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Le Merveilleux Cheval mongol : un roman d’enfance retrouvé trente ans plus tard

Le Merveilleux Cheval mongol : un roman d’enfance retrouvé trente ans plus tard

Pendant plus de trente ans, il ne m’est resté de ce livre que des fragments. Deux enfants, un cheval sauvage, une fuite à travers l’Europe, une couverture où figurait un petit cheval fauve à la crinière dressée… et trois lettres, « Tak ». Le titre, lui, s’était effacé. Et l’histoire, hummm plus grand chose !

Je devais avoir entre 9 et 15 ans quand je l’ai lu, quelque part entre ma chambre et la mezzanine de la maison des parents. On discutait avec une amie sur les romans d’enfance et, il a fallu mettre bout à bout ces quelques souvenirs pour remonter le fil. Ce livre, c’était Le Merveilleux Cheval mongol, de James Aldridge. Et ce « Tak » n’était pas si loin de la vérité.

Un roman jeunesse entre la steppe et le pays de Galles

Publié en anglais en 1974 sous le titre The Marvellous Mongolian, le roman est signé James Aldridge (1918-2015), écrivain et journaliste d’origine australienne installé à Londres.

L’histoire s’ouvre en Mongolie. Un jeune garçon, Baryut, y vit aux côtés d’un étalon sauvage, Tachi, un cheval de Przewalski. Mais Tachi est capturé et expédié à l’autre bout du continent, dans une réserve du pays de Galles. Là vit Kitty, une petite fille et sa ponette Peep. Entre les deux enfants que tout sépare, le cheval tisse un lien : ils commencent à s’écrire, et une partie du récit passe par leurs lettres.

Puis le roman bascule dans l’aventure. Tachi s’échappe, entraînant Peep avec lui, et se met en route vers l’est. Son but est aussi instinctif qu’impossible : rentrer chez lui, à des milliers de kilomètres.

Il n’est pas là pour être gagné ni monté. Il n’est pas un cheval perdu qu’il faudrait ramener à l’écurie : son territoire est ailleurs. Les humains peuvent le capturer, le transporter, le protéger, vouloir sauver son espèce. Mais peuvent-ils décider de l’endroit où il doit vivre ?

L’enjeu du roman n’est pas de dompter Tachi, c’est de comprendre ce qu’il est.

Et pour cela, nous pouvons regarder le véritable animal qui l’a inspiré.

Le cheval de Przewalski, ou takhi

On le reconnaît au premier coup d’œil : robe beige à fauve, ventre et bout du nez plus clairs, membres souvent zébrés, crinière courte et dressée sans toupet, corps compact et tête massive. Une silhouette qui semble sortie des parois de Lascaux.

Son nom occidental vient de l’explorateur russe Nikolaï Prjevalski, qui le fit connaître aux naturalistes européens à la fin du XIXe siècle. Mais en Mongolie, on l’appelle takhi (ou takh), « l’esprit » ou « le digne d’être vénéré » selon les traductions courantes.

Voilà donc l’origine de mon fragment de mémoire. J’avais oublié Tachi, oublié le titre, oublié l’auteur. Mais le nom mongol du cheval, glissé par Aldridge dans celui de son héros, avait survécu.

Disparu à l’état sauvage

L’histoire réelle du takhi est presque aussi romanesque que celle de Tachi. Chassé, concurrencé par le bétail pour l’eau et les pâturages, repoussé par les hivers rigoureux, il décline tout au long du XXe siècle. La dernière observation dans la nature remonte à la fin des années 1960, dans le désert de Gobi. L’espèce est alors déclarée éteinte à l’état sauvage.

Elle ne survit plus au départ, que dans les zoos, à partir d’une poignée de fondateurs. Des programmes d’élevage coordonnés permettent ensuite peu à peu de reconstituer les effectifs. Puis vient l’idée la plus audacieuse : ramener les chevaux dans la steppe.

À partir de 1992, des takhis nés en captivité en Europe sont réintroduits en Mongolie, notamment dans le parc national de Hustai et dans le Gobi. La France a joué un rôle singulier dans cette histoire : dès 1993, l’association Takh a acclimaté un groupe de Przewalski sur le causse Méjean, en Lozère, pour qu’ils y réapprennent la vie en harde avant d’être transférés en Mongolie en 2004 et 2005.

Autrement dit, la réalité a rejoué le voyage de Tachi, mais dans l’autre sens. Et le roman, écrit près de vingt ans avant les premières réintroductions, l’avait en quelque sorte imaginé avant qu’il n’ait lieu.

« Le dernier cheval sauvage » : une formule à nuancer

On présente souvent le Przewalski comme « le dernier cheval sauvage du monde ». La réalité scientifique est plus complexe.

Il se distingue bien des chevaux domestiques, jusque dans ses chromosomes (66 contre 64). Mais en 2018, une étude génétique publiée dans Science a suggéré qu’il descendrait des chevaux de Botaï, au Kazakhstan, parmi les plus anciens chevaux associés à l’homme, il y a environ 5 500 ans. Si cette hypothèse se confirmait, le takhi serait moins un cheval jamais domestiqué qu’une lignée retournée très tôt à la vie libre. La question fait toujours débat.

Un roman sur la liberté autant que sur les chevaux

Relu avec des yeux d’adulte, Le Merveilleux Cheval mongol dit quelque chose que l’enfant lectrice ne formulait sans doute pas. Peep est une ponette domestique : sa vie s’est construite avec les humains. Tachi appartient à un monde qui ne gravite pas autour de nous.

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Le roman pose alors une question à tous les amoureux des chevaux: aimer un animal, est-ce forcément vouloir le garder près de soi ?

Pourquoi certains livres de chevaux ne nous quittent jamais

Pour beaucoup d’enfants passionnés, le cheval se vit aussi dans les livres. Avant d’en avoir un, on en possède sur une étagère. On monte avec eux, on traverse des pays, on sauve des chevaux abandonnés, on découvre des races inconnues. Et certains de ces romans finissent par se fondre dans nos propres souvenirs.

On oublie l’auteur, puis le titre, puis les personnages. Mais une image persiste. Lorsque j’ai revu la couverture du Merveilleux Cheval mongol, je l’ai reconnue immédiatement, avant même de relire le résumé ou de retrouver le nom des héros. Une image que je croyais perdue était restée là, intacte, depuis le début des années 1990.

C’est peut-être cela, le pouvoir des livres d’enfance : on ne se souvient pas toujours de ce qu’ils racontaient, mais ils ont participé à fabriquer notre regard sur le cheval. Celui-ci m’a fait découvrir, très tôt, un cheval qui n’était justement pas fait pour être monté.

Un livre à redécouvrir

Aujourd’hui, je comprends mieux pourquoi ce roman avait laissé une trace. À travers Tachi, James Aldridge fait découvrir un animal extraordinaire et pose, sans réponse toute faite, une question plus actuelle que jamais : quelle place laisser au sauvage ?

Pour les jeunes passionnés, c’est une porte ouverte sur un monde loin des poneys-clubs et des terrains de concours. Celui des steppes, des chevaux sans écurie, et d’un petit cheval fauve à la crinière dressée qui a failli disparaître de la planète.

Et qui, lui aussi, a fini par retrouver le chemin de la Mongolie.

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