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L’entretien des cuirs, une corvée ?

L’entretien des cuirs, une corvée ?

Entretenir ses cuirs d’équitation : une corvée ? Pas si l’on adopte les bons gestes !

Selle, filet, rênes, étrivières… Le matériel en cuir accompagne le cavalier au quotidien. Mais entre la transpiration du cheval, la poussière, la pluie et les séances qui s’enchaînent, il est soumis à rude épreuve. Faut-il vraiment nettoyer ses cuirs après chaque utilisation ? Quels produits choisir ? Et surtout, comment les entretenir sans les abîmer ? On fait le point, avec l’œil du sellier.

Soyons honnêtes : après une bonne séance, on a rarement envie de passer une heure à astiquer sa selle et son filet. Il reste le cheval à soigner, le matériel à ranger et parfois quelques kilomètres de route pour rentrer.

Pourtant, entretenir ses cuirs n’est pas qu’une question d’esthétique. C’est aussi une question de confort, de longévité du matériel et de sécurité.

La bonne nouvelle ? Inutile de sortir tout l’attirail chaque soir. Quelques gestes simples, faits régulièrement, suffisent à garder ses équipements en bon état.

Pourquoi faut-il entretenir ses cuirs d’équitation ?

Le cuir est une matière naturelle : une peau animale transformée par le tannage. Souple et résistant quand il est de qualité et bien entretenu, il reste sensible à son environnement.

Au fil des séances, il subit plusieurs agressions :

  • La transpiration du cheval, dont les sels laissent des dépôts et abîment les finitions.
  • La poussière, le sable et la boue, qui usent par abrasion, surtout au niveau des coutures et des zones de frottement.
  • L’humidité, porte ouverte aux moisissures quand le matériel est mal rangé.
  • La chaleur et les écarts de température, qui accélèrent le dessèchement.
  • Les frottements répétés, qui sollicitent particulièrement les étrivières, les rênes et les pièces de briderie.

Un cuir négligé finit par devenir rigide, se craqueler et perdre peu à peu sa résistance.

Et quand une rêne, une étrivière ou un montant de filet lâche, les conséquences sont autrement plus sérieuses qu’une selle qui a perdu son éclat.

Le premier réflexe du cavalier ? Inspecter ses cuirs autant que les nettoyer.

Quel matériel utiliser pour nettoyer ses cuirs ?

Pas besoin d’une collection de flacons digne d’une parfumerie. Un petit nécessaire suffit :

  • Une éponge douce ou une microfibre propre.
  • Un chiffon sec et non pelucheux.
  • Un peu d’eau tiède.
  • Un savon glycériné ou un nettoyant formulé pour le cuir de sellerie.
  • Un baume, une crème ou un conditionneur adapté à votre cuir.
  • Une petite brosse souple pour les coutures.
  • Un porte-selle stable pour travailler confortablement.

Attention : tous les cuirs ne s’entretiennent pas de la même façon. Cuir lisse, cuir gras, nubuck ou daim, veau ou vachette ne demandent pas les mêmes produits. Certains savons sont d’ailleurs déconseillés sur le daim et les cuirs très clairs, qu’ils peuvent foncer.

Le réflexe du sellier : avant tout nouveau produit, un essai sur une zone discrète, et un coup d’œil aux recommandations du fabricant. La plupart des grandes selleries publient leurs propres consignes d’entretien.

Comment nettoyer sa selle et son filet sans les abîmer ?

1. Commencer par enlever la poussière

Avant de sortir le savon, passez un chiffon doux ou une brosse souple sur l’ensemble du matériel.

Insistez là où s’accumulent poussière, poils et transpiration : dessous des quartiers, contre-sanglons, têtière, muserolle et passages de boucles.

Pour un nettoyage approfondi, démontez le filet, en notant (ou en photographiant !) les trous de réglage pour tout remonter à l’identique.

2. Nettoyer avec un produit adapté

Humidifiez légèrement l’éponge, puis faites mousser une petite quantité de savon ou de nettoyant pour cuir.

Travaillez par petits mouvements circulaires, sans frotter comme un forcené et sans détremper la matière.

Le cuir n’a pas besoin d’un bain ! Trop d’eau s’infiltre dans les coutures et les parties assemblées, et complique le séchage.

Côté rinçage, suivez la notice : certains savons glycérinés n’ont pas besoin d’être rincés. Il suffit d’essuyer l’excédent avec un chiffon sec.

Le but : éliminer saleté et transpiration, pas noyer le cuir sous l’eau ou le savon.

3. Laisser sécher naturellement

Si le cuir est humide, laissez-le sécher à température ambiante, dans un endroit aéré.

Le radiateur, le sèche-cheveux et le plein soleil sont à proscrire. Un séchage trop rapide durcit le cuir et fragilise les finitions.

4. Nourrir le cuir… seulement quand c’est nécessaire

C’est sans doute l’idée reçue la plus tenace des selleries : plus on graisse, mieux c’est.

En réalité, un cuir trop nourri devient poisseux, attire la poussière, peut s’allonger et devient un terrain idéal pour les moisissures.

Les cuirs de sellerie modernes sont souvent déjà nourris en tannerie, et parfois huilés en atelier avant même d’être livrés.

Quand le cuir en a besoin, appliquez une fine couche de baume ou de conditionneur, laissez pénétrer, puis essuyez l’excédent.

Mieux vaut une noisette bien répartie qu’une couche généreuse laissée à « mariner » pendant des jours.

À quelle fréquence entretenir ses cuirs ?

Il n’existe pas de fréquence universelle. Tout dépend de l’usage, de la météo, du type de cuir et de son état. Voici quelques repères :

FréquenceLes bons gestes
Après chaque séanceEssuyer la transpiration et les salissures, jeter un œil aux pièces sollicitées.
Régulièrement, selon l’usageNettoyage au savon adapté, surtout après une séance humide ou boueuse.
PériodiquementDémonter, nettoyer les zones cachées, inspecter coutures, trous et boucles.
Quand le cuir en a besoinBaume ou conditionneur compatible, en couche fine.
Rarement (souvent pas plus d’une fois par an)Huilage, et seulement si le cuir est sec et que le fabricant le recommande.

Un cavalier qui monte tous les jours n’a évidemment pas les mêmes besoins que celui qui sort sa selle deux fois par mois.

Et non, graisser ses cuirs une fois par mois n’est pas une obligation ! Le bon entretien, c’est d’abord observer son matériel.

Huile, graisse, baume ou savon glycériné : quelles différences ?

On les utilise souvent comme s’ils étaient interchangeables. Pourtant, chacun a son rôle.

Le savon glycériné et les nettoyants servent à retirer les salissures. La glycérine laisse au passage un léger film d’entretien.

Le baume ou la crème entretient la souplesse et l’aspect des cuirs lisses. C’est le soin « courant » recommandé par la plupart des selliers après un nettoyage.

La graisse est plus riche. Elle convient à certains cuirs, mais en excès elle modifie le toucher, la couleur et la tenue.

L’huile (pied de bœuf, huile de sellier…) est un soin pénétrant et ponctuel. Elle fonce souvent le cuir, et un excès peut le faire s’allonger.

Quant aux produits « 2 en 1 », inutile de les condamner : certains conviennent très bien à l’entretien courant. Tout dépend du produit, du cuir et du résultat recherché.

Faut-il huiler une selle ou un filet neuf ?

C’est la grande question de la sellerie, et la réponse honnête est : ça dépend du fabricant.

La vieille habitude de badigeonner un filet neuf d’huile de pied de bœuf pendant des jours n’a plus lieu d’être systématiquement. Mais à l’inverse, il serait faux de dire qu’il ne faut jamais huiler du cuir neuf.

En pratique, les consignes varient d’une maison à l’autre :

  • Plusieurs selleries françaises huilent déjà leurs selles en atelier avant livraison. C’est le cas d’Antarès et de Devoucoux.
  • Certaines recommandent un premier soin avant la première utilisation : de l’huile chez Hermès, un baume chez Devoucoux.
  • La briderie neuve n’a pas toujours été huilée en atelier. Elle peut alors demander un premier soin, qui la fera foncer.

Les règles à retenir :

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  • Demandez toujours au sellier ou au fabricant comment traiter précisément votre cuir.
  • Si un premier huilage est conseillé, une couche fine, de préférence côté chair (l’envers), et on essuie l’excédent.
  • Allez-y très légèrement sur les cuirs de veau (siège, quartiers matelassés), qui boivent beaucoup.
  • N’huilez pas les pièces qui travaillent en étirement (étrivières, rênes, contre-sanglons), ni les taquets et pièces contrecollées : l’huile peut décoller la colle.
  • Évitez d’imbiber le cuir qui recouvre les panneaux : la laine du rembourrage absorbe l’huile, ce qui peut fausser l’ajustement de la selle.

Et si vous rêvez d’une selle plus foncée, patience : le cuir prend naturellement sa patine avec l’usage et les nettoyages.

Les endroits à surveiller pour monter en sécurité

Nettoyer ses cuirs, c’est aussi l’occasion de les contrôler.

Sur la selle, examinez les étrivières, les contre-sanglons, les points de fixation et les coutures accessibles.

Sur le filet, vérifiez les montants, les rênes, les trous de réglage, les boucles et les zones qui plient sans cesse.

Soyez attentif aux signes suivants :

  • Craquelures profondes ou fissures.
  • Trous de boucles qui s’ovalisent ou se déchirent.
  • Coutures rompues ou très usées.
  • Cuir anormalement aminci, allongé ou déformé.
  • Pièces métalliques tordues ou fortement corrodées.

Attention : un cuir souple n’est pas forcément un cuir solide. L’huile ne rend pas sa résistance à un cuir craquelé, et une couche de graisse ne répare jamais une fibre rompue.

Au moindre doute sur une pièce de sécurité, arrêtez de l’utiliser et montrez la à un sellier.

Pour une selle, certains éléments (arçon, fixations des porte-étrivières) ne se contrôlent pas d’un simple coup d’œil extérieur. Une révision par un professionnel de temps en temps peut être utile.

Comment bien ranger ses cuirs ?

L’entretien ne s’arrête pas une fois le chiffon rangé.

Une selle impeccable oubliée dans une sellerie humide ou contre un radiateur se dégradera malgré tous vos efforts.

Quelques bonnes habitudes :

  • Ranger la selle sur un porte selle adapté, qui ne déforme pas les panneaux.
  • Suspendre le filet sans plis excessifs, sur un support arrondi.
  • Laisser sécher le matériel humide avant de le couvrir ou de l’enfermer.
  • Préférer un local sec, aéré et à l’abri du soleil direct.
  • Si la sellerie est humide, envisager un déshumidificateur : les moisissures adorent dépasser les 65 % d’humidité.
  • Nettoyer régulièrement les housses et les espaces de rangement.

Et si les moisissures s’invitent ?

Surtout, ne les recouvrez pas de graisse : le produit les ferait pénétrer plus profondément dans le cuir.

Sortez le matériel et nettoyez-le dehors, pour ne pas disperser les spores dans toute la sellerie. Utilisez un nettoyant adapté au cuir, laissez sécher complètement, puis traitez la vraie cause : l’humidité du local.

Les six erreurs à éviter

  1. Trop graisser. Un cuir saturé n’est pas mieux protégé : il s’allonge, colle et moisit plus facilement.
  2. Utiliser un produit ménager. Détergents, solvants et nettoyants non prévus pour le cuir attaquent les finitions.
  3. Faire sécher sur un radiateur. La chaleur intense est l’ennemie d’un séchage maîtrisé.
  4. Huiler par réflexe… ou s’interdire de le faire. Pour le matériel neuf, c’est la notice du fabricant qui tranche.
  5. Graisser une selle moisie. On nettoie, on sèche, et on règle le problème d’humidité.
  6. Confondre entretien et réparation. Une pièce abîmée se fait évaluer, réparer ou remplacer.

Alors, l’entretien des cuirs, une corvée ?

Pas forcément !

Avec un chiffon à portée de main, quelques minutes suffisent à retirer transpiration et salissures après la séance. Le nettoyage de fond se fait ensuite au rythme de votre utilisation.

Plutôt que de transformer chaque entretien en séance de graissage intensive, adoptez une routine simple : nettoyer quand c’est nécessaire, nourrir avec modération, inspecter régulièrement et ranger au sec.

Votre selle et votre filet vous le rendront au centuple, et vous monterez avec un matériel mieux surveillé.

Finalement, le plus difficile, c’est peut-être de prendre l’habitude de passer ce fameux coup de chiffon avant de quitter l’écurie !

Sources :

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