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Apprendre à monter à cheval adulte : et si le problème n’était pas vous ?

Apprendre à monter à cheval adulte : et si le problème n’était pas vous ?

« Je ne suis vraiment pas douée pour l’équitation. »

Pendant des années, j’ai pensé que cette phrase était la conclusion logique de mon expérience à cheval.

J’avais essayé les centres équestres, les écuries, les écoles d’équitation. J’avais pris des cours avec des moniteurs diplômés, des jeunes, des moins jeunes, dans plusieurs disciplines. J’avais essayé. Encore et encore.

Et pourtant, je ne progressais pas.

Alors je me suis dit que le problème venait de moi.

Après tout, commencer l’équitation adulte n’est pas toujours facile, me répétait-on. Il fallait du temps, de la persévérance, des heures en selle, beaucoup de travail et surtout… continuer.

Alors j’ai continué.

Mais une question me revenait sans cesse :

Combien de temps faut-il persévérer lorsqu’on ne sait même plus où l’on va ?

Commencer l’équitation adulte : faut-il vraiment simplement persévérer ?

On me disait de prendre des cours, de monter davantage, de recommencer les mêmes exercices, de travailler ma position, mes aides, mon équilibre.

Alors je faisais ce qu’on me demandait.

Encore.

Et encore.

Et, très souvent, j’obtenais exactement les mêmes résultats.

Je n’étais pas à l’aise. Je n’étais pas autonome. Je ne comprenais pas réellement ce que je faisais. Et mon cheval, lui, devait supporter les conséquences de mon manque de maîtrise.

Un cavalier mal placé, des demandes parfois incohérentes, une compréhension approximative des aides… et des séances qui devenaient finalement frustrantes pour tout le monde.

Pourtant, je continuais.

Parce qu’on m’avait appris que la progression en équitation était une question de travail.

Plus de cours. Plus d’heures à cheval. Plus d’efforts.

Mais pour aller où ?

C’est finalement mon mari qui, beaucoup plus lucide que moi, a posé la question.

Après environ un an à me voir tourner en rond, il m’a dit, en substance :

« Ça fait un an que tu prends des cours. Tu n’es toujours pas autonome, toujours pas à l’aise et tu ne sembles pas prendre de plaisir. Ce n’est pas normal. Arrête. »

Lui-même moniteur de plongée et enseignant par passion, il trouvait incompréhensible qu’autant d’efforts produisent aussi peu d’évolution.

Il avait surtout constaté quelque chose que je refusais encore de voir : je souffrais davantage que je n’apprenais.

J’ai même acheté mon propre cheval

Comme beaucoup de cavaliers débutants, j’ai fini par penser qu’avoir mon propre cheval allait changer les choses.

J’allais pouvoir pratiquer davantage.

Créer une relation.

Progresser à mon rythme.

Apprendre avec mon cheval.

Sauf que, là encore, je n’avais pas vraiment choisi la facilité.

Mon cheval était considéré comme difficile, voire « anti-équitation », selon les termes de mon enseignante.

Avec le recul, cette expérience a pourtant été déterminante.

Parce qu’un cheval qui ne rentre pas facilement dans le moule oblige parfois à remettre en question le moule lui-même.

Et petit à petit, quelque chose s’est fissuré.

Je me suis mise à regarder l’équitation autrement.

Puis tout s’est arrêté.

Je suis sortie de cette roue.

La roue de la médiocrité

Je l’ai d’abord regardée avec colère.

Puis avec tristesse.

Et enfin avec suffisamment de distance pour commencer à comprendre ce qui m’était arrivé.

Les clubs.

Les moniteurs.

La fédération.

Les clients.

Les enfants.

Les concours.

Les cours à répétition.

Tout un écosystème qui fonctionne autour de ce que l’on appelle « l’équitation ».

Mais dont la définition ne correspondait manifestement pas à la mienne.

Le problème n’était peut-être pas que je n’étais pas douée pour monter à cheval.

Le problème était peut-être que je ne savais pas ce que je cherchais.

Et surtout, personne ne m’avait vraiment aidée à le définir.

Pourquoi ai-je accepté aussi longtemps un enseignement qui ne me convenait pas ?

C’est probablement la question la plus intéressante.

Professionnellement, je suis parfaitement capable de dialoguer avec des personnes expérimentées, de poser des questions, de challenger une expertise et de remettre en cause une méthode lorsqu’elle ne me paraît pas pertinente.

Alors pourquoi ne l’ai-je pas fait à cheval ?

Parce que je pensais qu’ils savaient.

Ils étaient moniteurs.

Ils avaient les diplômes.

Ils avaient l’expérience.

Ils connaissaient les chevaux.

Alors je leur faisais confiance.

Et progressivement, j’ai cessé de faire confiance à mon propre jugement.

J’aurais peut-être dû m’acheter un cerveau avant d’acheter toutes ces heures de cours !

Parce que, très tôt, quelque chose en moi me disait que cela ne répondait pas à mes attentes.

Mais je n’écoutais pas cette petite voix.

Je pensais que je devais simplement faire davantage d’efforts.

Je ne cherchais pas seulement à apprendre à monter à cheval

Avec le recul, je comprends surtout une chose.

Je ne cherchais pas simplement à apprendre à monter à cheval.

Je cherchais un maître.

Pas un « maître » au sens hiérarchique du terme.

Quelqu’un qui aurait suffisamment travaillé, réfléchi, expérimenté et appris pour pouvoir à son tour transmettre.

Je suis entrée dans l’équitation presque comme on entre en religion.

Je cherchais un chemin.

Une philosophie.

Une manière d’être avec le cheval.

Je cherchais quelqu’un capable de m’accompagner dans un apprentissage global : comprendre le cheval, comprendre mon corps, comprendre mes émotions, apprendre à observer, à ressentir, à agir avec justesse.

Je cherchais finalement une équitation consciente.

Et je ne trouvais pas cela dans la succession de cours que je suivais.

Le problème n’est peut-être pas l’équitation, mais la manière dont elle est enseignée

C’est ici que mon regard a profondément changé.

Je ne pense plus que le problème soit simplement « l’équitation ».

Le problème est plutôt ce que nous avons parfois fait de son enseignement.

Lorsqu’une discipline aussi complexe que l’équitation est réduite à apprendre à tenir à cheval, accumuler des heures, valider des niveaux et éventuellement sortir en concours, on peut passer à côté de l’essentiel.

Le cheval devient alors un support d’apprentissage technique plutôt qu’un partenaire.

Et le cavalier peut devenir un consommateur de cours.

Cours après cours.

Semaine après semaine.

Année après année.

Sans jamais réellement comprendre le chemin qu’il parcourt.

Or, apprendre à monter à cheval devrait aussi être apprendre à observer, ressentir, comprendre, communiquer et respecter.

C’est une relation à construire, pas seulement une compétence à acquérir.

Et les bons enseignants dans tout ça ?

C’est probablement ce qui me dérange le plus.

Parce que je sais qu’ils existent.

Il existe des enseignants passionnés.

Des professionnels qui continuent à apprendre toute leur vie.

Des cavaliers qui travaillent leur propre équitation pour pouvoir mieux transmettre.

Des personnes qui considèrent le cheval comme un partenaire et l’enseignement comme une véritable responsabilité.

Des hommes et des femmes qui ont, à mes yeux, l’étoffe de maîtres.

Mais comment peuvent-ils réellement transmettre leur vision lorsqu’ils sont noyés dans un système qui tend à uniformiser les pratiques ?

Comment exceller dans sa vocation d’enseignant lorsque la qualité pédagogique est parfois moins visible que la capacité à remplir un planning ?

Comment défendre une équitation différente lorsque la masse impose ses propres standards ?

Et surtout, comment permettre aux cavaliers de comprendre qu’il existe d’autres chemins pour apprendre à monter à cheval ?

Je ne veux plus apprendre à monter à cheval « comme tout le monde »

Je suis probablement un archétype du client idéal pour un centre équestre : propriétaire de chevaux, avec deux enfants qui prennent eux aussi des cours.

Et pourtant, je ne veux plus de cette équitation-là.

Je ne veux pas apprendre à monter à cheval avec pour seul objectif de reproduire des gestes.

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Je ne veux pas enchaîner les cours sans comprendre le projet pédagogique qui se trouve derrière.

Je ne veux pas que mes enfants tournent en rond à poney simplement pour les occuper.

Je ne veux pas non plus qu’ils apprennent à rechercher une minute de sensations fortes en concours sans comprendre les conséquences de leurs actions sur le cheval.

Je ne veux pas acheter un cheval et reproduire avec lui un schéma qui nous ferait souffrir tous les deux.

Je veux autre chose.

Je veux comprendre.

Observer.

Étudier.

Préparer mon corps.

Travailler ma conscience.

Comprendre le cheval avant de vouloir le monter.

Et, lorsque je serai réellement prête, apprendre à nouveau auprès de personnes dont la vision de l’équitation correspond à mes valeurs.

Et si « le cheval, ce n’était pas génial » ?

Cette phrase peut sembler provocatrice.

Pourtant, elle a été libératrice.

Parce qu’avant de pouvoir aimer réellement quelque chose, il faut parfois accepter de reconnaître que ce que l’on nous propose ne nous convient pas.

Le cheval n’est pas forcément génial.

L’équitation non plus.

Pas lorsqu’elle devient une succession de frustrations, de dépenses, de douleurs et d’incompréhensions.

Pas lorsqu’un cavalier ne sait plus pourquoi il monte.

Pas lorsque le cheval devient le réceptacle de nos erreurs d’apprentissage.

Pas lorsque la performance prend toute la place et que la relation disparaît.

Mais cela ne signifie pas qu’il faille renoncer au cheval.

Au contraire.

Cela signifie peut-être qu’il faut recommencer autrement.

Avant de monter à cheval, apprendre à regarder

Aujourd’hui, je ne cherche plus à devenir rapidement autonome à cheval.

Je cherche à devenir plus consciente.

Consciente de mon corps.

De mes émotions.

De mes intentions.

De mes gestes.

De ce que je demande au cheval.

Et surtout de ce que le cheval me répond.

Peut-être qu’un jour je serai prête à monter véritablement à cheval.

Pas simplement à être assise dessus.

Pas simplement à obtenir une réponse.

Mais à construire une véritable communication.

Une équitation fondée sur le respect, l’humilité, la connaissance et la sensibilité.

Parce qu’au fond, c’est peut-être cela que je cherchais depuis le début.

Je pensais vouloir apprendre à monter à cheval.

En réalité, je voulais apprendre à être avec un cheval.

Et pour y parvenir, il a d’abord fallu que j’accepte de sortir de la roue.

La roue de la performance.

La roue des cours.

La roue des « il faut persévérer ».

Et surtout, la roue de la croyance selon laquelle si je n’y arrivais pas, c’était forcément parce que je n’étais pas douée.

Aujourd’hui, je pense différemment.

Le bon apprentissage ne devrait pas nous demander de souffrir indéfiniment pour mériter de progresser.

Il devrait nous permettre de comprendre pourquoi nous faisons les choses, de mesurer nos progrès et de construire, petit à petit, une relation plus juste avec notre cheval.

Alors peut-être qu’un jour, après beaucoup de travail, d’humilité et de conscience…

je monterai enfin à cheval.

 

 

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