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Ils en parlent : Pour la création d’un «ministère de la Condition animale»

Ils en parlent : Pour la création d’un «ministère de la Condition animale»

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liberation.fr
mercredi 1er juin 2022 16:32
1115 mots -4 min

Pour la création d’un «ministère de la Condition animale»

La France compte 22 millions de chiens et de chats domestiques, et abat chaque année un milliard d’animaux d’élevage. Aucun d’entre eux n’est sérieusement pris en compte dans les politiques publiques : le gouvernement qui créera un ministère dédié au bien-être animal aura l’audace d’être de son temps.

Dans le gouvernement qu’elle a récemment formé, la Première ministre Elisabeth Borne n’a pas jugé bon de se doter d’un «ministère de la Condition animale». Pourtant, la préoccupation pour l’état physique et mental des autres animaux, pour leurs souffrances, est devenue une cause politique. Interrogée sur l’importance du bien-être animal, une large partie des Françaises et des Français (69%) considère qu’il s’agit d’un enjeu majeur qui devrait être abordé au même titre que l’écologie, la sécurité, l’économie ou le pouvoir d’achat. Par ailleurs, une plus large majorité encore (85%) est favorable à l’interdiction de l’élevage intensif.

Actuellement, c’est donc le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire qui a la responsabilité du bien-être des animaux d’élevage. Ce ministère est censé défendre à la fois les intérêts des animaux destinés à la consommation humaine et ceux de la profession agricole, ainsi que ceux de l’agro-industrie. Cette situation paradoxale engendre un conflit d’intérêts. La majorité des animaux élevés et abattus, notamment les poulets et les cochons, le sont aujourd’hui dans des conditions industrielles et intensives qui, dans leur ensemble, s’avèrent incompatibles avec leur bien-être (mutilations, espace disponible pour chaque individu ne permettant pas «la liberté d’expression d’un comportement normal de son espèce», etc.). De manière générale, les ministres de l’Agriculture ont montré qu’ils cherchaient à faire valoir les intérêts de la profession agricole et non ceux des animaux placés sous la tutelle humaine.

Un ministère distinct de celui de l’Agriculture

Force est de constater que les animaux, tant sauvages que domestiqués, ne sont à ce jour pas pris en compte dans les politiques publiques. Cela doit changer . La création d’un «ministère de la Condition animale» distinct de celui de l’Agriculture serait un pas décisif en ce sens. En permettant l’amélioration des conditions de vie des autres animaux, cette initiative favoriserait aussi indirectement le bien-être d’une grande majorité de Français et de Françaises altruistes qui sont sensibles à leurs souffrances. En outre, elle montrerait que l’Etat français cherche véritablement à améliorer le bien-être animal et qu’il a conscience des avancées scientifiques sur la condition animale. Des philosophes, des biologistes et des neuroscientifiques le soulignent en effet ensemble : des individus de très nombreuses espèces (mammifères, oiseaux, poissons, ainsi que des invertébrés) sont capables de vivre des expériences bien plus riches qu’on ne le pensait jadis. Ces animaux sont dotés de subjectivité ils sont des existants . Ils ont une conscience et ressentent le plaisir, la douleur, des émotions variées. Ils ont donc des intérêts (à ne pas souffrir, à être traités avec respect) et devraient à ce titre être inclus dans la communauté morale et politique.

Il est temps qu’un ministère dédié à la condition animale travaille de concert avec les autres ministères (Transition écologique et Cohésion des territoires, Economie, Agriculture et Souveraineté alimentaire, Santé et Prévention, Culture, etc.) car dans tous ces domaines, des animaux sont affectés par les décisions politiques, parfois massivement. On compte près d’ un milliard d’animaux d’élevage abattus en France chaque année , dont 817 millions de poulets de chair et 27 millions de lapins, 4,4 millions de bovins, 23 millions de cochons. On compte par ailleurs 15,1 millions de chats et 7,5 millions de chiens vivant dans les foyers français. On compte aussi 1,6 million d’animaux utilisés dans les laboratoires de notre pays pour des procédures scientifiques d’expérimentation. Tous ces animaux ont besoin d’une instance politique qui les représente et les défend.

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Dans le domaine des relations entre les humains et les animaux, comme dans d’autres, les idées, les représentations changent mais elles se heurtent à des forces conservatrices qui empêchent les évolutions de fond. Cela confère à l’Etat un rôle central à jouer. Le gouvernement français qui créera un «ministère de la Condition animale» ou du «Bien-être animal», comme il en existe en Belgique, aura tout simplement l’audace d’être de son temps, ainsi que l’avait été le gouvernement Pompidou qui, en 1971 , s’était doté d’un ministère de la Protection de la nature et de l’Environnement.

Premiers signataires : Emilie Dardenne Maîtresse de conférences HDR en anglais et animal studies, université Rennes-2, Marie-Claude Marsolier Directrice de recherches en génétique, CEA, Muséum national d’histoire naturelle, Lucie Nayak Chercheuse postdoctorante en sociologie, université de Liège, Nicolas Treich Directeur de recherches en économie, Toulouse School of Economics, Inrae, Florence Burgat Directrice de recherches en philosophie, Inrae-ENSN, Julien Dugnoille Maître de conférences en anthropologie, université d’Exeter, Cédric Sueur Maître de conférences en éthologie et éthique animale, université de Strasbourg, Corine Pelluchon Professeure des universités en philosophie, université Gustave-Eiffel, Rachel Lapicque Doctorante en anglais et animal studies, université Rennes-2, Laurent Bègue-Shankland Professeur des universités en psychologie sociale, université Grenoble Alpes, Institut universitaire de France, Jérôme Segal Maître de conférences en histoire, Sorbonne Université, Catherine Kerbrat-Orecchioni Professeure honoraire de linguistique, université Lumière Lyon-2, Institut universitaire de France, Jodie Lou Bessonnet Doctorante en littérature comparée, université Bordeaux-Montaigne, Camille Manfredi Professeure des Universités en études du monde anglophone, université de Bretagne Occidentale, François Jaquet Maître de conférences en éthique, université de Strasbourg, Matthieu Romagny Professeur de mathématiques, université Rennes-1, Emmanuel Picavet Professeur des Universités en éthique appliquée, université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, Philippe Le Doze Maître de conférences en histoire ancienne, université Rennes-2, Romain Espinosa Chargé de recherches en économie, Centre international de recherche sur l’environnement et le développement, Sylvie Nail Professeure de civilisation britannique, Nantes Université, Philippe Reigné Professeur de droit, Conservatoire national des arts et métiers, Roland Cash Médecin et économiste de santé, consultant, Leszek Brogowski Professeur des Universités en philosophie de l’art, université Rennes-2 , Grégory Moreau Maître de conférences en physique théorique des particules élémentaires, université Paris-Saclay, Institut universitaire de France, Valérie Croisille Maître de conférences en études anglophones, université de Limoges, Renan Larue Professeur de littérature, Université de Californie à Santa Barbara, Frédéric Le Blay Maître de conférences en philosophie des sciences, Nantes Université, David Haigron Maître de conférences en civilisation britannique, université Rennes-2.

(Lionel Bonaventure /AFP)

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