Les chevaux et la chaleur : comment les protéger pendant la canicule ?
Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a…
Canicule, fortes chaleurs, épisodes de sécheresse… Les étés sont de plus en plus chauds et les chevaux sont directement concernés. Contrairement aux idées reçues, un cheval supporte généralement mieux le froid que les températures élevées. Lorsque le thermomètre dépasse les 25 à 30 °C, surtout avec un fort taux d’humidité, le risque de stress thermique augmente rapidement.
Comment aider votre cheval à traverser les épisodes de chaleur ? Quels sont les signes d’un coup de chaleur ? Quand faut-il appeler le vétérinaire ? Voici les bons réflexes à adopter.
Pourquoi la chaleur est-elle dangereuse pour le cheval ?
Le cheval régule sa température principalement grâce à la transpiration. Ce mécanisme est très efficace… tant que la sueur peut s’évaporer correctement.
Lorsqu’il fait très chaud, que l’air est humide ou qu’il n’y a pas de circulation d’air, cette évaporation devient moins efficace. La température corporelle augmente alors progressivement, pouvant conduire à un véritable coup de chaleur.
Le risque est encore plus important :
- chez les chevaux âgés ;
- chez les poulains ;
- chez les chevaux en surpoids ;
- lors d’un transport ;
- après un effort intense ;
- dans un box mal ventilé.
Une hydratation irréprochable
L’eau est la priorité absolue.
En moyenne, un cheval adulte consomme entre 20 et 50 litres d’eau par jour selon son alimentation et son activité. Pendant une canicule ou après un effort, cette consommation peut dépasser 70 à 100 litres par jour.
Quelques conseils essentiels :
- laisser de l’eau propre disponible en permanence ;
- nettoyer quotidiennement les abreuvoirs et bacs ;
- vérifier plusieurs fois par jour leur fonctionnement ;
- éviter une eau glacée immédiatement après un effort intense.
Un cheval déshydraté perd également des électrolytes (sodium, potassium, chlorure), indispensables au fonctionnement musculaire et nerveux. Pour les chevaux qui travaillent ou transpirent beaucoup, un complément en électrolytes peut être recommandé sur avis vétérinaire.
De l’ombre et une bonne ventilation
Au pré, chaque cheval doit pouvoir accéder facilement à un espace ombragé :
- arbres ;
- abri naturel ;
- abri artificiel.
Au box, privilégiez une bonne circulation de l’air sans créer de courant d’air violent. Les ventilateurs peuvent améliorer le confort lorsqu’ils sont utilisés en toute sécurité.
Évitez autant que possible les sorties ou le travail entre 12 h et 18 h, période où les températures sont généralement les plus élevées.
Adapter le travail pendant les fortes chaleurs
Même un cheval entraîné peut souffrir de la chaleur.
Pendant les épisodes caniculaires :
- travaillez tôt le matin ou en soirée ;
- réduisez l’intensité et la durée des séances ;
- augmentez les temps de récupération ;
- surveillez la fréquence respiratoire et cardiaque après l’effort.
Un cheval qui récupère difficilement est un signal d’alerte.
Doucher son cheval : oui, mais correctement
Contrairement à une idée ancienne, les études montrent qu’un refroidissement rapide est bénéfique lorsqu’un cheval présente une hyperthermie après un effort.
Le plus efficace consiste à :
- arroser abondamment le corps avec de l’eau fraîche (sans être glacée) ;
- insister sur l’encolure, le poitrail, les épaules et les membres ;
- racler l’eau si elle devient chaude avant de recommencer ;
- répéter l’opération jusqu’au retour d’une température normale.
L’objectif est de favoriser l’évacuation de la chaleur corporelle.
Attention aux insectes
La transpiration attire fortement les insectes piqueurs.
Pour limiter leur gêne :
- utiliser un répulsif adapté aux chevaux ;
- installer une chemise anti-mouches si nécessaire ;
- retirer régulièrement le fumier autour des pâtures ;
- privilégier les sorties lorsque les insectes sont moins actifs.
Les chevaux à peau claire : une protection solaire indispensable
Les chevaux présentant des zones dépigmentées (appelées ladres) sont particulièrement sensibles aux coups de soleil.
Les parties les plus exposées sont :
- les naseaux ;
- les lèvres ;
- le contour des yeux ;
- certaines balzanes.
Une crème solaire haute protection spécialement adaptée aux chevaux permet de limiter les brûlures cutanées.
Comment reconnaître un coup de chaleur ?
Le coup de chaleur constitue une urgence vétérinaire.
Les premiers signes sont :
- respiration très rapide ;
- transpiration excessive… ou absence totale de transpiration ;
- fréquence cardiaque élevée ;
- fatigue importante ;
- faiblesse ;
- muqueuses rouges foncées ;
- température corporelle supérieure à 40,5 °C.
Dans les cas les plus graves, le cheval peut présenter :
- une perte d’équilibre ;
- des tremblements ;
- des troubles neurologiques ;
- un effondrement.
Sans prise en charge rapide, le pronostic vital peut être engagé.
Que faire en cas de coup de chaleur ?
Si votre cheval présente des signes d’hyperthermie :
- Arrêtez immédiatement tout exercice.
- Placez-le à l’ombre ou dans un endroit ventilé.
- Retirez la selle et les équipements.
- Refroidissez-le abondamment avec de l’eau fraîche.
- Favorisez la circulation de l’air avec un ventilateur si possible.
- Laissez-le boire librement de petites quantités d’eau propre.
- Prenez sa température si vous disposez d’un thermomètre.
Contactez immédiatement votre vétérinaire si :
- la température reste élevée ;
- le cheval ne récupère pas rapidement ;
- il présente des signes neurologiques ;
- il refuse de boire ;
- il s’effondre.
Prévenir vaut mieux que guérir
Lors des épisodes de canicule, quelques gestes simples permettent d’éviter la majorité des problèmes :
- eau disponible en permanence ;
- accès à l’ombre ;
- travail adapté aux températures ;
- surveillance quotidienne ;
- alimentation équilibrée ;
- refroidissement après les efforts ;
- vigilance accrue chez les chevaux fragiles.
En période de fortes chaleurs, observer son cheval est la meilleure prévention. Une respiration inhabituelle, une récupération anormalement lente ou un comportement apathique doivent toujours inciter à la prudence.
FAQ
À partir de quelle température un cheval souffre-t-il de la chaleur ?
Il n’existe pas de seuil unique. Le risque augmente fortement lorsque les températures dépassent 25 à 30 °C, surtout si l’humidité est importante et que le cheval travaille.
Un cheval peut-il boire trop d’eau ?
Un cheval en bonne santé régule naturellement sa consommation. Il doit toujours avoir accès à de l’eau propre, y compris pendant les fortes chaleurs.
Peut-on monter son cheval pendant une canicule ?
Oui, mais uniquement aux heures les plus fraîches et en adaptant fortement l’intensité du travail. Une surveillance attentive de la récupération est indispensable.
Sources
- American Association of Equine Practitioners (AAEP). Hot Weather Horse Care.
- British Horse Society. Summer Horse Care Advice.
- World Organisation for Animal Health (WOAH). Animal Welfare and Heat Stress.
- Merck Veterinary Manual. Heat Stress and Heat Stroke in Horses.
- FEI Veterinary Regulations – recommandations sur la gestion des chevaux en période de fortes chaleurs.
Pour aller plus loin : Chaleur oblige, peut-on galoper ? – ABC du Cheval
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Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a repris en 2016. Formée à l'anthropologie sous la direction de François Laplantine, elle regarde le cheval comme un objet total : biologique, technique, culturel, intime. Longtemps au contact du monde équestre, de la presse à l'organisation de grands rendez-vous internationaux (avec un faible assumé pour le pur-sang arabe), elle souhaite faire de ce site un média qui explore le cheval sous tous ses angles, sans œillères, et avec une seule ligne rouge : le bien-être de l'animal.






