Les 8 pathologies majeures du cheval : reconnaître, prévenir, réagir
Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a…
De la fourbure aux ulcères gastriques, huit affections parmi les plus fréquentes ou les plus redoutées chez le cheval — leur mécanisme, les signes qui doivent alerter et les bons réflexes du propriétaire.
Ce guide a une vocation d’information et d’anticipation : comprendre un mécanisme, repérer un signe, adopter le bon geste. Il ne remplace jamais l’examen d’un vétérinaire, seul habilité à poser un diagnostic et à prescrire un traitement. Face au moindre doute — et tout particulièrement en cas de fourbure ou de colique —, l’appel au vétérinaire reste la première urgence.
1. Le syndrome de Cushing (PPID)
Longtemps appelée « syndrome de Cushing équin », cette maladie porte aujourd’hui le nom de dysfonctionnement de la pars intermedia de l’hypophyse (PPID, pour Pituitary Pars Intermedia Dysfunction). Elle résulte d’une hyperplasie ou d’un adénome de la pars intermedia de l’hypophyse, à l’origine d’une sursécrétion de peptides dérivés de la pro-opiomélanocortine (POMC), dont l’ACTH. C’est une affection endocrinienne du cheval âgé, dont la fréquence augmente nettement après quinze à vingt ans.
Reconnaître
Les signes les plus caractéristiques sont l’hirsutisme (un poil long qui mue mal, voire pas du tout), la fonte musculaire — souvent visible le long de la ligne du dos —, une sensibilité accrue à la fourbure, une léthargie, une transpiration excessive (hyperhidrose) et des infections à répétition liées à une immunité affaiblie.
Prendre en charge
Le diagnostic associe l’examen clinique à des dosages hormonaux (ACTH notamment). Le traitement de référence repose sur le pergolide, agoniste dopaminergique commercialisé sous le nom de Prascend® — et désormais sous d’autres spécialités à base de pergolide. C’est un traitement à vie, la seule molécule autorisée pour cette indication. Le gattilier (Vitex agnus-castus) est parfois utilisé en phytothérapie de façon empirique, mais son efficacité n’est pas démontrée à hauteur du traitement vétérinaire : il ne s’y substitue pas.
2. Le sarcoïde équin
Le sarcoïde est la tumeur cutanée la plus fréquente chez le cheval. Bénigne — elle ne métastase pas —, elle n’en est pas moins localement invasive et fortement récidivante. Elle est étroitement associée au papillomavirus bovin (BPV-1 et BPV-2), sur un terrain de prédisposition génétique ; sa transmission est favorisée par les mouches piqueuses et par les traumatismes cutanés (plaies, cicatrices, frottements du harnachement).
On en distingue plusieurs formes cliniques : occultes (plats), verruqueux, nodulaires, fibroblastiques, mixtes, et malins (dits malevolent). Le diagnostic est avant tout clinique : la biopsie, qui peut activer ou aggraver la lésion, ne se décide qu’avec le vétérinaire.
Les traitements sont nombreux et se choisissent selon le type, la taille et la localisation : ligature élastique des lésions pédiculées, chirurgie, cryothérapie, laser CO₂, hyperthermie, immunothérapie (BCG), chimiothérapie locale (cisplatine) ou topiques (imiquimod). Aucun n’exclut totalement la récidive.
À proscrire absolument : l’application de produits caustiques « maison » sans avis vétérinaire. Loin de traiter la lésion, ces pratiques provoquent des inflammations explosives et une aggravation parfois dramatique de la tumeur.
3. La fourbure
La fourbure est une inflammation aiguë des tissus lamellaires (les lames podophylleuses) du sabot, qui assurent l’attache de la troisième phalange à la paroi. L’ischémie qui en découle mène à la nécrose de ces attaches et peut provoquer la bascule (rotation) ou l’enfoncement (« sink ») de la phalange distale. Extrêmement douloureuse, elle constitue une urgence.
Les causes
Elles sont multiples : syndrome métabolique équin et surpoids, excès de sucres non structuraux (fructanes de l’herbe de printemps, surcharge en céréales), traumatisme mécanique lié à un travail prolongé sur sol dur, ou encore rétention placentaire (fourbure toxémique du post-partum) et maladies systémiques sévères.
Urgence vétérinaire. Appeler le vétérinaire immédiatement. En attendant : mettre le cheval au repos strict sur un sol souple (litière épaisse), et ne pas le faire marcher. Le vétérinaire mettra en œuvre le traitement adapté (anti-inflammatoires, mesures de refroidissement des pieds, parage ou ferrure orthopédique).
4. La gourme
La gourme est une maladie bactérienne très contagieuse due à Streptococcus equi sous-espèce equi. Elle touche particulièrement les jeunes chevaux (généralement de moins de cinq ans). La transmission se fait de façon directe (contact nez à nez) comme indirecte (matériel, eau, mains, et porteurs asymptomatiques — notamment via un empyème des poches gutturales ou des chondroïdes).
Les signes associent fièvre, abattement et jetage nasal purulent à l’abcédation des ganglions lymphatiques (sous-maxillaires et rétropharyngiens). Le cheval adopte souvent une posture caractéristique, l’encolure tendue en extension, pour soulager la douleur.
La conduite à tenir : isoler l’animal sans délai, appliquer une hygiène stricte et appeler le vétérinaire, qui organisera la gestion sanitaire. La guérison survient souvent par vidange des abcès, mais des complications existent (gourme dite « bâtarde »), et les porteurs chroniques doivent être dépistés pour éviter de nouveaux foyers.
5. La dermite estivale récidivante (DER)
La DER est une réaction d’hypersensibilité (de types I et IV) aux piqûres de moucherons du genre Culicoides. Saisonnière et récidivante d’une année sur l’autre, elle se manifeste par un prurit intense.
Les lésions se concentrent sur la crinière, le garrot, la ligne du dos et la base de la queue : le grattage entraîne des plaies, une dépilation et un épaississement progressif de la peau. Avant de conclure, il est utile d’écarter les principaux diagnostics différentiels, souvent confondus par les propriétaires : teigne, gale et oxyurose (qui provoque, elle aussi, un grattage de la queue).
La prévention est essentiellement environnementale : couvertures anti-insectes, rentrée du cheval aux heures de vol des moucherons (aube et crépuscule), éloignement des points d’eau stagnante, répulsifs adaptés et soins cutanés apaisants.
6. Les coliques
« Colique » est un terme générique désignant toute douleur abdominale d’origine viscérale. C’est la première cause de mortalité médicale chez le cheval. Son anatomie l’y prédispose : un estomac de petite taille — le cheval ne peut pas vomir — et un gros côlon volumineux, très mobile et sinueux, sujet aux déplacements et aux torsions.
Les causes sont variées : changement brutal d’alimentation, bouchon (impaction) de fourrage ou de sable, parasitisme, manque d’eau, stress, entre autres.
Urgence vétérinaire. Retirer la nourriture, laisser l’eau à disposition et appeler le vétérinaire sans attendre. Si le cheval cherche à se rouler, le faire marcher au pas modérément pour limiter le risque de blessure ou de torsion intestinale — sans l’épuiser. Ne jamais administrer d’antalgique ou de spasmolytique sans avis : cela risque de masquer les signes d’une colique chirurgicale grave.
7. Les parasites internes (les vers)
Les principaux parasites digestifs du cheval sont les grands et petits strongles (cyathostomes), les ascaris (Parascaris equorum, cruciaux chez le poulain), le ténia (Anoplocephala perfoliata) et les oxyures (Oxyuris equi).
La gestion moderne : la vermifugation raisonnée
La vermifugation systématique et « à l’aveugle » est aujourd’hui abandonnée, en raison de la résistance croissante des parasites aux anthelminthiques — c’est-à-dire aux vermifuges. On lui préfère la vermifugation raisonnée, fondée sur la coproscopie (le comptage des œufs, exprimé en OPG) : on cible en priorité les chevaux « forts excréteurs », on adapte les molécules et le calendrier avec le vétérinaire, on contrôle l’efficacité par une coproscopie de suivi, et on entretient les pâtures.
Petite précision de vocabulaire : un anthelminthique (un vermifuge) agit sur les vers ; ce n’est pas un antibiotique, lequel cible les bactéries. On parle donc bien de résistance aux anthelminthiques, et non d’antibiorésistance. Rappelons enfin que les vermifuges sont de vrais médicaments, délivrés sur ordonnance.
8. L’ulcère gastrique (EGUS)
Un point de physiologie est ici fondamental : le cheval sécrète de l’acide chlorhydrique en continu, indépendamment des repas — un héritage de son mode de vie naturel, où il broute environ seize heures par jour. Son estomac comporte deux régions : une partie glandulaire (inférieure), protégée par un mucus riche en bicarbonates, et une partie non glandulaire (squameuse, supérieure), beaucoup plus vulnérable si l’estomac reste vide trop longtemps. Le syndrome EGUS (Equine Gastric Ulcer Syndrome) regroupe les atteintes de ces deux zones : forme squameuse (ESGD) et forme glandulaire (EGGD).
Reconnaître
Les signes observables sont souvent discrets : baisse de performance et d’état général, gêne ou réactions vives au sanglage, poil piqué, appétit capricieux, coliques légères récurrentes, changements de comportement au travail.
Diagnostic et traitement
La gastroscopie est le seul examen permettant de confirmer avec certitude la présence d’ulcères. Le traitement de référence repose sur les inhibiteurs de la pompe à protons (oméprazole, par exemple GastroGard®), associés à des mesures d’hygiène alimentaire drastiques : fourrage à volonté ou quasi continu, repas fractionnés, limitation des concentrés et accès permanent à l’eau.
Avertissement. Ce guide a une valeur informative et préventive. Il ne se substitue en aucun cas à l’examen, au diagnostic et aux prescriptions d’un vétérinaire, seul professionnel habilité à prendre en charge un cheval malade. Au moindre doute sur l’état de santé de votre cheval, contactez-le sans tarder.
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Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a repris en 2016. Formée à l'anthropologie sous la direction de François Laplantine, elle regarde le cheval comme un objet total : biologique, technique, culturel, intime. Longtemps au contact du monde équestre, de la presse à l'organisation de grands rendez-vous internationaux (avec un faible assumé pour le pur-sang arabe), elle souhaite faire de ce site un média qui explore le cheval sous tous ses angles, sans œillères, et avec une seule ligne rouge : le bien-être de l'animal.




