Ce qu’il faut savoir sur… le sommeil et le repos du cheval
Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a…
Article actualisé — octobre 2026 | Santé, comportement et bien-être équin
Le cheval dort-il vraiment debout ? Combien d’heures de sommeil lui faut-il ? Pourquoi certains chevaux se couchent-ils beaucoup et d’autres presque jamais ? Derrière ces questions se cache un besoin physiologique fondamental, encore trop souvent oublié dans la gestion quotidienne des chevaux. Les grilles d’évaluation du bien-être parlent d’air, de lumière, d’eau, d’espace et de congénères — rarement d’un environnement qui permette de bien dormir.
Le cheval dort debout… mais pas seulement
On entend souvent dire que le cheval dort debout. C’est vrai, mais incomplet : le cheval peut dormir debout, mais il a aussi besoin de se coucher pour bénéficier d’un sommeil complet.
Cette particularité s’explique par son histoire d’animal-proie. Grand herbivore vivant à découvert, le cheval fait partie des mammifères qui dorment le moins. Rester debout lui permet de fuir en une fraction de seconde.
Il dispose pour cela d’un appareil de soutien passif : un ensemble de tendons et de ligaments qui stabilise les articulations des membres. Aux postérieurs, la rotule peut se « verrouiller » sur la trochlée du fémur, ce qui bloque le grasset et le jarret avec un effort musculaire minimal [17]. C’est ce qui permet au cheval de reposer un postérieur sur la pince tout en restant stable.
Mais cette adaptation a une limite. Le sommeil paradoxal s’accompagne d’une perte quasi complète du tonus des muscles posturaux, notamment ceux de l’encolure. Debout, cette phase ne peut durer que quelques secondes avant que la tête ne tombe et que les antérieurs ne fléchissent.
Autrement dit, un cheval qui ne se couche jamais finit par manquer d’une phase essentielle de son sommeil, même s’il semble se reposer régulièrement debout [4].
Combien de temps dort un cheval ?
Le cheval adulte dort en moyenne environ 3 à 4 heures par 24 heures, soit à peu près la moitié d’un humain. Une synthèse de toutes les études publiées depuis les années 1970 donne une moyenne de 231 minutes ; les études fondées sur l’EEG situent ce total entre 2 h 50 et 4 h 20 [4].
Attention à ne pas confondre sommeil et repos. Selon l’IFCE, un cheval vivant en liberté consacre 5 à 7 heures par jour au repos, soit 20 à 30 % de son temps, somnolence comprise [14]. Le sommeil proprement dit n’en représente qu’une partie. Une étude de l’IFCE a filmé 16 chevaux de sport de 5 à 10 ans au box (3 × 3 m, sur paille), sur le site du Pin. Ils passaient environ 21 % du temps à somnoler debout, 11 % couchés sur le sternum et 5 % sur le côté, soit 8 h 45 de repos par jour toutes positions confondues. Ce repos se concentrait entre 21 h et 6 h, surtout entre 3 h et 6 h [15].
Ce sommeil est polyphasique : il est fragmenté en de nombreux épisodes répartis sur la journée, mais concentré la nuit. Les cycles du cheval durent en moyenne une quarantaine de minutes, contre environ deux heures chez l’humain, et sont ponctués de très brefs réveils (près de sept par cycle, d’une minute environ). Ces micro-réveils ne sont pas un défaut : ils permettent au cheval de rester vigilant face aux prédateurs. La Chaire bien-être animal de VetAgro Sup, s’appuyant notamment sur les travaux de Dallaire, décrit 5 à 7 sessions de sommeil de 30 à 40 minutes par 24 heures, surtout entre 20 h et 5 h, avec souvent une sieste entre 12 h et 14 h [17].
| Repère (cheval adulte) | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Sommeil total | ≈ 3 à 4 h / 24 h |
| Sommeil lent (NREM) | ≈ 3 h, soit environ 77 % du sommeil |
| Sommeil paradoxal (REM) | ≈ 40 min, soit environ 17 % du sommeil |
| Durée d’un épisode de sommeil paradoxal | ≈ 4 min |
| Temps passé couché | Très variable : 30 min à 2 h selon la littérature éthologique [17] ; ≈ 1 h en moyenne (0 à 5 h) dans un refuge [5] ; près de 4 h chez des chevaux de sport au box sur paille [15] |
Ces chiffres varient selon la méthode de mesure (EEG ou simple observation), l’âge, la santé, l’hébergement et la durée d’enregistrement. Ce sont des repères, pas des normes à appliquer à chaque cheval.
Les poulains dorment davantage que les adultes, en épisodes plus nombreux et plus longs. Une étude publiée dans Scientific Reports en 2021 a enregistré dix poulains pendant 48 heures dans leur box habituel, par polysomnographie et vidéo. Elle montre que l’EEG du poulain diffère nettement de celui de l’adulte et que les poulains tètent à toute heure, y compris la nuit. Les auteurs recommandent de commencer le calme nocturne de l’écurie au plus tard vers 21 h [6].
Les trois positions de repos et les états de vigilance
1. Debout : somnolence et sommeil lent. Tête abaissée, paupières mi-closes, oreilles détendues, un postérieur souvent posé sur la pince. Le cheval peut simplement somnoler ou entrer en sommeil lent, l’encolure restant soutenue.
2. Couché en position sternale (« en vache ») : le repos au sol. Le cheval repose sur le sternum, membres repliés. Il peut somnoler, dormir en sommeil lent et, lorsque le bout du nez repose au sol, entrer en sommeil paradoxal. Les enregistrements montrent qu’environ 30 % du sommeil en position sternale est du sommeil paradoxal [5].
3. Couché sur le côté (décubitus latéral) : le relâchement complet. Le cheval est entièrement allongé, membres étendus. Cette position facilite le sommeil paradoxal (environ un tiers du sommeil dans cette posture), sans qu’un cheval allongé soit forcément en sommeil paradoxal. On peut alors observer des mouvements rapides des yeux, des frémissements d’oreilles, de lèvres ou de membres.
En temps, le repos debout occupe 15 à 21 % de la journée, le décubitus sternal 6 à 10 % et le décubitus latéral 1 à 4 % [17]. Au total, la littérature éthologique situe le temps couché entre 30 minutes et 2 heures par jour, rarement plus d’une vingtaine de minutes d’affilée [17] ; au box, sur une bonne litière, il peut être nettement plus long [15]. Deux raisons à cela : en tant que proie, il met plus de temps à fuir depuis le sol, et son poids comprime ses organes lorsqu’il reste longtemps allongé [17]. La somnolence, environ 2 heures par jour, ne suffit pas à elle seule à assurer un repos efficace [17].
Chaque cheval a sa propre « stratégie » : dans une étude EEG sur sept chevaux, la part du sommeil pris debout allait de 26 % à 66 % selon les individus, et la part en décubitus latéral de 2 % à 14 % [4].
| État | Caractéristiques | Positions possibles |
|---|---|---|
| Somnolence | Vigilance réduite, transition entre éveil et sommeil | Debout ou couché |
| Sommeil lent (NREM) | Ondes cérébrales lentes, tonus musculaire conservé, éveil plus difficile | Debout ou couché |
| Sommeil paradoxal (REM) | Activité cérébrale proche de l’éveil, mouvements oculaires rapides, perte du tonus des muscles posturaux | Couché (côté, ou sternal tête appuyée) ; debout seulement quelques secondes, avec affaissement |
Les positions sont de bons indices, mais elles ne suffisent pas à identifier l’état cérébral. Pour cela, les chercheurs utilisent l’électroencéphalographie (EEG), associée à l’enregistrement des mouvements oculaires et de l’activité musculaire : c’est la polysomnographie [9].
Le sommeil paradoxal est souvent appelé à tort « sommeil profond » : sommeil lent profond et sommeil paradoxal sont deux états physiologiques distincts. Chez les mammifères, le sommeil paradoxal est associé à la consolidation de la mémoire. On ignore en revanche si le cheval rêve, et de quoi : l’activité cérébrale observée ne permet pas de le démontrer.
Pourquoi le cheval a-t-il besoin de se coucher ?
C’est le point le plus important de cet article. Le sommeil paradoxal exige un relâchement des muscles posturaux que seule la position couchée rend possible en sécurité. Un cheval qui ne se couche pas ne peut pas compenser ce manque par davantage de somnolence debout.
L’organisme tente pourtant de rattraper : lorsqu’un cheval empêché de se coucher en retrouve la possibilité, on observe un « rebond » de sommeil paradoxal pendant les deux ou trois nuits suivantes [7].
Une étude autrichienne de l’Université vétérinaire de Vienne, publiée en 2021 dans Animals, a équipé de capteurs de mouvement 83 chevaux vivant dans un refuge. Le temps passé couché variait de 0 à 319 minutes par jour, pour une moyenne de 67 minutes. Huit chevaux présentaient des signes de déficit en sommeil paradoxal : ils restaient couchés en moyenne 8 minutes par jour, contre 74 minutes pour les autres, et se déplaçaient aussi moins [5].
Deux nuances importantes. D’abord, ces chiffres ne sont pas des seuils diagnostiques. Ensuite, dans cette étude, ni l’âge ni une boiterie chronique n’ont réduit à eux seuls le temps couché : un vieux cheval ou un cheval arthrosique bien logé peut se coucher autant qu’un jeune. Ce qui compte, c’est de repérer l’individu qui, lui, ne se couche plus.
Une équipe de l’Université de Munich a étudié 39 chevaux adultes adressés pour « narcolepsie ». 37 d’entre eux s’affaissaient jusqu’à 199 fois par jour (64 en moyenne), 34 refusaient de se coucher, et 87 % des affaissements survenaient pendant un épisode de sommeil paradoxal pris debout. Chez 20 chevaux, les troubles avaient commencé après un événement identifiable : changement d’écurie ou maladie. Les auteurs concluent que la « narcolepsie » du cheval adulte est le plus souvent une privation de sommeil couché, pas une maladie neurologique [8].
Ce qui aide — ou empêche — un cheval de se coucher
Un cheval ne se couche pas seulement parce qu’il est fatigué : il doit aussi se sentir en sécurité et disposer d’un endroit où s’allonger sans inconfort. Sept facteurs sont aujourd’hui bien documentés ; l’alimentation, la nature du sol, la météo, le sexe, le rang hiérarchique et la familiarité avec les lieux jouent aussi [17].
L’espace. Dans une étude suisse, 38 chevaux vivant en groupe ont connu quatre surfaces de couchage paillées, de zéro à 1,5 fois le minimum légal suisse. Plus la surface augmentait, plus les chevaux restaient couchés longtemps, et moins les dominés étaient dérangés par leurs congénères. Les auteurs concluent que le minimum légal ne garantit pas un repos tranquille à tous les membres du groupe [7]. Au box aussi, les boxes plus grands sont associés à des couchages plus longs. En France, l’IFCE recommande pour une aire de repos collective une surface de (2 × hauteur au garrot)² par cheval, soit environ 11 m² pour un cheval de 1,65 m, avec une litière propre et sèche qui ne laisse pas voir le sol [16]. En hébergement collectif, la Chaire bien-être animal recommande de ne pas raisonner en surface de box par cheval, mais de la doubler, car les chevaux se dérangent entre eux [17].
La litière. Sans surface souple et déformable, les chevaux de l’étude suisse se couchaient beaucoup moins : un tapis caoutchouc seul ne suffit pas. La paille est régulièrement associée à davantage de couchage nocturne que les copeaux ou les granulés, et une litière de moins de 10 cm d’épaisseur réduit le couchage, quel que soit le matériau [4].
La lumière nocturne. Dans une étude britannique sur dix chevaux, laisser l’écurie éclairée la nuit, ou réduire la litière à 5 cm, a diminué le temps passé couché et donc le sommeil paradoxal ; les chevaux compensaient en partie par davantage de sommeil debout [18]. Si un éclairage est nécessaire, une lumière rouge tamisée perturbe moins l’horloge biologique [4].
Le bruit et l’ambiance. Les bruits soudains réveillent ; à l’inverse, un fond sonore continu et doux peut favoriser le repos. Dans une étude préliminaire, une musique diffusée la nuit a augmenté le couchage sur le côté, avec un effet persistant après l’arrêt [4].
Le groupe et la sécurité. Au pré, les chevaux alternent souvent couchés et debout, et un individu éveillé semble veiller pendant que d’autres dorment. Il ne s’agit pas d’un tour de garde organisé, mais la présence de congénères familiers rassure. À l’inverse, un cheval stressé privilégie le repos debout au repos couché [17]. Le passage brutal du pré en groupe au box individuel réduit le temps de sommeil total [4].
La nouveauté : l’effet « première nuit ». Dans un lieu inconnu — concours, clinique, nouvelle écurie — le cheval peut retarder son premier couchage de plusieurs jours [1] ; selon l’IFCE, il n’est pas rare qu’il ne se couche pas du tout la première nuit [15]. Hospitalisés cinq jours, huit Quarter Horses ont mis plus de temps à se coucher qu’à la maison, puis ont retrouvé leurs habitudes dès la première nuit de retour [12]. Une étude de 2025 a détecté cet effet à l’EEG chez des chevaux de sport pourtant habitués aux déplacements [2]. Les chevaux qui enchaînent transports et nuits en concours sont donc exposés à une dette de sommeil.
La douleur, le climat et l’état émotionnel. Une douleur articulaire, de pied ou abdominale peut rendre le cheval réticent à se coucher, surtout s’il redoute de ne pas pouvoir se relever. La chaleur et les insectes réduisent aussi le couchage [4] [17]. Enfin, les chevaux présentant des stéréotypies (tic, tic à l’appui, balancement) passent moins de temps en sommeil paradoxal que leurs congénères, signe probable que sommeil et bien-être se dégradent ensemble [4].
Comment reconnaître un cheval qui ne dort pas, ou qui dort mal
On voit rarement son cheval dormir : il dort surtout la nuit, en courts épisodes, et se relève souvent à l’arrivée d’un humain. Il faut donc s’appuyer sur des indices indirects, observés sur plusieurs jours et comparés à ses habitudes. Le meilleur repère, c’est le cheval lui-même.
1. Savoir à quoi ressemble un vrai repos. Au repos debout, le cheval relâche ses muscles, pose souvent un postérieur sur la pince, porte l’encolure basse et arrondie, laisse ses oreilles tomber sur le côté, ses paupières et sa lèvre inférieure pendre [11] [14]. Somnoler pendant le pansage ou à l’attache peut être tout à fait normal [10].
2. Ne pas confondre repos et retrait. Une équipe française a décrit chez des chevaux de club une posture dite « de retrait » : cheval immobile, yeux grands ouverts, regard fixe, tête et oreilles figées, encolure tendue à hauteur du dos. Elle concernait 24 % des 59 chevaux observés. Ces chevaux étaient plus indifférents à leur environnement au quotidien, mais plus réactifs face à la nouveauté [11]. Cette posture signale un bien-être altéré, pas du sommeil : un cheval qui reste des heures immobile n’est pas forcément en train de se reposer [4].
3. Lire les traces du couchage. Une litière tassée ou creusée le matin, de la paille ou des copeaux dans la crinière et la queue, un flanc sali indiquent que le cheval s’est couché [17]. À l’inverse, une litière intacte plusieurs matins de suite et un cheval jamais vu allongé doivent attirer l’attention. Ces indices restent approximatifs : ils montrent un couchage, pas sa durée.
4. Repérer les signes d’un sommeil insuffisant ou fragmenté.
| Ce que l’on observe | Ce que cela peut indiquer |
|---|---|
| Tête qui tombe brusquement, antérieurs qui fléchissent, surtout la nuit ou au calme | Sommeil paradoxal pris debout : privation de sommeil couché [8] |
| Écorchures récidivantes devant les genoux, les boulets antérieurs ou sur la tête | Affaissements ou chutes nocturnes passés inaperçus [13] |
| Couchages très courts, cheval qui se relève dès qu’un congénère approche | Repos dérangé, fréquent chez les chevaux dominés en groupe ou sur une surface trop petite [7] |
| Premier couchage retardé dans un nouveau lieu (concours, clinique, nouvelle écurie) | Effet « nouvel environnement » : normal s’il reste transitoire [1] [12] |
| Tic, tic à l’appui, balancement ou tourner en rond au box | Associé à moins de sommeil paradoxal et à un bien-être dégradé [4] |
| Somnolence à des moments inhabituels, irritabilité, concentration en baisse au travail | Possible dette de sommeil ; le lien avec les performances cognitives reste à confirmer [3] |
Pris isolément, aucun de ces signes ne prouve un manque de sommeil. C’est leur accumulation, ou un changement par rapport aux habitudes du cheval, qui doit alerter.
5. Observer de façon objective. Une caméra infrarouge installée dans le box ou l’abri permet de vérifier si, quand et combien de temps le cheval se couche. Dans l’étude sur les Lusitaniens, 48 heures d’enregistrement suffisaient à caractériser le profil de repos de chevaux au box [3]. Des capteurs de mouvement portés par le cheval mesurent aussi le temps passé couché, debout ou en mouvement : c’est la méthode utilisée chez les 83 chevaux de l’étude autrichienne [5]. Enfin, tenir un carnet — heures de couchage, affaissements, blessures, changements d’écurie ou de voisin — aide beaucoup le vétérinaire en cas de doute [13].
Manque de sommeil : les signes d’alerte et quand appeler le vétérinaire
Un cheval peut paraître calme et passer de longs moments immobile sans dormir suffisamment. Le manque de sommeil paradoxal s’installe souvent lentement, sur des semaines.
Signes à surveiller :
- épisodes répétés où la tête s’abaisse brusquement et les antérieurs fléchissent, surtout la nuit ou au calme (pansage, attache) ;
- affaissements partiels ou chutes ;
- écorchures récidivantes sur le devant des genoux (carpes) et des boulets antérieurs, parfois sur la tête — elles sont retrouvées chez la grande majorité des chevaux concernés [13] ;
- litière jamais « marquée » le matin, cheval jamais vu couché ;
- somnolence inhabituelle, irritabilité, baisse de performance.
Ces signes évoquent une privation de sommeil couché, mais ne suffisent pas au diagnostic. Le vétérinaire devra écarter d’autres causes de chute ou d’affaissement : syncope d’origine cardiaque, troubles neurologiques (myéloencéphalopathie, ataxie), crises convulsives, douleur locomotrice ou abdominale. La véritable narcolepsie, maladie neurologique, est exceptionnelle chez le cheval adulte : la plupart des cas ainsi étiquetés relèvent d’une privation de sommeil couché [8] [13].
Le bilan associe un examen clinique et neurologique complet, souvent un enregistrement vidéo nocturne sur 24 à 48 heures, et parfois une polysomnographie. Tenir un carnet (heures des affaissements, blessures, changements récents d’écurie ou de voisin) aide beaucoup. Le traitement consiste à identifier puis lever la cause qui empêche le cheval de se coucher.
Un cheval qui se couche souvent est-il malade ? Pas nécessairement : se coucher régulièrement est un comportement normal, et c’est même plutôt un bon signe chez un cheval à l’aise dans son environnement. Ce qui doit alerter, c’est un changement par rapport à ses habitudes.
Urgence vétérinaire si le cheval reste couché anormalement longtemps, ne parvient pas à se relever, se couche et se relève à répétition, se roule, regarde ses flancs, transpire ou montre une détresse : ce sont des signes possibles de coliques. Les chutes ou affaissements répétés justifient aussi une consultation rapide, pour prévenir les blessures.
Ce que nous apprennent les recherches récentes
La recherche sur le sommeil équin avance vite grâce aux capteurs portables et aux EEG non invasifs, utilisables directement à l’écurie.
Sommeil et mémoire (2024). Une équipe brésilienne a empêché dix jeunes Lusitaniens de dressage (3 à 7 ans) de se coucher pendant 72 heures, puis a testé leur mémoire spatiale et leur attention. Les chevaux privés de sommeil couché ont mis un peu plus de temps à résoudre l’exercice de mémoire, mais cette différence n’est qu’une tendance statistique ; leur attention, elle, n’a pas changé [3]. Le lien entre sommeil et apprentissage est plausible, mais reste à confirmer chez le cheval.
Hébergement et âge (2026). À l’Université de médecine vétérinaire de Vienne, dix chevaux ont été suivis pendant quatre nuits dans deux types d’hébergement — une grande écurie collective et deux boxes individuels voisins — grâce à un masque EEG non invasif. Au fil des nuits en box individuel, le sommeil paradoxal et la fréquence des couchages ont augmenté ; dans la grande écurie, les épisodes couchés étaient plus longs. Les chevaux ont donc besoin d’un temps d’adaptation. Les plus jeunes présentaient davantage de sommeil paradoxal et léger, plus de cycles complets et des couchages plus longs que les plus âgés. Les marqueurs de stress (cortisol fécal) n’ont pas varié [1]. Avec dix chevaux seulement, l’étude ne permet pas de désigner un système d’hébergement supérieur.
Effet « première nuit » (2025). Une étude publiée dans Scientific Reports a comparé cinq chevaux de sport habitués aux concours et six chevaux d’élevage. Elle confirme que la première nuit en lieu inconnu modifie l’activité cérébrale du cheval, ce qui intéresse directement les cavaliers de compétition [2].
Vers un indice de qualité du sommeil. Les chercheurs ne se contentent plus de la durée totale : ils proposent de mesurer aussi la fragmentation (nombre de micro-réveils) pour évaluer la qualité du sommeil, comme chez l’humain [4].
Les 9 points à vérifier au quotidien
- Une surface de couchage assez grande pour que chaque cheval puisse s’allonger, se rouler et se relever, y compris les dominés en groupe
- Une litière souple, sèche, propre, non glissante et suffisamment épaisse (au moins 10 cm au box)
- Aucun obstacle pour se coucher et se relever (parois, mangeoire, abreuvoir mal placés)
- Une écurie sombre et calme la nuit ; si besoin, une veilleuse rouge tamisée
- Un groupe stable, sans conflit autour des zones de couchage, ou des congénères visibles pour le cheval au box
- Un suivi de la douleur et de la locomotion, surtout chez les chevaux âgés
- Un temps d’adaptation prévu lors des changements d’écurie, des concours et des hospitalisations
- Une observation régulière : litière marquée le matin, traces de couchage, écorchures aux genoux
- Du fourrage à disposition la nuit : quand il ne dort pas, le cheval mange, et doit pouvoir grignoter jour et nuit [17]
Ces recommandations s’adaptent à chaque cheval. Un cheval au pré peut très bien dormir si le terrain, la météo, les insectes et le groupe le permettent ; un cheval au box peut mal dormir si son espace est trop petit ou son environnement agité. L’objectif n’est pas d’imposer une durée de couchage identique à tous, mais de donner à chacun la possibilité de dormir dans de bonnes conditions.
À retenir
- Le cheval dort environ 3 à 4 heures par jour, en courts épisodes surtout nocturnes.
- Il peut somnoler et dormir en sommeil lent debout grâce à son appareil de soutien passif.
- Le sommeil paradoxal, lui, exige de se coucher : un cheval qui ne se couche plus finit par s’affaisser debout et se blesser.
- Espace, litière, obscurité, calme, sécurité sociale et absence de douleur sont les clés d’un bon repos.
- Chez l’adulte, des chutes répétées évoquent d’abord une privation de sommeil couché, plus rarement une maladie neurologique : elles justifient un avis vétérinaire.
Observer le sommeil de son cheval, c’est observer son bien-être.
Sources scientifiques et bibliographie
Références internationales vérifiées, classées par date. Les numéros entre crochets dans le texte renvoient à cette liste. Les durées de sommeil citées sont des ordres de grandeur, non des normes diagnostiques ; plusieurs études reposent sur de petits effectifs.
- Zimmer L, Schramel JP, Lyrakis M, et al. (2026). Sleep architecture and lying behavior in horses across age groups and two housing systems: an overnight non-invasive EEG study. Frontiers in Veterinary Science, 13:1898580. doi:10.3389/fvets.2026.1898580
- Bergeler J, Liske-Schmitz A, Schmitz T, de Camp NV (2025). First night effect alters occipital brain connectivity in horses. Scientific Reports, 15:30075. Texte intégral (PMC)
- Barbosa ÂP, Oliveira TM, Trindade PHE, et al. (2024). Sleep Pattern Interference in the Cognitive Performance of Lusitano Horses. Animals, 14(2):334. doi:10.3390/ani14020334
- Greening L, McBride S (2022). A Review of Equine Sleep: Implications for Equine Welfare. Frontiers in Veterinary Science, 9:916737. Texte intégral (PMC) — la synthèse de référence, à privilégier.
- Kelemen Z, Grimm H, Long M, Auer U, Jenner F (2021). Recumbency as an Equine Welfare Indicator in Geriatric Horses and Horses with Chronic Orthopaedic Disease. Animals, 11(11):3189. doi:10.3390/ani11113189
- Zanker A, Wöhr AC, Reese S, Erhard M (2021). Qualitative and quantitative analyses of polysomnographic measurements in foals. Scientific Reports, 11:16288. doi:10.1038/s41598-021-95770-5
- Burla JB, Rufener C, Bachmann I, Gygax L, Patt A, Hillmann E (2017). Space Allowance of the Littered Area Affects Lying Behavior in Group-Housed Horses. Frontiers in Veterinary Science, 4:23. doi:10.3389/fvets.2017.00023
- Fuchs C, Kiefner C, Reese S, Erhard M, Wöhr AC (2017). Polysomnography and 24-hour observation in the evaluation of equine sleep disorders: narcolepsy or REM-sleep deficiency? Congrès EVC, La Haye. IVIS
- Williams DC, Aleman M, Holliday TA, et al. (2008). Qualitative and Quantitative Characteristics of the Electroencephalogram in Normal Horses during Spontaneous Drowsiness and Sleep. Journal of Veterinary Internal Medicine, 22:630–638. UC Davis
- Aleman M, Williams DC, Holliday T (2008). Sleep and sleep disorders in horses. Proceedings of the AAEP, 54:180–185. IVIS
- Fureix C, Jego P, Henry S, Lansade L, Hausberger M (2012). Towards an ethological animal model of depression? A study on horses. PLoS ONE, 7(6):e39280, doi:10.1371/journal.pone.0039280. Notice AGRIS (FAO) ; résumé de congrès ISAE 2012 : HAL
- Environment change causes a transient adverse impact on horse behavioral resting patterns. UNESP, Brésil (huit Quarter Horses suivis à domicile puis à l’hôpital vétérinaire), résultats aussi présentés au congrès WEVA 2023 ; auteurs non identifiés sur la notice. Notice eduCAPES
- Sleep deprivation in horses — synthèse clinique à destination des vétérinaires, citant Fuchs et al. (2016, 2019). Improve International. Lien — source secondaire.
- [18] Greening L, Downing J, Amiouny D, Lekang L, McBride S (2021). The effect of altering routine husbandry factors on sleep duration and memory consolidation in the horse. Applied Animal Behaviour Science, 236:105229. Résumé
Sources françaises de référence
- [14] IFCE — équipédia, « Le budget temps », fiche de Marianne Vidament, docteure vétérinaire. Lien
- [15] Berthier J, Faustin M, Cressent M (2015). « Que fait votre cheval lorsque vous n’êtes pas là ? » IFCE, équ’idée, novembre 2015 (projet européen Equisafe). PDF
- [16] Briant C, Genoux N — IFCE, équipédia, « Les indicateurs de bien-être du cheval au repos ». Lien
- [17] de Boyer des Roches A, Bardou D (2024). « Le cheval n’a pas besoin de se coucher pour se reposer : VRAI ou FAUX ? » Chaire bien-être animal, VetAgro Sup / INRAE. Fiche relue par l’éthologue Hélène Roche, qui s’appuie notamment sur Ruckebusch (1972), Dallaire (1986), van Weeren et al. (1992) et Kjellberg et al. (2022). Lien — attention : cette fiche indique que le sommeil paradoxal n’est possible qu’en décubitus latéral, alors que les enregistrements EEG le montrent aussi en position sternale, tête appuyée au sol [4] [9].
Thèses vétérinaires : aucune thèse d’exercice française consacrée au sommeil du cheval n’a été trouvée dans les archives ouvertes (DUMAS, VetAgro Sup, Oniris). Les thèses de référence sont allemandes, issues de l’Université de Munich (Kalus 2014 ; Fuchs 2016), et leurs résultats sont repris par les sources [4] et [8].
Retirée de la bibliographie d’origine : Bradshaw-Wiley & Randle (2023), Animals 13(6):1065, qui porte sur les indicateurs d’état émotionnel et non sur le sommeil.
Pour aller plus loin : les travaux fondateurs d’Yves Ruckebusch (École nationale vétérinaire de Toulouse) et de ses collaborateurs, dont Dallaire, dans les années 1970-1980, sur le sommeil du cheval, dont les données sont reprises dans les synthèses [4] et [17] — une belle référence française à valoriser.
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Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a repris en 2016. Formée à l'anthropologie sous la direction de François Laplantine, elle regarde le cheval comme un objet total : biologique, technique, culturel, intime. Longtemps au contact du monde équestre, de la presse à l'organisation de grands rendez-vous internationaux (avec un faible assumé pour le pur-sang arabe), elle souhaite faire de ce site un média qui explore le cheval sous tous ses angles, sans œillères, et avec une seule ligne rouge : le bien-être de l'animal.





