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Rencontre avec Alexis Gruss

Rencontre avec Alexis Gruss

Il est de ces rencontres qui vous poussent à la réflexion, sur le cheval mais aussi sur la vie. Celle-ci en est une.

Alexis Gruss ! Le Maître Ecuyer est connu de tous. Son nom seul évoque les sabots qui résonnent, les mors qui tintent.

A 27 ans, il devient directeur de cirque. En 1974, il crée, le Cirque à l’Ancienne, en collaboration avec Silvia Monfort, pour le bicentenaire de l’introduction de la piste (inauguration du premier cirque) en France par Philip Astley. Ce dernier, considéré comme le fondateur du cirque était, installé rue des Vieilles Tuileries, dans le Marais, au sein du manège du duc de Razade.

En 1981, le Cirque à l’Ancienne Alexis Gruss reçu le statut de Cirque National.

Acrobate équestre, écuyer, maître de manège, Alexis Gruss est aussi un artiste aux talents multiples. Excellent musicien, saxophoniste, il s’adonne à de nombreuses disciplines circassiennes dès l’âge de 8 ans. Passionné, il aime aussi la photographie et est amateur de pêche à la ligne.

Le Maître Ecuyer a reçu de nombreuses distinctions : Chevalier des Arts et Lettres, Chevalier de la Légion d’Honneur, Chevalier dans l’ordre du Mérite Agricole, Grand Prix National du Cirque, Prix Oscar Carré du Cirque à Amsterdam, titulaire du Trophée Epona d’Or, il est aussi Clown d’Or du Festival International du Cirque de Monte-Carlo.

Alexis Gruss et le cheval arabe. C’est tout d’abord une rencontre, puis un parcours de vie.

Deux pur-sang arabes gris d’origine russe ont fait leur entrée sous le grand chapiteau, évoluant en liberté. Le premier n’est plus là aujourd’hui. Le second, Itrann, du haut de ses 11 ans, subjugue toujours le public. L’étalon, avec toute sa vivacité, se joue de la piste dans un trot élastique et vient ensuite se cabrer devant le Maître. Il est l’un des acteurs du tableau des rappels.

Pour Alexis, si le cheval arabe est améliorateur de race au même titre que le barbe, il est fort possible que l’akhal téké soit « le fondateur » de tous les équidés. D’ailleurs, les premiers témoignages de chevaux de « grande taille », environ 1,50 m au garrot, remontent au Ve siècle avant JC et les situent en Asie Centrale. Des ossements très comparables aux Akhal-Téké actuels, ont été trouvés dans les tombeaux des Scythes. Ce peuple nomade et guerrier, possédait et élevait, selon Hérodote, les meilleurs chevaux de l’époque.

« C’est la rencontre de deux espèces qui ont façonné notre société. Le cheval est le moteur de toutes civilisations, (le pur-sang arabe lui-même, n’a-t-il pas participé aux épopées mauresques des VII° et VIII° siècles !) et la source d’innovations telles la roue, l’attelage, mais aussi de nombreuses constructions » nous rappelle le Maître. Dans ces constructions, on retrouve les cirques.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, ceux-ci sont indissociables du cheval. En 1768, Philip Astley, ancien cavalier militaire structure à Londres, un espace dédié à la présentation publique de ses exercices équestres : la piste circulaire. Son succès est tel qu’il inaugure en 1782 (date à laquelle le mot cirque est apparu pour la première foir), l’Astley’s Amphithéâtre consacré aux arts équestres avec une scène adjointe à la piste. Invité à la Cour de France, Astley présente régulièrement ses spectacles à Paris et ouvre en 1783 avec son fils John, un amphithéâtre équestre sur le faubourg du Temple. Tandis que le père publie plusieurs manuels et traités d’équitation en Angleterre, à Paris, on loue l’adresse du fils.

« Le cirque c’est un lieu. Cette piste, de 13m de diamètre, définie par la taille de la chambrière, a été inventée pour le cheval. » nous conte Alexis. « Elle est parfaite pour développer sa morphologie et son sens de l’espace scénique: un lieu de réflexion et d’intelligence. Composée de terre végétale et de sciure, elle est un lieu de fertilité, de vie, de mouvement permanent. Le cercle c’est l’infini, rien ne s’arrête jamais.»

A propos du travail du cheval, Alexis Gruss nous révèle. « Tout ce qui est naturel est instinctif, j’en conclue donc que l’éducation est contrenature »

« Eduquer l’animal par la confiance et l’amour, et non le dresser en usant de la soumission. » « Sublimer le naturel de la nature » c’est là tout l’art ! « Demander souvent, se contenter de peu, récompenser beaucoup. » Cette maxime de Baucher, Alexis Gruss l’a faite sienne dans  les trois disciplines familiales : la haute-école, l’acrobatie  à cheval et le travail en liberté. Une recherche d’équilibre permanent, tel que l’exercent le funambule, ou les étalons se dressant fièrement devant le Maître.

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Le Maître, c’est celui qui éduque, transmets les clefs, les gestes avec respect, patience et amour.

La boucle est bouclée, le cercle intergénérationnel est en place.

Trois générations se retrouvent sur la piste, trois générations qui galopent, voltigent, s’entraident, se jouent du déséquilibre, perpétuant les mêmes gestes, les mêmes mouvements.

A ce moment-là les yeux malicieux d’Alexis Gruss s’éclairent et pétillent ! La famille : peut-être est-ce le secret de la volonté de se dépasser, de devenir meilleur.

L’on dit parfois que connaître c’est naître ensemble (co-naître), « les naissances viennent des rencontres ».  Cela s’applique parfaitement à cette « magie » qui se crée entre l’homme et le cheval, entre le Maître Ecuyer et sa cavalerie.

Yves Saint-Laurent écrivait : « Sans élégance du cœur, il n’y a pas d’élégance », nul doute que dans le répertoire et le savoir-faire/ savoir-être familial, ces mots prennent tout leur sens.

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