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Seabiscuit : le petit cheval que personne n’attendait, devenu le héros des États-Unis en crise

Seabiscuit : le petit cheval que personne n’attendait, devenu le héros des États-Unis en crise

Trop petit pour un pur-sang, et un antérieur qui billardait au galop : Seabiscuit n’avait rien du modèle d’un crack. Il avait perdu ses dix-sept premières courses et changé de mains pour 8 000 dollars. Pourtant, en pleine Grande Dépression, il est devenu l’un des chevaux les plus célèbres de l’histoire américaine. Soixante ans plus tard, un livre puis un film l’ont fait courir à nouveau.

Voici l’histoire d’un outsider, et de ce qu’elle dit de ceux qui l’ont acclamé.

Le 1er novembre 1938, environ 40 000 personnes se pressent à l’hippodrome de Pimlico, à Baltimore. Le reste du public est ailleurs. Dans les cuisines, les bars et les arrière-boutiques, tout le pays s’est rassemblé autour des postes de radio. On estime à plus de 40 millions le nombre d’auditeurs de cette course qui ne réunit que deux chevaux.

D’un côté, War Admiral, fils du légendaire Man o’ War, lauréat de la Triple Couronne et cheval de l’année 1937. De l’autre, un bai de cinq ans longtemps jugé quelconque : Seabiscuit.

Pour comprendre pourquoi tout un pays retient son souffle ce jour-là, il faut remonter cinq ans en arrière.

Un pedigree royal, un modèle moins attendu

Seabiscuit naît le 23 mai 1933 à Claiborne Farm, dans le Kentucky. Il est élevé pour le Wheatley Stable, l’écurie de Gladys Mills Phipps et de son frère Ogden, l’une des plus prestigieuses du pays. Sur le papier, il a tout. Son père, Hard Tack, est un fils de Man o’ War ; sa mère, Swing On, une fille de Whisk Broom II. Son nom même vient de son père : le hardtack est le biscuit de mer des marins, et le poulain devient le sea biscuit.

Détail intéressant, War Admiral est lui aussi un fils de Man o’ War. Le futur rival de Seabiscuit est donc… de la même lignée.

Le sang est là, la conformation beaucoup moins. Seabiscuit manque de taille pour un pur-sang, environ 1,57 m au garrot. Il est épais, légèrement brassicourt, et au galop son antérieur gauche billarde. Son entraîneur, James « Sunny Jim » Fitzsimmons, a de meilleurs chevaux dont s’occuper et le juge : paresseux.

Les résultats confirment ce verdict. Seabiscuit perd ses 17 premières courses. Il ne gagne pour la première fois que le 26 juin 1935, à Narragansett, dans une course à réclamer. On le fait alors beaucoup courir : 35 départs dans sa saison de 2 ans, pour cinq victoires, puis 23 l’année suivante. Fin 1936, il totalise 58 courses. C’est un cheval endurci, mais personne ne parle de champion.

Jusqu’à ce que trois hommes, chacun cabossé à sa manière, croisent sa route.

Trois hommes autour d’un cheval

Charles S. Howard a commencé comme réparateur de bicyclettes avant de faire fortune en vendant des Buick à San Francisco, au moment où l’automobile transformait les États-Unis. Entré tardivement dans les courses, il cherche des chevaux et ne déteste pas les paris.

Tom Smith, son entraîneur, est tout l’inverse. Ancien homme de ranch et débourreur de mustangs, il est taiseux au point qu’on le surnomme « Silent Tom ». Il observe beaucoup et parle peu. Au cours de l’été 1936, il remarque Seabiscuit et convainc Howard de l’acheter. En août, à Saratoga, l’affaire est conclue pour 8 000 dollars. Ce n’est pas l’achat d’un crack, c’est un pari.

Plutôt que de contraindre ce cheval usé par les courses, Smith adapte son environnement à son caractère. Il soigne ses jambes, le laisse dormir et manger à sa guise, et lui donne des compagnons d’écurie, dont un placide poney palomino nommé Pumpkin, qui le suivra partout. Pour Smith, un cheval bien dans sa tête travaille mieux qu’un cheval contraint, ce qu’il applique.

Reste le troisième homme : John « Red » Pollard. Ce jockey canadien a connu la misère, les pistes de fortune et les chutes. Il est aussi borgne de l’œil droit, ce qu’il cache soigneusement de peur de perdre sa licence. Sa carrière piétine lorsqu’il rencontre Seabiscuit en 1936.

Entre le cheval et lui, quelque chose passe. Sous la main de Smith et avec Pollard en selle, Seabiscuit apprend à gagner.

1937 : la métamorphose, et une obsession

La saison 1937 le fait changer de statut. Onze victoires en quinze courses, dont une série de sept succès consécutifs, et 168 580 dollars de gains. L’ancien cheval à réclamer remporte plusieurs grands handicaps, traverse le pays en train pour affronter les meilleurs et termine l’année champion des chevaux d’âge.

Une course lui échappe : le Santa Anita Handicap, la grande épreuve californienne. En 1937, il est rejoint dans les derniers mètres par Rosemont et battu d’un nez. Pollard, qui n’a pas vu venir son adversaire du côté de son œil aveugle, est accablé par la presse. En 1938, Seabiscuit est de nouveau battu d’un nez, cette fois par Stagehand.

Santa Anita devient une obsession. Mais ces défaites construisent aussi le récit. Seabiscuit n’est pas invincible : il perd, puis il revient. Aux États-Unis, en ces années-là, c’est exactement l’histoire que les gens ont besoin d’entendre.

Un pays à genoux

Pour mesurer ce que Seabiscuit a représenté, il est nécessaire de regarder les chiffres et … l’histoire. En 1933, au creux de la Grande Dépression, près d’un actif sur quatre est sans emploi aux États-Unis, soit plus de 12,8 millions de chômeurs. La reprise du New Deal reste fragile et, à partir de 1937, l’économie replonge. En 1938, l’année du match contre War Admiral, le chômage remonte à 19 % en moyenne. Les grandes années de Seabiscuit coïncident exactement avec cette rechute, au moment où des familles qui croyaient le pire derrière elles voient de nouveau le travail disparaître.

Dans ce pays appauvri, les courses connaissent pourtant un âge d’or. Au début du siècle, la plupart des États avaient interdit les paris. À court de recettes fiscales, ils les légalisent de nouveau les uns après les autres. L’hippodrome est alors à peu près le seul endroit où parier légalement : pas de loterie d’État, un football encore marginal, et des casinos cantonnés au Nevada. Selon le commentateur sportif Jack Whitaker, vingt à quarante mille personnes se pressent aux courses, six jours par semaine. On y va comme au cinéma, pour oublier, et pour caresser le rêve d’un gain qui changerait tout. Dans ce décor, les 100 000 dollars promis au seul vainqueur du Santa Anita Handicap, sans doute la course la plus richement dotée au monde, prennent des allures de conte de fées.

Le cheval des « petites gens »

Seabiscuit arrive au bon moment. Ses partisans voient en lui un travailleur, un prolétaire, un héros à la Horatio Alger, du nom de cet auteur de romans populaires dont les personnages partent de rien pour réussir. L’écrivain Gene Smith, interrogé par PBS, résume le contraste avec War Admiral : » l’un a l’élégance d’un aristocrate, l’autre semble fait pour tirer une charrette de pains de glace. Il imagine l’ouvrier à vingt dollars par semaine, qui fait vivre sa famille mais peut perdre sa place du jour au lendemain, et qui se dit en regardant Seabiscuit qu’un jour, lui aussi, il se relèvera. »

Même ses défaites le grandissent. Après le Santa Anita de 1938, perdu d’un nez alors qu’il avait été gêné au départ, les journaux de Syracuse à Sacramento écrivent qu’il était le meilleur cheval de la course. Rarement un cheval aura été autant loué pour avoir perdu. Des années plus tard, l’entraîneur Leonard Dorfman dira que c’était la plus belle course qu’il ait jamais vu courir.

Le milieu, lui, reste partagé. Sur la côte Est, les hommes de cheval ricanent devant ce « cheval californien ». Ce sont les chevaux de l’Est qui raflent les classiques. Howard envoie alors Seabiscuit courir d’un bout à l’autre du pays. En 1937, le cheval parcourt près de 13 000 km en train.

La radio, les gares et les vitrines

C’est aussi par la radio que Seabiscuit entre dans les foyers. Au début de sa carrière, environ la moitié des ménages américains possèdent un poste ; à la fin, presque tous en ont un, et on compte huit millions d’autoradios. Pendant la saison, Seabiscuit court à peu près une fois par semaine. L’écouter devient un rituel familial. Laura Hillenbrand rapporte qu’on pouvait alors descendre une rue et entendre toutes les radios du quartier branchées sur la course, avec les cris des auditeurs. Elle tient aussi de l’athlète Louis Zamperini, le héros de son second livre, que lors des meetings d’athlétisme les coureurs s’arrêtaient et que le stade se taisait pour écouter la course de Seabiscuit dans les haut-parleurs.

Quand il traverse le pays en train, des gens se massent le long des voies, jusque dans de petites villes perdues, pour l’apercevoir un instant. Les compagnies ferroviaires affrètent des trains spéciaux baptisés « Seabiscuit Limited » pour emmener les turfistes à ses courses. On range son argent de paris dans des portefeuilles à son effigie. Les plus aisés s’offrent des chapeaux Seabiscuit sur la Cinquième Avenue. On compte neuf jeux de société à son nom, un flipper, et même des caisses d’oranges. Son image vante des pressings et des hôtels.

Derrière cet engouement, il y a Charles Howard. Concessionnaire Buick, il avait déjà attiré les clients en leur offrant des leçons de conduite et en acceptant des chevaux en reprise. Il met ce talent au service de son cheval : champagne pour les journalistes, informations exclusives, coups de téléphone. Un chroniqueur sportif forge un mot pour décrire l’épidémie : la « Seabiscuit-itis ». Les rumeurs vont bon train, comme pour une vedette de cinéma : un journaliste assure que Tom Smith lui fait boire de la bière avant chaque course, et le Chicago Tribune plaisante qu’il décrochera le rôle de Rhett Butler dans Autant en emporte le vent. D’après les recherches de Laura Hillenbrand, Seabiscuit est en 1938 le sujet qui occupe le plus de colonnes dans la presse américaine, devant Roosevelt, Hitler et Mussolini.

Pour être reconnu au sommet, il ne lui reste qu’un adversaire.

War Admiral, l’anti-Seabiscuit

Tout les oppose. Là où Seabiscuit a gravi péniblement les échelons, War Admiral appartient aux classiques. En 1937, il enchaîne Kentucky Derby, Preakness Stakes et Belmont Stakes, termine la saison invaincu en huit courses et est élu cheval de l’année. Rapide au départ, il incarne l’establishment hippique de la côte Est. Son propriétaire, Samuel Riddle, tient les courses de l’Ouest pour une compétition de second rang et juge indigne de mesurer son champion à un cheval comme Seabiscuit.

Mais le public réclame le duel. Après de longues négociations, le rendez-vous est enfin fixé : 1er novembre 1938, Pimlico Special, sur un mile et trois seizièmes (environ 1 900 mètres), une course que War Admiral a remportée l’année précédente. Deux chevaux, rien d’autre.

Le « match du siècle »

Le pays entier se divise en deux camps : selon le San Francisco Chronicle, même des gens qui n’ont jamais vu une course prennent parti. Le jour venu, 30 000 spectateurs remplissent les tribunes de Pimlico, 10 000 autres s’entassent sur la pelouse centrale. Dehors, 10 000 de plus se pressent contre les grilles, grimpent aux arbres et aux poteaux télégraphiques, jusqu’à plus d’un kilomètre du départ. La foule est si dense que le commentateur de NBC, Clem McCarthy, ne parvient pas à rejoindre sa cabine et commente la course perché sur la lice extérieure. Devant leur poste, environ un habitant sur trois est suspendu à sa voix. À la Maison-Blanche, il se dit que Roosevelt fait patienter une pièce pleine de conseillers le temps d’écouter la course.

War Admiral part largement favori. Riddle a imposé un départ sans stalles, « au pas », qui avantage son cheval, réputé pour ses départs fulgurants. Howard a obtenu une contrepartie : le départ sera donné à la cloche. Et Seabiscuit doit se passer de Red Pollard, qui a eu la jambe presque arrachée quelques mois plus tôt par un cheval emballé à l’entraînement. C’est son ami George Woolf, l’un des meilleurs jockeys de l’époque, qui prend la selle.

Tom Smith a préparé une surprise. Seabiscuit a l’habitude d’attendre avant de produire son effort. Pendant des semaines, à l’aube, Smith et Pollard lui ont fait travailler les départs à la cloche.

L’idée fonctionne. Seabiscuit jaillit et prend la tête. War Admiral revient peu à peu, se porte à sa hauteur, passe même légèrement devant. Woolf applique alors un conseil de Pollard : laisser son cheval voir son adversaire, puis lui demander l’effort. Tête contre tête, Seabiscuit, à moins de 200 mètres du poteau, se détache, puis creuse l’écart à chaque foulée. Il l’emporte de quatre longueurs, en battant le record de la piste. Pour ceux qui avaient misé sur l’outsider, chaque pari de deux dollars en rapporte 6,40.

Le cheval qui avait perdu ses dix-sept premières courses vient de dominer le vainqueur de la Triple Couronne. À la fin de l’année, il est élu cheval de l’année 1938.

La chute, puis le dernier retour

En février 1939, lors de son unique sortie de la saison, Seabiscuit se blesse gravement à l’antérieur gauche, une rupture du ligament suspenseur. On le croit perdu pour la compétition ; Howard lui fait saillir sept juments au printemps. Red Pollard, de son côté, se remet péniblement de ses fractures. Les deux convalescents passent de longs mois ensemble au Ridgewood Ranch, la propriété californienne de Howard, à marcher un peu plus loin chaque jour.

L’histoire pourrait s’arrêter là. Il manque pourtant une ligne au palmarès : Santa Anita.

Voir également

Contre toute attente, cheval et jockey reviennent. En février 1940, Seabiscuit remporte le San Antonio Handicap. Le 2 mars 1940, à sept ans, il se présente pour la troisième fois au départ du Santa Anita Handicap, doté de 100 000 dollars, devant quelque 78 000 spectateurs.

La course commence mal : Seabiscuit est gêné dans le peloton. Puis une ouverture se dessine le long de la corde. Pollard s’y engouffre, rejoint son compagnon d’écurie Kayak II et le dépasse. Seabiscuit gagne d’une longueur et demie, en 2’01″1/5 sur le mile et quart (environ 2 000 mètres), un nouveau record de la piste.

Ce sera sa dernière course.

Un palmarès et une postérité

Seabiscuit termine avec 89 départs, 33 victoires, 15 deuxièmes places, 13 troisièmes places et 437 730 dollars de gains, ce qui fait alors de lui le pur-sang le plus riche de l’histoire des courses.

Il se retire au Ridgewood Ranch, où il engendre 108 produits, sans qu’aucun n’hérite de son aura. Des dizaines de milliers de visiteurs viennent l’y voir. Il décède le 17 mai 1947, à quelques jours de ses 14 ans, et Howard le fait inhumer sur le ranch, en un lieu qu’il n’a jamais rendu public. Seabiscuit entre au Hall of Fame des courses américaines en 1958. Tom Smith, lui, n’y sera admis qu’en 2001, à titre posthume, plus de quarante ans après sa mort.

Un demi-siècle plus tard, une écrivaine allait faire courir Seabiscuit une nouvelle fois.

Laura Hillenbrand, ou la résurrection par le livre

Il existait déjà un livre sur Seabiscuit. Dès 1940, du vivant du cheval, le journaliste hippique B. K. Beckwith lui avait consacré Seabiscuit: The Saga of a Great Champion, préfacé par Charles Howard lui-même. Mais c’est une autre plume qui allait lui rendre sa gloire.

Née le 15 mai 1967 à Fairfax, en Virginie, Laura Hillenbrand a passé une bonne partie de son enfance à cheval avant de devenir journaliste spécialiste des courses. En 1998, un premier article sur Seabiscuit, publié dans American Heritage, lui vaut un Eclipse Award, la plus haute distinction du journalisme hippique aux États-Unis. Elle consacre ensuite plusieurs années à reconstituer l’histoire du cheval, en grande partie depuis chez elle, malgré une maladie chronique invalidante : entretiens avec des témoins de l’époque, actualités filmées, coupures de presse, et le livre de Beckwith, riche de témoignages de première main.

En 2001 paraît Seabiscuit: An American Legend, traduit la même année chez JC Lattès sous le titre La Légende de Seabiscuit (disponible aujourd’hui en poche chez J’ai lu). Hillenbrand ne raconte pas seulement la carrière d’un cheval : elle tresse quatre destins, ceux de Seabiscuit, Howard, Smith et Pollard, et les replace dans leur époque. L’âge d’or des hippodromes et de la radio, la vie impitoyable des jockeys (régimes de famine, chutes, salaires de misère), la fabrique d’une célébrité médiatique.

Le succès est immense : numéro un des ventes du New York Times, William Hill Sports Book of the Year, Book Sense Nonfiction Book of the Year, finaliste du National Book Critics Circle Award. Surtout, Hillenbrand réussit ce que peu d’auteurs parviennent à faire : passionner pour les courses des lecteurs qui ne connaissent rien aux chevaux.

2003 : Seabiscuit à l’écran

Ce n’est pas la première fois que Hollywood s’intéresse au cheval : dès 1949, The Story of Seabiscuit, avec Shirley Temple, avait romancé son histoire, et Hillenbrand elle-même le tenait pour un très mauvais film. Le véritable retour à l’écran a lieu en 2003 avec Seabiscuit, distribué en France sous le titre Pur Sang, la légende de Seabiscuit, écrit et réalisé par Gary Ross, avec Hillenbrand comme consultante.

Tobey Maguire joue Red Pollard, Jeff Bridges Charles Howard, Chris Cooper Tom Smith. Clin d’œil pour les amateurs de courses : George Woolf est interprété par Gary Stevens, véritable jockey, triple vainqueur du Kentucky Derby, ce qui donne aux scènes de course une authenticité rare.

Le film condense forcément un récit beaucoup plus riche et appuie sur les parallèles entre les blessures des hommes et celles du cheval. Mais pour sa scène maîtresse, Gary Ross n’a presque rien à inventer. War Admiral était bien le lauréat de la Triple Couronne, Pollard bien blessé, Woolf bien en selle, le départ à la cloche bien travaillé en secret, et Seabiscuit a bien gagné de quatre longueurs. La réalité avait déjà écrit le scénario.

Aux Oscars 2004, le film reçoit sept nominations : meilleur film, meilleur scénario adapté, photographie, montage, costumes, direction artistique et mixage sonore. Il repart sans statuette, en grande partie éclipsé par Le Seigneur des anneaux : le retour du roi. Mais soixante-cinq ans après Pimlico, le petit cheval dont personne ne voulait se retrouve en lice pour l’Oscar du meilleur film.

Le livre ou le film ?

Les deux se complètent. Le film a la force des images : la vitesse, le fracas du peloton, la tension d’un départ, l’atmosphère des grands hippodromes. Le livre va beaucoup plus loin : il fait comprendre les méthodes de Smith, la condition des jockeys, le fonctionnement des handicaps et le pays qui s’est pris de passion pour ce cheval.

Pourquoi Seabiscuit nous touche encore

Seabiscuit n’a évidemment jamais « choisi » de représenter les victimes de la crise, et tous les Américains des années 1930 ne voyaient pas en lui le même symbole. Le cheval ne porte que les récits que les hommes projettent sur lui. C’est d’ailleurs ce qui le rend si précieux pour comprendre une époque.

Sa popularité, en revanche, est bien documentée, tout comme le rôle de Howard et de la presse dans sa construction. Mais aucune stratégie de communication n’aurait suffi sans les courses elles-mêmes. Sans les dix-sept défaites initiales, sans les deux Santa Anita perdus d’un nez, sans les blessures, sans War Admiral et sans ce dernier retour de 1940.

Le 1er novembre 1938, les dizaines de millions d’auditeurs penchés sur leur radio n’écoutaient pas seulement une course. Ils écoutaient un outsider battre le favori. Dans les États-Unis de la Grande Dépression, il était difficile d’imaginer meilleur héros. Et près d’un siècle plus tard, chaque fois qu’on ouvre le livre de Laura Hillenbrand ou que les chevaux s’élancent à l’écran, Seabiscuit recommence à courir.

Seabiscuit en quelques dates

  • 23 mai 1933 : naissance à Claiborne Farm (Kentucky)
  • 26 juin 1935 : première victoire, après 17 défaites
  • Août 1936 : acheté 8 000 dollars à Saratoga par Charles Howard, sur les conseils de Tom Smith
  • 1937 : 11 victoires en 15 courses ; battu d’un nez dans le Santa Anita Handicap
  • 1938 : de nouveau battu d’un nez à Santa Anita
  • 1er novembre 1938 : bat War Admiral de quatre longueurs dans le Pimlico Special ; cheval de l’année 1938
  • Février 1939 : rupture du ligament suspenseur, carrière interrompue
  • 2 mars 1940 : remporte enfin le Santa Anita Handicap, sa dernière course
  • 1940 : parution de Seabiscuit: The Saga of a Great Champion de B. K. Beckwith
  • 17 mai 1947 : mort au Ridgewood Ranch, à quelques jours de ses 14 ans
  • 1958 : entrée au National Museum of Racing and Hall of Fame
  • 2001 : parution de Seabiscuit: An American Legend de Laura Hillenbrand (La Légende de Seabiscuit, JC Lattès) ; Tom Smith entre au Hall of Fame à titre posthume
  • 2003 : sortie du film Seabiscuit (Pur Sang, la légende de Seabiscuit)
  • 2004 : sept nominations aux Oscars

Sources

  • National Museum of Racing and Hall of Fame, fiches Seabiscuit, War Admiral et George Woolf : pedigrees, carrières, statistiques année par année, Pimlico Special, Santa Anita 1940
  • PBS – American Experience, Seabiscuit (Stephen Ives, 2003) : transcription du documentaire (témoignages de Laura Hillenbrand, Gene Smith, Jack Whitaker, Leonard Dorfman, Norah Christianson), biographies de Charles Howard et Red Pollard, dossiers « Seabiscuit-itis » et « Racing and Radio Broadcasts »
  • PBS NewsHour, entretien avec Laura Hillenbrand : couverture de presse de 1938
  • Laura Hillenbrand, « The Greatest Horse Race Ever », Equus : préparation du départ à la cloche, Roosevelt à l’écoute
  • Laura Hillenbrand, « When Seabiscuit Was More Popular Than FDR », American Heritage, 1998
  • Laura Hillenbrand, La Légende de Seabiscuit, JC Lattès, 2001 ; J’ai lu (poche)
  • B. K. Beckwith, Seabiscuit: The Saga of a Great Champion, Wilfred Crowell, 1940 ; rééd. Westholme, 2004
  • Baltimore Magazine, « After the Finish », 2018 : souvenirs recueillis par Hillenbrand
  • Congressional Research Service, The Labor Market During the Great Depression and the Current Recession : chiffres du chômage
  • BloodHorse : élection de Tom Smith au Hall of Fame ; nominations aux Oscars
  • Penguin Random House : fiche auteur de Laura Hillenbrand et distinctions du livre
  • Academy of Motion Picture Arts and Sciences : 76e cérémonie des Oscars (2004)
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