer la présence du pays sur la scène internationale des courses.
Le partenariat comporte aussi un autre volet essentiel :
le pur-sang arabe.
La Qatar Arabian World Cup trouve ainsi sa place pendant le week-end de l’Arc et devient l’un des grands rendez-vous internationaux du cheval arabe.
Pour le Qatar, Longchamp représente donc à la fois une vitrine mondiale et un pont entre deux cultures hippiques : celle du pur-sang anglais et celle du pur-sang arabe.
Le partenariat sera prolongé à plusieurs reprises.
L’accord actuellement annoncé court jusqu’en 2027.
2009 : Sea The Stars, quand Urban Sea revient gagner l’Arc
Un an après Zarkava, Longchamp accueille un phénomène.
Sea The Stars.
2 000 Guineas.
Derby d’Epsom.
Eclipse Stakes.
International Stakes.
Irish Champion Stakes.
Puis l’Arc.
Il gagne encore.
Et son pedigree raconte à lui seul une partie de l’histoire moderne de l’élevage.
Sa mère ?
Urban Sea.
La gagnante de l’Arc 1993.
Seize ans après la mère, le fils gagne donc la même course.
Mais l’histoire ne s’arrêtera toujours pas là.
Sea The Stars devient étalon.
Et en 2025, l’un de ses fils gagnera à son tour l’Arc.
Il s’appellera Daryz.
Et il le gagnera une seconde fois en 2026.
2011 : Danedream et la force de l’élevage allemand
En 2011, une pouliche allemande arrive à Longchamp.
Danedream.
Élevée au Gestüt Brümmerhof, entraînée par Peter Schiergen et montée par Andrasch Starke.
Elle gagne de cinq longueurs.
Et signe 2’24″49, temps de référence de l’Arc disputé à ParisLongchamp.
Pour l’élevage allemand, le symbole est immense.
Numériquement, l’Allemagne possède une population de pur-sang beaucoup moins importante que la France, la Grande-Bretagne ou l’Irlande.
Mais sa tradition de sélection, l’importance accordée aux familles maternelles et à la solidité lui permettent régulièrement de produire des chevaux de niveau mondial.
Danedream en devient l’un des plus beaux exemples.
Elle confirmera l’année suivante en remportant les King George VI and Queen Elizabeth Stakes à Ascot.
Longchamp avait consacré une championne.
Mais aussi une école d’élevage.
2012 : pendant quelques secondes, tout le Japon croit au rêve
Puis arrive Orfevre.
Le champion japonais porte un rêve national.
Christophe Soumillon attend à l’arrière.
Dans la ligne droite, il lance Orfevre.
L’accélération est spectaculaire.
Le cheval passe.
Il s’en va.
Pendant quelques secondes, le Japon possède enfin son Arc.
Mais Orfevre commence à pencher vers la lice.
Et derrière lui, Solemia revient.
Olivier Peslier insiste.
Encore une foulée.
Puis une autre.
Solemia reprend Orfevre.
Le Japon vient de passer en quelques secondes de l’euphorie à la sidération.
Soumillon expliquera qu’à 300 mètres du poteau il ne pensait plus pouvoir être battu.
El Condor Pasa avait terminé deuxième en 1999.
Nakayama Festa en 2010.
Orfevre en 2012.
Il sera encore deuxième en 2013.
Certaines défaites finissent par appartenir autant à l’histoire d’une course que certaines victoires.
Celle d’Orfevre en fait partie.
Trêve : la pouliche que les acheteurs n’avaient pas voulue
Puis vient l’une des plus belles histoires françaises de l’élevage moderne.
Trêve.
Elle naît au Haras du Quesnay, la maison de la famille Head.
Alec Head a acheté le domaine en 1959 et y a construit avec sa famille l’un des grands élevages français.
Trêve est une fille de Motivator et Trévise.
Elle passe aux ventes.
Mais les acheteurs ne se battent pas pour elle.
Alec Head racontera plus tard qu’il avait été déçu sur le moment avant de se féliciter, avec le recul, de leur manque d’enthousiasme.
La pouliche que le marché n’avait pas voulu acheter allait devenir double gagnante de l’Arc.
En 2013, quelques jours avant Longchamp, un autre coup du destin intervient.
Frankie Dettori doit monter Trêve.
Mais il se fracture la cheville à Nottingham.
Thierry Jarnet récupère la monte.
Trêve pulvérise l’opposition.
Cinq longueurs.
Orfevre est deuxième.
Après l’arrivée, Jarnet cherche quelques mots en anglais pour décrire ce qu’il vient de vivre.
Il en trouve deux :
« Fantastic. Magic. »
Criquette Head-Maarek pense aussi à l’absent.
Elle remercie Dettori d’avoir pris soin de Trêve lors du Prix Vermeille en sachant que l’objectif véritable était l’Arc et lui adresse publiquement « un gros baiser ».
Puis vient 2014.
La saison a été difficile.
Les doutes se multiplient.
Pas chez Criquette.
Trêve gagne encore.
Pour la famille Head, l’histoire ressemble presque à une récompense globale.
L’éleveur.
Le haras.
La famille.
L’entraîneur.
Le cheval.
Tout se rejoint.
2016 : Found gagne, Galileo fait 1-2-3
En 2016, l’Arc est disputé à Chantilly pendant la rénovation de Longchamp.
Found, entraînée par Aidan O’Brien et montée par Ryan Moore, gagne.
Derrière elle arrivent Highland Reel et Order Of St George.
Un triplé pour Aidan O’Brien.
Mais les éleveurs remarquent immédiatement autre chose.
Les trois sont par Galileo.
Le même étalon vient de produire les trois premiers de l’Arc.
Et qui est la mère de Galileo ?
Urban Sea.
La gagnante de 1993.
Galileo est également le demi-frère de Sea The Stars, gagnant de l’Arc 2009.
Une jument gagne l’Arc.
Elle produit un grand étalon.
Cet étalon produit les trois premiers d’un même Arc.
Son demi-frère gagne lui-même la course.
Voilà pourquoi l’élevage ne peut pas être séparé de l’histoire de Longchamp.
Enable : quatre générations de patience chez Juddmonte
En 2017 apparaît une autre championne.
Enable.
Fille de Nathaniel et Concentric.
Entraînée par John Gosden.
Montée par Frankie Dettori.
Mais une information est essentielle pour comprendre ce qu’elle représente :
Enable est une quatrième génération élevée par Juddmonte.
Elle n’est donc pas simplement une championne achetée pour courir.
Elle est l’aboutissement d’un programme de sélection développé pendant plusieurs générations.
Elle gagne l’Arc 2017 à Chantilly.
Le lendemain matin, Frankie Dettori revient la voir.
La veille, il y avait la foule, les caméras, le podium.
Cette fois, il arrive avec un paquet de Polos, les petits bonbons à la menthe.
Il en donne à Enable.
Puis il lui fait un gros bisou.
La championne s’est roulée dans son box avec sa couverture de gagnante de l’Arc.
Dettori prend quelques photos.
La veille, des millions de personnes avaient regardé une reine.
Le lendemain matin, il ne reste qu’un homme, une jument, quelques friandises et de l’affection.
Enable revient en 2018.
Elle gagne encore.
Puis vient 2019.
Le rêve impossible.
Le troisième Arc.
À Longchamp, l’atmosphère devient extraordinaire.
La foule acclame Enable puis scande le nom de Dettori.
Le jockey compare l’ambiance à celle d’un stade de football.
Enable prend l’avantage.
Pendant quelques secondes, l’impossible semble devenir possible.
Mais Waldgeist revient.
Pierre-Charles Boudot le lance.
Waldgeist passe.
Enable est battue.
Quelques jours plus tard, Dettori reconnaîtra avoir pleuré après la défaite.
Il n’y aura pas de troisième Arc.
Mais pour Juddmonte, l’histoire continue.
Enable retourne au haras.
Elle devient poulinière.
Le cycle de l’éleveur recommence.
André Fabre : huit Arcs, un record sur plus de trente ans
La victoire de Waldgeist permet à André Fabre de porter son record à huit Arcs.
Trempolino en 1987.
Subotica en 1992.
Carnegie en 1994.
Peintre Célèbre en 1997.
Sagamix en 1998.
Hurricane Run en 2005.
Rail Link en 2006.
Waldgeist en 2019.
Huit chevaux différents.
Plus de trente années entre le premier et le dernier succès.
Ce record dit quelque chose de la difficulté du métier d’entraîneur : comprendre un cheval, choisir son programme et réussir à l’amener à son sommet exactement le premier dimanche d’octobre.
Frankie Dettori : six Arcs et une vie avec Longchamp
Chez les jockeys, un homme domine le palmarès :
Lanfranco « Frankie » Dettori.
Lammtarra en 1995.
Sakhee en 2001.
Marienbard en 2002.
Golden Horn en 2015.
Enable en 2017.
Enable encore en 2018.
Six victoires.
Mais réduire Dettori à cette statistique serait oublier ce que le public a aimé chez lui.
Les flying dismounts.
Les embrassades.
Les gestes vers les tribunes.
Les larmes.
Et cette manière de rappeler que, même au sommet du professionnalisme, un jockey peut profondément aimer un cheval.
Les Polos apportés à Enable le lendemain de l’Arc racontent peut-être mieux leur histoire que les six victoires inscrites dans un tableau.
2022 : Alpinista, quatre générations et cinquante années de travail
En 2022, l’Arc récompense encore le temps long.
Alpinista, la jument grise de Kirsten Rausing, gagne pour l’entraîneur Sir Mark Prescott et le jockey Luke Morris.
À Lanwades Stud, on la connaît depuis bien avant ses victoires.
Elle y a été élevée.
Et elle représente quatre générations de sélection maison.
Après l’Arc, Kirsten Rausing explique que gagner la meilleure course du monde représente le sommet des ambitions de la plupart des éleveurs de pur-sang.
Elle rappelle aussi qu’elle avait commencé à élever des chevaux plus de cinquante ans auparavant.
Voilà ce que le public ne voit pas forcément lorsque le poteau est franchi.
Pour Luke Morris, l’Arc d’Alpinista a duré quelques minutes.
Pour Kirsten Rausing, il avait commencé un demi-siècle plus tôt.
Alpinista rentrera ensuite à Lanwades pour devenir poulinière.
Courir.
Gagner.
Sélectionner.
Transmettre.
2023 : Ace Impact et la revanche du « petit » éleveur
L’Arc ne récompense pas uniquement les immenses empires d’élevage.
L’histoire d’Ace Impact le rappelle.
Le poulain est élevé par Waltraut Spanner.
Jean-Claude Rouget l’achète yearling à Deauville pour 75 000 euros.
Il gagne.
Encore.
Et encore.
Le Prix du Jockey Club.
Le Prix Guillaume d’Ornano.
Puis l’Arc.
À Longchamp, Cristian Demuro attend avant de déclencher l’accélération devenue la signature du poulain.
Ace Impact passe ses adversaires.
Il termine sa carrière invaincu :
six courses, six victoires.
Il devient ensuite étalon au Haras de Beaumont.
Une nouvelle fois, l’Arc transforme la destinée génétique d’un cheval.
Et derrière lui se trouve une éleveuse dont le nom est désormais inscrit dans l’histoire de la plus grande course française.
2024 : Bluestocking, encore Juddmonte
L’année suivante, l’Arc revient à Juddmonte.
Bluestocking.
Fille de Camelot et de la gagnante de Groupe 1 Emulous.
Élevée par Juddmonte.
Entraînée par Ralph Beckett.
Montée par Rossa Ryan.
Elle avait été supplémentée pour participer à l’Arc après sa victoire dans le Prix Vermeille.
Elle gagne.
Pour Juddmonte, c’est une nouvelle confirmation de la puissance d’un programme d’élevage construit sur plusieurs décennies.
Pour Rossa Ryan, c’est beaucoup plus personnel.
Après l’arrivée, il explique qu’un cheval peut réellement changer une vie.
Bluestocking venait de changer la sienne.
2025 : Daryz, le père, le fils et plusieurs générations Aga Khan
Puis arrive l’Arc 2025.
Daryz.
Entraîné par Francis-Henri Graffard.
Monté par Mickaël Barzalona.
Élevé par l’Aga Khan IV, disparu quelques mois auparavant.
Son père est Sea The Stars.
Le gagnant de l’Arc 2009.
Et Sea The Stars est lui-même fils d’Urban Sea, gagnante en 1993.
Trois générations de l’histoire de l’Arc sont soudain réunies dans un même pedigree.
Dans la ligne droite, Minnie Hauk prend l’avantage.
Daryz la poursuit.
Les deux chevaux luttent.
Barzalona insiste.
Daryz revient.
Une tête.
Après 2 400 mètres, quelques centimètres seulement séparent les deux chevaux.
Daryz vient de gagner l’Arc.
Premier succès dans l’épreuve pour Barzalona.
Premier pour Francis-Henri Graffard.
Mais surtout une victoire profondément liée à l’élevage.
France Galop souligne que le croisement entre Sea The Stars et Daryakana avait été conçu du vivant de l’Aga Khan IV.
Daryz n’était donc pas seulement le cheval portant les couleurs familiales.
Il était le produit d’une décision d’éleveur prise par celui qui n’était plus là pour voir la victoire.
Le succès porte alors la famille Aga Khan à huit victoires dans l’Arc.
Francis-Henri Graffard, lui aussi, regarde très loin en arrière.
Après la course, il pense à son enfance en Bourgogne.
Aux courses qu’il regardait avec son grand-père.
Au petit garçon qu’il était.
Et à ce rêve devenu réalité.
Ce sport est fait d’émotions.
Difficile de mieux résumer l’Arc.
Restait une question : fallait-il s’arrêter là ? La princesse Zahra Aga Khan, qui a repris l’élevage familial après la disparition de son père, choisit de garder Daryz à l’entraînement à quatre ans. Un pari rarement gagnant avec un mâle vainqueur de l’Arc.
2026 : la saison d’un champion à quatre ans
Le fils de Sea The Stars revient au printemps et remporte le Prix Ganay.
Puis le Prix Aga Khan IV, l’ancien Prix d’Ispahan, rebaptisé en hommage à son éleveur. Une victoire de trois longueurs et demie sur 1 850 mètres, qui montre l’étendue de sa palette.
En juin, à Royal Ascot, il ne termine que troisième des Prince of Wales’s Stakes. Les doutes apparaissent.
Francis-Henri Graffard prend son temps. Fin août, il ramène Daryz à Deauville pour un galop public, afin de le remettre dans l’ambiance des courses.
Le 6 septembre, lors des Qatar Arc Trials, Daryz remporte le Qatar Prix Foy devant Bay City Roller, lauréat de la Coronation Cup. Le même jour, son compagnon d’écurie Varandir gagne le Prix Niel sous les mêmes couleurs.
Personne ne le sait encore, mais le Foy vient de livrer le scénario de l’Arc.
4 octobre 2026 : Daryz entre dans le cercle des doubles vainqueurs
Seize partants. Un terrain bon. Un après-midi d’automne lumineux à ParisLongchamp.
Daryz s’élance en grand favori, de la stalle 5.
Mickaël Barzalona le garde dans la seconde moitié du peloton. Le Japonais Meisho Tabaru imprime longtemps le rythme.
À l’entrée de la ligne droite, Daryz est enfermé derrière des chevaux.
Pendant quelques foulées, l’Arc semble pouvoir lui échapper.
Puis Barzalona trouve l’ouverture et le décale à l’extérieur.
Devant, Bay City Roller, entraîné par George Scott et monté par Oisin Murphy, a pris les commandes. Diamond Necklace, la pouliche d’Aidan O’Brien lauréate de la Poule d’Essai des Pouliches et du Prix de Diane, s’accroche malgré une stalle 16 très défavorable.
Daryz passe Diamond Necklace à 300 mètres.
Il rejoint Bay City Roller.
Il le domine.
Une longueur un quart d’avance au poteau. Diamond Necklace termine troisième à une encolure. Temps : 2’27″11.
Comme au Prix Foy, Daryz et Bay City Roller occupent les deux premières places.
L’arrivée du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2026
- Daryz (Mickaël Barzalona / Francis-Henri Graffard)
- Bay City Roller (Oisin Murphy / George Scott)
- Diamond Necklace (Aidan O’Brien)
- Friendly Soul
- Kalpana
- Maltese Cross
- Varandir
- Thundering On
- Benvenuto Cellini
- Minnie Hauk
Daryz devient le neuvième cheval à gagner deux fois l’Arc, le premier depuis Enable en 2017 et 2018, et surtout le premier mâle depuis Alleged en 1977 et 1978.
La casaque verte à épaulettes rouges de l’Aga Khan signe sa neuvième victoire dans l’épreuve, un record pour une famille de propriétaires-éleveurs.
Mickaël Barzalona et Francis-Henri Graffard, vainqueurs pour la première fois un an plus tôt, comptent désormais deux Arcs chacun.
Après l’arrivée : la pression, les larmes, et un père absent
Après la course, Mickaël Barzalona résume l’essentiel : « Gagner deux fois une course comme celle-ci prouve que Daryz est un cheval exceptionnel. »
Le jockey reconnaît que rien ne s’est déroulé comme prévu, mais assure être resté calme, sachant quel champion il avait sous lui.
Francis-Henri Graffard, lui, a laissé tomber le masque. L’entraîneur raconte avoir ressenti une pression énorme pendant les deux semaines précédentes, et un poids immense sur les épaules au moment de l’entrée dans les stalles. Puis les larmes, une fois le poteau franchi.
Il remercie la princesse Zahra d’avoir eu le courage de garder Daryz à l’entraînement à quatre ans, alors que l’histoire de l’Arc joue presque toujours contre les mâles de cet âge.
La princesse Zahra Aga Khan, elle, pense à son père. Elle confie que l’Arc 2025 avait été vécu dans l’émotion du deuil, et qu’elle a cette fois abordé la course sereinement, tant le cheval lui inspirait confiance.
Plus d’un siècle après l’arrivée de la famille dans les courses, les couleurs de l’Aga Khan IV reviennent donc au sommet. Avec un cheval né d’un croisement qu’il avait lui-même décidé.
Et le troisième Arc ?
La question est arrivée aussitôt. Daryz pourrait-il devenir le premier triple vainqueur de l’histoire ?
Francis-Henri Graffard n’a pas caché qu’il aimerait tenter l’aventure, tout en se doutant que la décision ne lui appartient pas.
La princesse Zahra s’est montrée beaucoup plus réservée : « J’en doute fortement. Il a d’autres devoirs à remplir. »
Ces devoirs, ce sont ceux de l’étalon. Et c’est peut-être la suite la plus logique pour un cheval qui porte en lui Urban Sea, Sea The Stars et Daryakana.
Le cycle de l’éleveur, encore.
2026 : Cygames, le Japon entre aussi dans l’histoire des partenaires
L’histoire commerciale de l’Arc continue elle aussi d’évoluer.
En 2026, la société japonaise Cygames rejoint l’événement comme premier partenaire Premium japonais du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.
Le symbole est fort.
Cygames est un acteur majeur du divertissement numérique et du jeu vidéo.
Parmi ses créations figure Umamusume: Pretty Derby, un univers directement inspiré de véritables chevaux de course japonais.
Cygames était déjà devenu partenaire-titre du Grand Prix de Paris.
Son rapprochement avec l’Arc possède donc une logique particulière : faire se rencontrer le sport hippique réel et une nouvelle génération de passionnés ayant parfois découvert les courses à travers le jeu vidéo et la culture populaire japonaise.
Et symboliquement, le choix est fascinant.
Car le Japon rêve toujours de gagner l’Arc.
El Condor Pasa.
Nakayama Festa.
Orfevre.
Des décennies de tentatives.
2026 : le Japon attend toujours
Lors de la clôture initiale des engagements pour l’édition 2026, France Galop avait enregistré 73 chevaux.
27 entraînés en France.
21 en Grande-Bretagne.
12 en Irlande.
7 au Japon.
6 en Allemagne.
Au départ, ils ne seront finalement que deux Japonais : Admire Terra et Meisho Tabaru, les 39e et 40e représentants du Japon dans l’histoire de l’Arc depuis Speed Symboli en 1969.
Meisho Tabaru mène une grande partie de la course avant de céder et de terminer quatorzième. Admire Terra prend la onzième place.
Le pays qui poursuit toujours sa première victoire à Longchamp est désormais représenté parmi les partenaires de l’événement.
Mais pas encore au palmarès.
Quatre deuxièmes places, aucune victoire. La quête continue.
Pour le Japon, gagner l’Arc ne représenterait plus seulement la victoire d’un cheval.
Ce serait la consécration d’un système d’élevage devenu en quelques décennies l’un des plus puissants de la planète.
2026 : le Festival des Nations
France Galop avait placé cette édition sous le signe d’un Festival des Nations.
France.
Grande-Bretagne.
Irlande.
Allemagne.
Japon.
L’idée était de célébrer les différentes cultures du galop et leurs supporters à travers le week-end, notamment avec un Défilé des Nations.
L’arrivée lui a donné tout son sens : un cheval entraîné en France, devant un Britannique et une Irlandaise.
Lorsque les chevaux arrivent à Longchamp, ils n’apportent pas seulement des casaques différentes.
Ils représentent aussi des écoles d’élevage.
La France et ses haras normands.
L’Irlande et son extraordinaire industrie du pur-sang.
La Grande-Bretagne, berceau historique du Thoroughbred.
L’Allemagne et sa sélection exigeante.
Le Japon et son immense investissement génétique depuis plusieurs décennies.
L’Arc est donc bien davantage qu’un championnat de chevaux.
C’est aussi une confrontation entre cultures hippiques et philosophies d’élevage.
Les « Arc Races » : huit chemins pour arriver à Longchamp
Autre nouveauté de 2026 : les Arc Races.
France Galop avait sélectionné huit grandes courses françaises servant de parcours vers le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.
Le principe comprenait un système de Wild Card, permettant aux vainqueurs concernés d’obtenir un accès direct à l’Arc selon les conditions fixées par France Galop.
L’idée rend plus lisible quelque chose que les professionnels savent depuis toujours :
un Arc ne commence pas le premier dimanche d’octobre.
Il commence des mois auparavant.
Dans les grandes courses du printemps.
Le Prix du Jockey Club.
Le Grand Prix de Paris.
Puis les courses estivales.
Les préparatoires de septembre.
En 2026, la démonstration a été parfaite : le Prix Foy a donné exactement les deux premiers de l’Arc. Maltese Cross, lauréat du Grand Prix de Paris et longtemps présenté comme le principal adversaire de Daryz, a dû se contenter de la sixième place.
Chaque étape apporte une information.
La tenue.
La vitesse.
L’état de forme.
L’aptitude aux 2 400 mètres.
Le terrain.
La capacité à supporter la pression.
Puis vient Longchamp.
Longchamp, capitale mondiale du galop pendant un week-end
Les chiffres publiés par France Galop donnaient une idée de la dimension prise par l’événement.
Environ 35 000 spectateurs étaient attendus, représentant quelque 50 nationalités.
Près de 2 600 personnes travaillent sur l’hippodrome pendant le week-end, représentant environ 200 métiers.
Environ 17 tonnes de paille sont utilisées pour les boxes.
Et l’événement est retransmis dans plus de 60 pays.
Derrière les deux minutes et demie de l’Arc se cache donc une gigantesque organisation.
Et maintenant ? Cap sur l’Arc 2027
L’édition 2027 s’annonce déjà comme un tournant.
Pour la première fois de son histoire, l’Arc sera ouvert aux hongres. Une décision qui divise profondément le monde des courses.
L’accord de partenariat avec le Qatar court, lui, jusqu’en 2027.
Quant à Daryz, sa présence semble peu probable.
Pour suivre l’actualité de l’épreuve, la référence reste la page officielle de France Galop consacrée au Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.
Les hongres dans l’Arc : la fin d’un tabou
C’est la réforme la plus discutée de l’histoire récente de l’Arc.
Fin juin 2026, le conseil d’administration de France Galop approuve, à une très large majorité, l’ouverture du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe aux hongres à partir de 2027. La proposition est portée par son président, Guillaume de Saint-Seine.
Pour entrer en vigueur, la réforme doit encore être validée au niveau européen. C’est chose faite début septembre : réuni à Berlin, l’European Pattern Committee donne son feu vert.
Depuis 1920, l’Arc était réservé aux mâles entiers, aux pouliches et aux juments.
Les arguments de France Galop
L’objectif affiché par l’institution est simple : faire de l’Arc la référence mondiale incontestée du galop, en réunissant les meilleurs chevaux de la planète sur les 2 400 mètres de ParisLongchamp, qu’ils soient destinés ou non au haras.
France Galop met en avant un plateau plus relevé, des confrontations inédites et un événement plus attractif pour le grand public. La réforme s’inscrit dans sa stratégie de « sportainment », qui associe excellence sportive et expérience événementielle.
L’Arc était devenu un cas à part. Les King George VI and Queen Elizabeth Stakes, les Champion Stakes britanniques et irlandaises sont ouverts aux hongres depuis longtemps. En France, le Prix du Moulin de Longchamp l’est depuis 2020. Seuls l’Arc et le Prix Jacques le Marois maintenaient l’exclusion parmi les grands Groupes 1 ouverts à tous les âges.
Un nom revient sans cesse dans le débat : Calandagan. Entraîné par Francis-Henri Graffard, ce hongre a terminé 2025 comme le cheval le mieux noté du monde, après avoir remporté notamment le Grand Prix de Saint-Cloud, les King George et la Japan Cup. Il n’a jamais pu courir l’Arc.
Les arguments des opposants
En face, des voix parmi les plus influentes du galop européen.
John Magnier, patron de Coolmore, se place sur le terrain de l’élevage et de la race. Pour lui, l’Arc perdrait son statut de grande course de sélection : « L’Arc ne sera plus une vraie course si l’on y admet les hongres. »
André Fabre, recordman des victoires dans l’Arc avec huit succès, est tout aussi net : « Je suis fermement contre, je n’y vois aucun avantage. »
L’entraîneur reconnaît qu’un hongre est plus facile à entraîner qu’un entier, ce qui lui donne selon lui un avantage. Il rappelle aussi que l’élevage a besoin de davantage d’étalons de haut niveau, pas de moins. Et il défend la tradition, qu’il refuse de rompre pour une poignée de chevaux.
Aidan O’Brien s’est lui aussi prononcé contre lorsque le projet a été rendu public.
Le débat dépasse les grands noms. Les spécialistes restent partagés sur les avantages physiques et psychologiques que pourrait conférer la castration. Et le conseil d’administration de France Galop lui-même a été profondément divisé avant de trancher.
Tous les professionnels ne partagent pas ces craintes. Certains jockeys estiment que l’équilibre de la course ne sera guère bouleversé et que peu de hongres gagneront réellement l’Arc.
Une question d’éleveur
Au fond, la polémique pose une question que cet article n’a cessé de parcourir : à quoi sert l’Arc ?
À couronner le meilleur cheval de l’année sur 2 400 mètres ?
Ou à désigner les futurs reproducteurs qui façonneront les générations suivantes ?
Pendant plus d’un siècle, l’Arc a été les deux à la fois. Urban Sea, Sea The Stars, Galileo et Daryz en sont la preuve.
Un hongre vainqueur de l’Arc pourrait entrer dans l’histoire de la course.
Il n’entrera jamais dans celle de ses pedigrees.
C’est tout l’enjeu du débat. À partir de 2027, l’Arc restera peut-être le plus grand championnat de chevaux du monde. Il sera, un peu moins, un championnat de l’élevage.
L’éleveur, ce grand personnage parfois invisible de l’Arc
On photographie naturellement le jockey.
On interroge l’entraîneur.
On reconnaît la casaque du propriétaire.
Mais dans l’histoire du Prix de l’Arc de Triomphe, l’éleveur est parfois le personnage essentiel que le grand public voit le moins.
Avant Ribot, il y avait Federico Tesio.
Avant Zarkava, dix générations de sélection Aga Khan.
Avant Trêve, Alec Head, le Quesnay et une pouliche que les acheteurs avaient laissée passer.
Avant Enable, quatre générations de Juddmonte.
Avant Alpinista, plusieurs générations de Lanwades et plus de cinquante années de travail de Kirsten Rausing.
Avant Ace Impact, Waltraut Spanner.
Avant Daryz, un croisement Sea The Stars – Daryakana imaginé par l’Aga Khan IV. Et la décision de sa fille de le garder une saison de plus.
Et parfois, l’influence devient vertigineuse.
Urban Sea gagne l’Arc.
Elle produit Sea The Stars.
Sea The Stars gagne l’Arc.
Il produit Daryz.
Daryz gagne l’Arc.
Deux fois.
Urban Sea produit aussi Galileo.
Galileo produit des gagnants de l’Arc et, en 2016, les trois premiers de la course.
Son fils Nathaniel donne Enable.
Son fils Frankel donne Alpinista.
Le fils de Frankel, Cracksman, donne Ace Impact.
Ribot gagne deux Arcs et produit deux gagnants.
Sea-Bird gagne puis produit Allez France.
Detroit gagne puis produit Carnegie.
Voilà pourquoi l’Arc est peut-être autant un championnat de l’élevage qu’un championnat des chevaux.
Les hommes passent, les lignées restent
Les records donnent une première mesure de la grandeur de l’épreuve.
André Fabre : huit victoires comme entraîneur.
Frankie Dettori : six comme jockey.
La famille Aga Khan : neuf comme propriétaire.
Neuf doubles vainqueurs.
Mais les statistiques ne racontent pas tout.
Elles ne racontent pas Pat Glennon caressant Sea-Bird avant même d’avoir franchi le poteau.
Elles ne racontent pas Federico Tesio mourant sans avoir jamais vu courir Ribot.
Elles ne racontent pas la pouliche Trêve que les acheteurs n’avaient pas voulu acheter.
Elles ne racontent pas Criquette Head envoyant un baiser à Frankie Dettori pendant que Thierry Jarnet cherche ses mots et finit par dire :
« Fantastic. Magic. »
Elles ne racontent pas Christophe Soumillon souriant encore lorsqu’Orfevre semble avoir gagné avant de comprendre que Solemia revient.
Elles ne racontent pas Dettori revenant le lendemain de son premier Arc avec Enable, quelques Polos dans la poche.
Elles ne racontent pas ses larmes après le troisième Arc impossible.
Elles ne racontent pas Kirsten Rausing repensant à plus de cinquante années d’élevage après Alpinista.
Elles ne racontent pas Rossa Ryan expliquant que Bluestocking avait changé sa vie.
Elles ne racontent pas Francis-Henri Graffard redevenant, après l’Arc de Daryz, le petit garçon de Bourgogne qui regardait les courses avec son grand-père.
Ni ses larmes, un an plus tard, quand la pression de deux semaines est enfin retombée.
Elles ne racontent pas la princesse Zahra pensant à son père devant le cheval qu’il avait imaginé.
Et pourtant, c’est peut-être là que se trouve la véritable histoire de l’Arc.
Le 4 octobre 2026, 16 h 05
Ce dimanche-là, ParisLongchamp était plein.
Il y avait les drapeaux.
Les supporters japonais.
Les casaques que les passionnés reconnaissent au premier regard.
Les propriétaires.
Les entraîneurs.
Les éleveurs.
Les jockeys.
Au défilé, certains spectateurs regardaient le favori.
D’autres cherchaient les chevaux japonais.
Les professionnels observaient leur état, leur façon de marcher, leur calme ou leur nervosité.
Les éleveurs regardaient peut-être autre chose.
Une tête qui rappelle la mère.
Une façon de se déplacer héritée du père.
Une famille maternelle qu’ils connaissent depuis vingt ou trente ans.
Puis les chevaux sont entrés dans les stalles.
Et pendant quelques secondes, tout ce que nous venons de raconter était là.
Federico Tesio et Ribot.
Marcel Boussac.
Sea-Bird et la main de Pat Glennon sur son encolure.
Urban Sea.
L’Aga Khan et Zarkava.
Les Head et Trêve.
Juddmonte et Enable.
Kirsten Rausing et Alpinista.
Le rêve japonais d’Orfevre.
Sea The Stars et Daryz.
Plus d’un siècle de croisements, de poulinières, d’étalons, de propriétaires, d’entraîneurs, de jockeys et de rêves.
Puis les stalles se sont ouvertes.
Et deux minutes et vingt-sept secondes plus tard, un nom déjà inscrit au palmarès l’a été une seconde fois.
Deux minutes et demie pour parfois un siècle de travail
C’est peut-être cela, finalement, le Prix de l’Arc de Triomphe.
Une course extrêmement courte.
Et une histoire infiniment longue.
Deux mille quatre cents mètres pour lesquels certains travaillent toute une vie.
Une mère choisie.
Un étalon choisi.
Un poulain qui naît.
Une main qui le caresse pour la première fois.
Des mois dans un pré.
Des cavaliers du matin.
Des garçons et filles d’écurie.
Un entraîneur.
Un propriétaire qui accepte de rêver.
Un jockey qui, pendant quelques minutes, porte sur ses épaules le travail de tous les autres.
Puis Longchamp.
Le silence juste avant l’ouverture des stalles.
Le galop.
Les cris.
Le poteau.
Un jockey qui lève le bras.
Un entraîneur qui pleure.
Une éleveuse qui pense à son père et à un croisement imaginé plusieurs années auparavant.
Et une main qui revient se poser sur l’encolure du cheval.
Le lendemain matin, quelque part dans un haras de Normandie, d’Irlande, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Italie ou du Japon, un autre poulain se mettra debout pour la première fois.
Personne ne saura encore ce qu’il deviendra.
C’est peut-être lui, le prochain Arc.
Sources et archives internationales consultées
Les données historiques et statistiques ont été croisées en priorité avec les archives et publications de France Galop, notamment l’historique officiel du Prix de l’Arc de Triomphe, les palmarès, les statistiques d’élevage et d’étalons, les engagements et informations officielles 2026.
Les histoires d’élevage ont également été confrontées aux archives des Aga Khan Studs, de Juddmonte et de Lanwades Stud, afin de privilégier autant que possible les sources directement issues des élevages concernés.
Les témoignages, scènes d’après-course et éléments internationaux ont été complétés avec les archives de Racing Post, BBC Sport, RTÉ, Idol Horse et Equidia, ainsi qu’avec des archives de presse françaises pour Trêve et Orfevre.
Pour l’édition 2026, les chiffres de référence sont ceux de France Galop. Le déroulement de la course et les déclarations d’après-course ont été complétés avec Racing Post, RTÉ Sport et Idol Horse.
- France Galop — Qatar Prix de l’Arc de Triomphe
- France Galop — site officiel
- Aga Khan Studs
- Juddmonte
- Lanwades Stud
FAQ
Qui a gagné le Prix de l’Arc de Triomphe 2026 ? Daryz, entraîné par Francis-Henri Graffard et monté par Mickaël Barzalona pour les Aga Khan Studs, a remporté l’édition 2026 le dimanche 4 octobre à ParisLongchamp. Il a devancé Bay City Roller d’une longueur un quart, Diamond Necklace prenant la troisième place. Il conserve ainsi le titre gagné en 2025.
Quel cheval a gagné le plus de Prix de l’Arc de Triomphe ? Aucun cheval n’a remporté l’Arc plus de deux fois. Neuf champions ont réalisé le doublé : Ksar, Motrico, Corrida, Tantième, Ribot, Alleged, Trêve, Enable et Daryz.
Quel est le dernier mâle à avoir gagné deux fois l’Arc ? Daryz, en 2025 et 2026. Avant lui, aucun mâle n’avait conservé son titre depuis Alleged, en 1977 et 1978. Entre-temps, seules les pouliches Trêve et Enable avaient réussi le doublé.
Daryz courra-t-il un troisième Arc en 2027 ? C’est peu probable. Après la course, la princesse Zahra Aga Khan a indiqué douter fortement d’un retour à Longchamp, évoquant les futurs devoirs d’étalon du cheval. Francis-Henri Graffard aurait aimé tenter le triplé.
Quel jockey détient le record de victoires dans l’Arc ? Frankie Dettori détient le record avec six victoires : Lammtarra en 1995, Sakhee en 2001, Marienbard en 2002, Golden Horn en 2015 et Enable en 2017 et 2018.
Quel entraîneur a remporté le plus de Prix de l’Arc de Triomphe ? André Fabre détient le record avec huit victoires, de Trempolino en 1987 à Waldgeist en 2019.
Pourquoi les éleveurs sont-ils si importants dans l’histoire de l’Arc ? Parce que l’histoire d’un gagnant commence plusieurs années, et parfois plusieurs générations, avant sa victoire. Ribot est lié au travail de Federico Tesio, Zarkava à dix générations d’élevage Aga Khan, Enable à plusieurs générations de Juddmonte et Alpinista au programme de sélection de Kirsten Rausing. Urban Sea illustre particulièrement cette influence : gagnante de l’Arc en 1993, elle est la mère de Galileo et de Sea The Stars, et la grand-mère de Daryz, double vainqueur en 2025 et 2026.
Pourquoi le Qatar sponsorise-t-il le Prix de l’Arc de Triomphe ? Le Qatar Racing and Equestrian Club est partenaire de l’Arc depuis 2008. Ce partenariat accompagne la stratégie internationale du Qatar dans les sports hippiques et contribue également à la promotion du pur-sang arabe, notamment à travers la Qatar Arabian World Cup.
Un cheval japonais a-t-il déjà gagné le Prix de l’Arc de Triomphe ? Non. Malgré plusieurs performances remarquables, aucun cheval entraîné au Japon n’a encore remporté l’Arc. El Condor Pasa a terminé deuxième en 1999, Nakayama Festa en 2010 et Orfevre en 2012 et 2013. En 2026, Admire Terra a pris la onzième place et Meisho Tabaru la quatorzième.
Les hongres peuvent-ils courir l’Arc ? Pas jusqu’en 2026. Le conseil d’administration de France Galop a voté en juin 2026 l’ouverture de l’épreuve aux hongres, validée en septembre par l’European Pattern Committee. Ils pourront courir l’Arc à partir de l’édition 2027. La réforme reste contestée par plusieurs grandes figures du galop, dont André Fabre et John Magnier.
Où se dispute le Prix de l’Arc de Triomphe ? L’Arc se dispute à ParisLongchamp, dans le bois de Boulogne à Paris, sur 2 400 mètres. Les éditions 2016 et 2017 ont exceptionnellement été organisées à Chantilly pendant la rénovation de l’hippodrome parisien.
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Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a repris en 2016. Formée à l'anthropologie sous la direction de François Laplantine, elle regarde le cheval comme un objet total : biologique, technique, culturel, intime. Longtemps au contact du monde équestre, de la presse à l'organisation de grands rendez-vous internationaux (avec un faible assumé pour le pur-sang arabe), elle souhaite faire de ce site un média qui explore le cheval sous tous ses angles, sans œillères, et avec une seule ligne rouge : le bien-être de l'animal.





