Dentition du cheval : âge, nombre de dents et signes d’alerte
Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a…
Un cheval adulte possède généralement 36 à 40 dents : 36 chez la plupart des juments et 40 chez les mâles, certaines juments pouvant également posséder des canines. Ses dents définitives sont hypsodontes et continuent à faire éruption pour compenser leur usure. Une mastication difficile, des boulettes de foin rejetées, une perte d’état, une mauvaise haleine ou certaines défenses avec le mors peuvent justifier un examen de la bouche par un vétérinaire ou un technicien dentaire équin qualifié.
La santé bucco-dentaire peut être sous-estimée chez le cheval. Pourtant, une mauvaise dentition peut avoir des conséquences importantes sur son alimentation, sa digestion, son confort, ses performances sportives et même son comportement.
Les dents définitives du cheval sont hypsodontes : une fois formées, elles continuent à sortir progressivement de leur alvéole, d’environ 2 à 3 mm par an, afin de compenser l’usure liée à la mastication.
Découvrez comment évolue la dentition du cheval, pourquoi un contrôle annuel est indispensable et quels sont les signes qui doivent vous alerter.
Anatomie de la dentition du cheval
Chez le cheval adulte, la dentition comprend généralement :
- 40 dents chez l’étalon et le hongre
- 36 dents chez la majorité des juments, qui ne développent généralement pas les quatre crochets (canines).

Cette différence est normale et n’a aucune incidence sur la mastication.
La bouche du cheval est composée :
- d’incisives servant à couper l’herbe ;
- de prémolaires et molaires destinées au broyage des aliments ;
- de crochets (canines), essentiellement présents chez les mâles ;
- parfois de dents de loup, petites prémolaires vestigiales pouvant provoquer une gêne avec le mors.
On peut voir sur ce schéma l’évolution de la mâchoire au cours des années :

Comment évolue la dentition du cheval ?
De la naissance à 5 ans
Dès la première semaine, les premières dents de lait commencent à apparaître. La dentition provisoire se met progressivement en place au cours des premiers mois. Puis, entre environ 1 et 5 ans, les dents de lait sont remplacées par les dents définitives. Cette période mérite une surveillance particulière, car la chute des dents déciduales et l’éruption des dents permanentes peuvent occasionner gêne ou douleur.
Vers 5 ans, le cheval possède normalement sa dentition adulte complète.
Cette période est particulièrement importante car de nombreuses anomalies peuvent apparaître lors de la mise en place des dents permanentes.
Après 5 ans
Contrairement à l’Homme, les dents du cheval continuent de sortir progressivement de leur alvéole.
On parle de dents hypsodontes.
Chaque année, elles poussent en moyenne 2 à 4 mm, compensant leur usure naturelle liée à la mastication.
Cette particularité explique pourquoi un entretien régulier est indispensable.
Après 15 ans : le cheval senior
Avec l’âge :
- les dents deviennent plus courtes ;
- leur angle change progressivement ;
- certaines peuvent se déchausser ou tomber ;
- la mastication devient moins efficace.
Chez les chevaux âgés, un suivi dentaire permet d’adapter l’alimentation et de prévenir la perte d’état.
| Âge | Évolution de la dentition | Surveillance |
|---|---|---|
| Poulain | mise en place de la dentition de lait | vérifier l’éruption et les anomalies |
| 1–5 ans | remplacement progressif par les dents définitives | période particulièrement importante |
| 5–15 ans | dentition adulte, usure et éruption continue | contrôle régulier |
| >15 ans | usure plus importante, diastèmes/pertes dentaires possibles | surveillance renforcée et alimentation à adapter si nécessaire |
Pourquoi les chevaux développent-ils des surdents ?
La mâchoire supérieure du cheval est environ 30 % plus large que la mâchoire inférieure.
Les surfaces dentaires ne se recouvrent donc jamais parfaitement.
Résultat :
certaines zones ne s’usent pas suffisamment et forment des pointes d’émail, plus communément appelées surdents.
Dans la nature, une alimentation riche en fibres et une mastication de nombreuses heures limitent leur apparition.
En revanche, les chevaux domestiques consomment :
- des fourrages souvent plus tendres ;
- des concentrés ;
- une alimentation moins variée.
L’usure est donc moins homogène, favorisant les anomalies dentaires.
Vétérinaire ou technicien dentaire équin ?
En France, les actes de dentisterie équine sont réglementés. Un vétérinaire peut réaliser l’ensemble des actes nécessaires à la santé bucco-dentaire du cheval. Un technicien dentaire équin qualifié peut pratiquer certains soins autorisés par la réglementation. Lorsqu’une sédation, une anesthésie ou un acte dépassant son champ de compétence est nécessaire, l’intervention d’un vétérinaire est requise.
Pourquoi faire intervenir un dentiste équin ?
Le dentiste équin réalise un bilan complet de la bouche du cheval.
Son objectif est de :
- détecter les anomalies avant qu’elles ne deviennent douloureuses ;
- améliorer la mastication ;
- préserver les performances sportives ;
- limiter les troubles digestifs.
Aujourd’hui, les recommandations sont les suivantes :
- Jeune cheval jusqu’à 5–6 ans : suivi rapproché, l’IFCE recommandant notamment un contrôle avant débourrage puis tous les six mois jusqu’à 5–6 ans.
- Cheval adulte : contrôle généralement annuel.
- Cheval âgé : surveillance renforcée ; deux contrôles annuels peuvent être conseillés.
Quels sont les signes d’un problème dentaire ?
Certains symptômes doivent alerter :
- perte d’état malgré une alimentation correcte ;
- boulettes de foin (quidding) retrouvées au sol ;
- mauvaise haleine ;
- hypersalivation ;
- difficultés à mâcher ;
- aliments qui tombent de la bouche ;
- résistance au mors ;
- mouvements de tête ;
- difficultés à tourner d’un côté ;
- refus du contact ;
- baisse des performances ;
- coliques à répétition.
Plus ces signes sont détectés tôt, plus les soins sont simples.
Comment se déroule une consultation de dentisterie équine ?
Une séance dure généralement entre 20 et 45 minutes.
Le praticien commence par recueillir plusieurs informations :
- âge ;
- discipline pratiquée ;
- alimentation ;
- comportement monté ;
- antécédents dentaires.
Il réalise ensuite :
- un examen extérieur de la tête ;
- une palpation ;
- la mise en place d’un écarteur buccal ;
- une inspection complète des dents à l’aide d’une lampe et parfois d’un miroir ou d’une caméra.
Si nécessaire, il procède ensuite au traitement.
Selon les cas, celui-ci peut comprendre :
- le nivellement des surdents ;
- la réduction de crochets ou rampes ;
- le retrait des dents de loup lorsqu’elles provoquent une gêne ;
- le détartrage ;
- le traitement de certaines anomalies de mastication.
Les problèmes dentaires les plus fréquents chez le cheval
Les surdents
C’est l’anomalie la plus fréquente.
Ces pointes dentaires blessent parfois les joues ou la langue, rendant la mastication douloureuse.
Les dents de loup
Présentes chez certains chevaux, elles sont situées juste devant les premières prémolaires.
Les dents de loup peuvent devenir gênantes ou douloureuses lorsqu’elles interfèrent avec le mors. Leur présence et la nécessité éventuelle d’une extraction doivent être évaluées par un professionnel compétent.
Elles peuvent provoquer :
- douleurs ;
- défenses ;
- difficultés à prendre le contact.
Les crochets et rampes
Ces excroissances empêchent les mouvements normaux de la mâchoire.
Le cheval mastique moins efficacement et peut présenter des tensions musculaires importantes.
Les diastèmes
Les espaces anormaux entre deux dents retiennent les fibres alimentaires.
Ils favorisent :
- les infections ;
- les inflammations gingivales ;
- les douleurs chroniques.
Le tartre
Le tartre touche principalement :
- les incisives ;
- les crochets.
En quantité importante, il peut provoquer une inflammation des gencives et favoriser certaines infections.
Les conséquences d’une mauvaise dentition
Une bouche douloureuse ne se limite pas à un problème local.
Les répercussions concernent l’ensemble de l’organisme.
Sur l’alimentation
Le cheval mastique moins longtemps.
Les aliments sont moins broyés et moins imprégnés de salive, ce qui diminue la qualité de la digestion.
Sur la digestion
Une mastication insuffisante augmente le risque de :
- bouchons œsophagiens ;
- coliques ;
- mauvaise valorisation alimentaire ;
- amaigrissement.
Sur les performances sportives
Inconfort avec le mors, défenses à la main, difficultés de contact, modifications du comportement au travail, baisse éventuelle des performances.
Un simple problème dentaire peut parfois être à l’origine d’une baisse de performance ou de comportements inhabituels au travail.
À quelle fréquence faut-il faire contrôler les dents d’un cheval ?
Même en l’absence de symptômes, un examen dentaire est recommandé :
| Âge du cheval | Fréquence conseillée |
|---|---|
| Poulain | selon les recommandations du vétérinaire ou du dentiste équin |
| 2 à 5 ans | tous les 6 à 12 mois |
| 5 à 15 ans | une fois par an |
| Plus de 15 ans | une à deux fois par an |
La prévention reste la meilleure façon d’éviter des traitements plus lourds et d’assurer le bien-être du cheval.
FAQ – Les questions les plus fréquentes
Comment savoir si mon cheval a mal aux dents ?
Les signes les plus fréquents sont une difficulté à mâcher, une perte d’état, des défenses avec le mors, une mauvaise haleine, des coliques répétées ou encore des boulettes de foin retrouvées dans le box.
Est-ce que les dents du cheval poussent toute sa vie ?
On dit souvent que les dents du cheval « poussent » toute sa vie. Plus précisément, ses dents définitives sont hypsodontes : elles continuent à faire éruption progressivement hors de leur alvéole afin de compenser leur usure. L’IFCE indique une éruption d’environ 2 à 3 mm par an.
À quel âge faut-il faire la première visite dentaire ?
Un premier contrôle est conseillé dès le jeune âge, notamment lors du remplacement des dents de lait, afin de détecter précocement toute anomalie.
Un cheval sans mors a-t-il besoin d’un dentiste ?
Oui. Les soins dentaires ne concernent pas uniquement les chevaux montés. Une bonne dentition est indispensable pour une mastication efficace, une digestion optimale et le confort général du cheval.
En résumé
La dentition du cheval évolue tout au long de sa vie. Parce que ses dents poussent continuellement, un suivi régulier est indispensable pour prévenir les douleurs, améliorer la mastication et préserver sa santé générale. Une visite annuelle chez un dentiste équin permet de détecter les anomalies avant qu’elles n’entraînent des répercussions sur la digestion, le comportement ou les performances. Un cheval qui mange bien, mastique correctement et travaille sans douleur est avant tout un cheval dont la bouche est suivie avec attention.
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Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a repris en 2016. Formée à l'anthropologie sous la direction de François Laplantine, elle regarde le cheval comme un objet total : biologique, technique, culturel, intime. Longtemps au contact du monde équestre, de la presse à l'organisation de grands rendez-vous internationaux (avec un faible assumé pour le pur-sang arabe), elle souhaite faire de ce site un média qui explore le cheval sous tous ses angles, sans œillères, et avec une seule ligne rouge : le bien-être de l'animal.






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