Douve du foie chez le cheval : comment la repérer et que faire ?
Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a…
La douve du foie, ou Fasciola hepatica, est un parasite beaucoup plus fréquent chez les bovins et les ovins que chez les chevaux. Pourtant, la fasciolose équine existe et peut passer inaperçue, notamment chez les chevaux vivant dans des prairies humides en présence de ruminants. Alors, comment reconnaître une infestation par la douve chez le cheval et quelle conduite adopter ?
Douve du foie chez le cheval : de quoi parle-t-on ?
La grande douve du foie (Fasciola hepatica) est un ver plat qui vit principalement dans les voies biliaires du foie. Son cycle parasitaire est complexe et nécessite notamment la présence d’un petit escargot d’eau douce, la limnée, ainsi qu’un environnement suffisamment humide. Les ruminants domestiques et certains animaux sauvages, comme les ragondins, jouent un rôle important dans la contamination des pâtures.
Chez le cheval, la douve du foie est considérée comme relativement rare, mais elle pourrait être sous-diagnostiquée. Les signes cliniques sont souvent discrets et peu spécifiques. Une étude menée sur des équidés en Irlande a notamment montré que la présence de douves adultes pouvait être plus importante qu’on ne le pensait.
Comment le cheval attrape-t-il la douve ?
Le risque augmente lorsque plusieurs facteurs sont réunis :
- pâturage dans une prairie très humide ou mal drainée ;
- présence de mares, fossés, ruisseaux ou zones régulièrement inondées ;
- présence de limnées, hôtes intermédiaires indispensables au cycle du parasite ;
- pâturage actuel ou antérieur par des bovins, ovins ou caprins infestés ;
- proximité d’animaux sauvages susceptibles de participer à la contamination du milieu.
La fasciolose est donc avant tout une maladie à laquelle il faut penser en fonction du contexte environnemental.
Quels sont les symptômes de la douve chez le cheval ?
C’est toute la difficulté : il n’existe pas de symptôme permettant à lui seul de reconnaître la douve du foie chez le cheval.
Une infestation peut même rester totalement silencieuse. Lorsqu’elle provoque des troubles, on peut notamment observer :
- une perte de poids ou un amaigrissement progressif ;
- une baisse d’appétit ;
- une diminution de la forme et des performances ;
- un poil terne ou piqué ;
- de la diarrhée, parfois avec une alternance de diarrhée et de constipation ;
- plus rarement, des coliques ;
- une anémie ;
- une coloration jaunâtre des muqueuses, appelée ictère ou subictère ;
- une fatigue ou une baisse de l’état général.
Ces symptômes sont cependant très peu spécifiques et peuvent être associés à de nombreuses autres maladies ou infestations parasitaires.
Un cheval qui maigrit sans raison apparente et qui vit dans une pâture humide, notamment en présence de ruminants, mérite donc une consultation vétérinaire. La douve peut faire partie des hypothèses diagnostiques, mais elle ne doit pas être considérée comme la cause par défaut.
Comment diagnostiquer la douve du foie chez le cheval ?
La coproscopie : utile, mais imparfaite
La recherche des œufs de Fasciola hepatica dans les crottins par coproscopie constitue une méthode diagnostique importante. La présence d’œufs permet de confirmer la parasitose.
Mais une coproscopie négative ne permet pas d’exclure la douve chez le cheval.
Pourquoi ? Parce que l’excrétion des œufs est intermittente et que la sensibilité de l’examen est donc limitée. L’IFCE estime qu’environ 60 à 70 % des chevaux infestés pourraient seulement présenter une coproscopie positive.
C’est pourquoi le vétérinaire interprète le résultat en fonction de l’ensemble du dossier : symptômes, environnement, résultats sanguins et autres examens.
Et la prise de sang ?
Un bilan sanguin peut apporter des informations complémentaires. Certaines enzymes hépatiques peuvent notamment être modifiées lors d’une atteinte du foie ou des voies biliaires. Toutefois, une anomalie du bilan hépatique n’est pas spécifique de la fasciolose.
Les tests sérologiques sont utilisés chez les ruminants, mais leur utilisation chez le cheval reste plus délicate et les tests disponibles chez les autres espèces ne sont pas directement transposables à l’espèce équine.
En pratique, le diagnostic repose donc sur un faisceau d’indices, et non sur un seul test.
Que faire si vous suspectez une douve chez votre cheval ?
1. Contactez votre vétérinaire
Il est déconseillé de donner soi-même un vermifuge « contre la douve » à un cheval.
En effet, les traitements actifs contre Fasciola hepatica ne font pas partie des antiparasitaires habituellement autorisés pour le cheval. Certains médicaments destinés aux ruminants peuvent être utilisés chez les équidés dans certaines situations, mais leur emploi relève de la prescription et de la responsabilité du vétérinaire.
Le traitement de la douve chez le cheval doit donc impérativement être raisonné au cas par cas par le vétérinaire.
Le triclabendazole est notamment décrit comme une molécule active contre les différents stades de Fasciola hepatica, mais des résistances sont connues et son utilisation chez le cheval nécessite une prescription vétérinaire adaptée. D’autres molécules peuvent également présenter des risques importants en cas de mauvaise utilisation.
2. Ne vermifugez pas « au cas où »
La douve est suffisamment rare chez le cheval pour qu’un traitement systématique de tous les équidés ne soit pas recommandé.
L’IFCE indique qu’il n’est pas nécessaire de traiter préventivement les chevaux avec un douvicide. En revanche, une attention particulière doit être portée aux animaux présentant des facteurs de risque importants.
Un vermifuge donné sans diagnostic ou sans indication peut être inutile, favoriser l’apparition de résistances et exposer le cheval à des effets indésirables.
Comment prévenir la douve chez le cheval ?
La prévention repose avant tout sur la gestion des pâtures.
Lorsque cela est possible :
- évitez de faire pâturer les chevaux dans les zones particulièrement humides ;
- limitez l’accès aux mares, fossés et cours d’eau naturels ;
- améliorez le drainage des parcelles problématiques lorsque c’est réalisable ;
- soyez particulièrement vigilant lorsque les chevaux pâturent avec des bovins ou des ovins ;
- évitez les pâtures ayant hébergé des ruminants fortement infestés ;
- demandez conseil à votre vétérinaire si plusieurs chevaux présentent simultanément un amaigrissement ou une baisse d’état général.
L’objectif est de limiter le contact avec les milieux favorables au cycle de Fasciola hepatica.
Douve du foie : les points à retenir
La douve du foie chez le cheval est une parasitose peu fréquente mais à ne pas oublier dans certaines situations. Elle doit notamment être envisagée face à un amaigrissement inexpliqué ou à une baisse d’état général chez un cheval vivant dans une pâture humide, surtout lorsque des ruminants sont ou ont été présents sur la parcelle.
Le diagnostic est délicat : la coproscopie peut être négative malgré une infestation, et les analyses sanguines ne sont pas spécifiques. Le vétérinaire doit donc mettre en relation les signes cliniques, le contexte de pâturage et les résultats des examens complémentaires.
En cas de suspicion, ne donnez pas vous-même un traitement contre la douve. Faites appel à votre vétérinaire équin, qui pourra déterminer si une recherche de Fasciola hepatica est pertinente et, si nécessaire, choisir le traitement approprié.
À retenir
La douve chez le cheval est rare, mais probablement sous-diagnostiquée. Les principaux facteurs de risque sont les pâtures humides et la présence de ruminants. Un amaigrissement inexpliqué, une baisse de forme ou des troubles digestifs peuvent justifier une recherche, mais ces signes ne suffisent pas à poser le diagnostic. La coproscopie est utile mais peut donner des résultats faussement négatifs. Enfin, aucun traitement contre la douve ne doit être administré au cheval sans prescription vétérinaire.
Sources
- IFCE – La douve du foie chez le cheval
- ESCCAP France – La grande douve (fasciolose)
- Académie Vétérinaire de France – Lésions et traitement de la fasciolose chez les équidés
- ESCCAP – Traitement et prévention des parasitoses gastro-intestinales chez le cheval.
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Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a repris en 2016. Formée à l'anthropologie sous la direction de François Laplantine, elle regarde le cheval comme un objet total : biologique, technique, culturel, intime. Longtemps au contact du monde équestre, de la presse à l'organisation de grands rendez-vous internationaux (avec un faible assumé pour le pur-sang arabe), elle souhaite faire de ce site un média qui explore le cheval sous tous ses angles, sans œillères, et avec une seule ligne rouge : le bien-être de l'animal.





