Apprendre à monter à cheval adulte en 2026 : et si le problème n’était toujours pas vous ?
Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a…
Il est tout à fait possible d’apprendre à monter à cheval à l’âge adulte. L’âge compte généralement moins que la qualité de l’accompagnement, la régularité, la condition physique, la confiance et l’adéquation entre le cavalier, les chevaux proposés et la pédagogie de l’enseignant. Un adulte débutant n’a pas nécessairement les mêmes attentes qu’un enfant : comprendre les exercices, progresser à son rythme, gérer l’appréhension et donner du sens à ce qu’il fait peuvent prendre une place importante dans son apprentissage.
Si les cours s’enchaînent sans compréhension, autonomie ni plaisir, la seule réponse n’est pas nécessairement de « persévérer davantage » : il peut être utile de questionner la méthode, les objectifs et l’environnement d’apprentissage.
« Je ne suis vraiment pas douée pour l’équitation. »
Pendant longtemps, j’ai cru que cette phrase était la conclusion logique de mon expérience à cheval.
J’avais essayé les centres équestres, les écuries, les écoles d’équitation. J’avais pris des cours avec différents enseignants, dans plusieurs structures, avec différentes approches.
J’avais essayé.
Encore.
Et encore.
Et pourtant, je ne progressais pas.
Alors j’ai fait ce que font beaucoup de cavaliers adultes lorsqu’ils ont l’impression de ne pas y arriver : j’ai pensé que le problème venait de moi.
Après tout, commencer l’équitation adulte n’est pas forcément simple. On manque parfois de souplesse, on réfléchit trop, on a peur de mal faire, on n’a plus le même rapport au risque qu’à quinze ans.
Il faut du temps.
De la persévérance.
Des heures en selle.
Alors j’ai persévéré.
Mais une question revenait sans cesse :
Combien de temps faut-il persévérer lorsqu’on ne sait même plus où l’on va ?
En 2026, faut-il encore simplement « persévérer » ?
On me disait de prendre des cours, de monter davantage, de refaire les mêmes exercices, de travailler ma position, mes jambes, mes mains, mon équilibre.
Alors je faisais ce qu’on me demandait.
Encore.
Et encore.
Et, très souvent, j’obtenais exactement les mêmes résultats.
Je n’étais pas à l’aise.
Je n’étais pas autonome.
Je ne comprenais pas réellement ce que je faisais.
Et mon cheval, lui, devait composer avec mes hésitations, mes demandes parfois incohérentes et mes propres difficultés d’apprentissage.
Avec le recul, c’est probablement cela qui me gênait le plus.
Je ne voulais pas seulement « réussir l’exercice ».
Je voulais comprendre.
Comprendre ce que je demandais.
Comprendre pourquoi le cheval répondait comme il répondait.
Comprendre ce que mon corps lui disait avant même que je pense avoir donné une aide.
Et surtout comprendre comment progresser sans faire payer au cheval le prix de mon apprentissage.
Pendant longtemps, je pensais pourtant que la progression en équitation était essentiellement une question de travail.
Plus de cours. Plus d’heures. Plus d’efforts.
Mais pour aller où ?
Le jour où j’ai compris que quelque chose clochait
C’est finalement mon mari qui, beaucoup plus lucide que moi, a posé la question.
Après environ un an à me voir tourner en rond, il m’a dit, en substance :
« Ça fait un an que tu prends des cours. Tu n’es toujours pas autonome, toujours pas à l’aise et tu ne sembles pas prendre de plaisir. Ce n’est pas normal. Arrête. »
Lui-même enseignant par passion, il trouvait incompréhensible qu’autant d’efforts produisent aussi peu d’évolution.
Il avait surtout constaté quelque chose que je refusais encore de voir :
je souffrais davantage que je n’apprenais.
Et cette phrase, des années plus tard, continue de me sembler essentielle.
Parce qu’un apprentissage peut être difficile sans être constamment douloureux.
On peut être débutant sans être humilié.
On peut avoir peur sans être considéré comme incapable.
On peut progresser lentement sans avoir l’impression d’être condamné à rester éternellement au niveau où l’on se trouve.
J’ai même acheté mon propre cheval
Comme beaucoup de cavaliers débutants, j’ai fini par penser qu’avoir mon propre cheval allait changer les choses.
J’allais pouvoir pratiquer davantage.
Créer une relation.
Progresser à mon rythme.
Apprendre avec lui.
Sauf que, là encore, je n’avais pas vraiment choisi la facilité.
Mon cheval était considéré comme difficile, voire « anti-équitation », selon les termes de mon enseignante.
Avec le recul, cette expérience a pourtant été déterminante.
Parce qu’un cheval qui ne rentre pas facilement dans le moule oblige parfois à regarder le moule autrement.
Et petit à petit, quelque chose s’est fissuré.
J’ai commencé à regarder l’équitation différemment.
Puis j’ai cessé de courir.
J’ai arrêté de vouloir absolument devenir « meilleure ».
Et j’ai commencé à me demander ce que signifiait réellement bien monter à cheval.
La roue de la médiocrité
Je l’ai d’abord regardée avec colère.
Puis avec tristesse.
Et enfin avec suffisamment de distance pour essayer de comprendre ce qui m’était arrivé.
Les clubs.
Les moniteurs.
Les diplômes.
Les niveaux.
Les clients.
Les enfants.
Les concours.
Les cours hebdomadaires.
Les objectifs.
Les cases à cocher.
Les heures de pratique.
Tout un écosystème qui fonctionne autour de ce que nous appelons « l’équitation ».
Et pourtant, l’équitation que je cherchais n’entrait pas dans ces cases.
Le problème n’était peut-être pas que je n’étais pas douée pour monter à cheval.
Le problème était peut-être que je ne savais pas encore ce que je cherchais.
Et surtout, personne ne m’avait vraiment aidée à le définir.
Ce qui a changé — et que 2025-2026 rend visible
Et c’est là que 2026 apporte une nuance intéressante à mon regard.
Le discours sur l’enseignement de l’équitation évolue.
Le bien-être du cheval occupe désormais une place beaucoup plus visible dans les réflexions de la filière. La FFE propose depuis plusieurs années une mention « bien-être animal » à ses établissements labellisés — une mention dont la grille d’évaluation a été renforcée en 2023 — et elle s’appuie sur une commission fédérale dédiée à ce sujet.
Mais la véritable accélération, pour un cavalier adulte comme moi, est ailleurs. Et elle est récente.
Fin 2025, la FFE a organisé son tout premier congrès fédéral entièrement consacré à l’équitation des adultes : deux jours, environ deux cents participants, autour de la pédagogie, de la gestion de la cavalerie, des offres adaptées et de la fidélisation. Ce n’est pas un détail : au sein de la fédération, les adultes représentent désormais près de la moitié des licenciés, une proportion qui augmente depuis plus de dix ans.
Une étude FFE-Kantar menée en 2025 est venue confirmer ce basculement : face à la baisse annoncée du public enfant, l’adulte devient le principal relais de croissance des clubs. Et au printemps 2026, une première « Journée Cheval » pilote a été lancée pour aider concrètement les structures à repenser leur offre à destination de ce public.
Autrement dit : les attentes des adultes ne sont plus traitées comme une note de bas de page.
On parle aujourd’hui explicitement de pédagogie, d’accueil, de flexibilité, de parcours lisibles pour les cavaliers adultes.
Même les programmes fédéraux ne réduisent plus le cavalier à ce qu’il fait en selle : les Galops évaluent la pratique équestre, les soins et les connaissances, et intègrent notamment le travail à pied et la relation avec le cheval.
Tant mieux.
Parce que cela signifie que les questions que je me posais hier ne sont peut-être plus aussi marginales aujourd’hui.
Mais cela ne règle pas tout.
Un congrès, une étude, une mention, une évolution des programmes ne garantissent pas, à eux seuls, une évolution de la pédagogie vécue par chaque cavalier, dans chaque club, un mercredi soir de novembre.
Et c’est là que le sujet devient intéressant.
Pourquoi ai-je accepté aussi longtemps un enseignement qui ne me convenait pas ?
C’est probablement la question la plus intéressante.
Professionnellement, je suis parfaitement capable de dialoguer avec des personnes expérimentées, de poser des questions, de challenger une expertise et de remettre en cause une méthode lorsqu’elle ne me paraît pas pertinente.
Alors pourquoi ne l’ai-je pas fait à cheval ?
Parce que je pensais qu’ils savaient.
Ils étaient moniteurs.
Ils avaient les diplômes.
Ils avaient l’expérience.
Ils connaissaient les chevaux.
Alors je leur faisais confiance.
Et progressivement, j’ai cessé de faire confiance à mon propre jugement.
J’aurais peut-être dû m’acheter un cerveau avant d’acheter toutes ces heures de cours !
Parce que, très tôt, quelque chose en moi me disait que cela ne répondait pas à mes attentes.
Mais je n’écoutais pas cette petite voix.
Je pensais que je devais simplement faire davantage d’efforts.
Je crois encore davantage à une chose : le cavalier doit être acteur de son apprentissage
Il ne s’agit évidemment pas de considérer que tous les enseignants sont mauvais.
Ce serait absurde.
Il existe d’excellents enseignants.
Des pédagogues remarquables.
Des professionnels passionnés.
Des cavaliers qui continuent à se former toute leur vie.
Des personnes capables d’expliquer plutôt que simplement de corriger.
Des enseignants qui savent adapter leur pédagogie à la personne qu’ils ont devant eux.
Et c’est précisément ce que je recherche aujourd’hui.
Pas quelqu’un qui me dira simplement :
« Mets ta jambe. »
« Tiens-toi droite. »
« Regarde loin. »
Je veux savoir pourquoi.
Pourquoi cette jambe ?
Pourquoi maintenant ?
Que cherche-t-on à obtenir ?
Comment savoir si le cheval a compris ?
Et que fait-on si la réponse n’est pas celle attendue ?
Pour moi, c’est là que commence véritablement l’enseignement.
Je ne cherchais pas seulement à apprendre à monter à cheval
Avec le recul, je comprends surtout une chose.
Je ne cherchais pas simplement à apprendre à monter à cheval.
Je cherchais un maître.
Pas un « maître » au sens hiérarchique du terme.
Quelqu’un qui aurait suffisamment travaillé, réfléchi, expérimenté et appris pour pouvoir, à son tour, transmettre.
Je suis entrée dans l’équitation presque comme on entre en religion.
Je cherchais un chemin.
Une philosophie.
Une manière d’être avec le cheval.
Je cherchais quelqu’un capable de m’accompagner dans un apprentissage global :
comprendre le cheval,
comprendre mon corps,
comprendre mes émotions,
apprendre à observer,
apprendre à ressentir,
apprendre à agir avec justesse.
Je cherchais finalement une équitation consciente.
Et je ne trouvais pas cela dans la simple succession de cours que je suivais.
Le problème n’est peut-être pas l’équitation, mais ce que nous attendons d’elle
C’est ici que mon regard a profondément changé.
Je ne pense plus que le problème soit simplement « l’équitation ».
Je pense plutôt que nous avons parfois des attentes contradictoires.
Nous voulons progresser vite.
Nous voulons être autonomes.
Nous voulons nous faire plaisir.
Nous voulons que notre cheval soit bien.
Nous voulons parfois sortir en concours.
Nous voulons parfois simplement partir en balade.
Et nous voudrions que tout cela arrive dans une heure de cours par semaine.
C’est impossible.
L’équitation est une discipline complexe.
Elle demande du temps, de la répétition, de l’observation, de la connaissance et de l’humilité.
Mais cela ne signifie pas que l’apprentissage doit être aveugle.
Travailler davantage n’est utile que si l’on sait ce que l’on cherche à améliorer.
Sinon, on ne fait que répéter ses erreurs avec davantage de conviction.
Le cheval n’est pas un professeur particulier
Il y a aussi une chose que j’aurais aimé comprendre beaucoup plus tôt.
Acheter un cheval ne rend pas automatiquement meilleur cavalier.
Un cheval n’est pas un outil pédagogique disponible 24 heures sur 24.
Ce n’est pas à lui de compenser nos lacunes.
Ce n’est pas à lui de devenir « gentil » parce que nous ne savons pas encore lui demander correctement quelque chose.
Et ce n’est certainement pas à lui de supporter indéfiniment notre apprentissage par essais et erreurs.
Avoir son cheval peut être extraordinaire.
Mais cela augmente aussi notre responsabilité.
Plus nous sommes autonomes, plus nous devons être capables de nous remettre en question.
Je ne veux plus apprendre à monter à cheval « comme tout le monde »
Je suis probablement un archétype du client idéal pour un centre équestre : propriétaire de chevaux, avec deux enfants qui prennent eux aussi des cours.
Et pourtant, je ne veux plus de cette équitation-là.
Je ne veux pas enchaîner les cours sans comprendre le projet pédagogique qui se trouve derrière.
Je ne veux pas que mes enfants tournent en rond à poney simplement pour les occuper.
Je ne veux pas non plus qu’ils apprennent à rechercher une minute de sensations fortes en concours sans comprendre les conséquences de leurs actions sur le cheval.
Je ne veux pas acheter un cheval et reproduire avec lui un schéma qui nous ferait souffrir tous les deux.
Je veux autre chose.
Je veux comprendre.
Observer.
Étudier.
Préparer mon corps.
Travailler ma conscience.
Comprendre le cheval avant de vouloir le monter.
Et lorsque je serai réellement prête, apprendre auprès de personnes dont la vision de l’équitation correspond à mes valeurs.
Et si le bon indicateur n’était pas notre niveau ?
C’est peut-être la question que j’ajouterais aujourd’hui à ce billet.
Nous parlons énormément de niveaux.
Galop 1.
Galop 2.
Galop 3.
Galop 4.
Et ainsi de suite.
Ces repères ont leur utilité. Ils permettent de structurer un parcours et d’identifier des compétences. Les programmes fédéraux eux-mêmes associent désormais pratique, soins et connaissances.
Mais un niveau ne dit pas tout.
On peut avoir un excellent niveau technique et ne pas savoir observer un cheval.
On peut être très à l’aise en selle et ne pas comprendre pourquoi son cheval se défend.
On peut réussir un parcours et ne pas être capable d’expliquer ce que l’on a réellement fait.
Et, inversement, on peut être débutant et déjà avoir développé une formidable capacité d’observation.
Alors peut-être que la vraie question n’est pas :
« Quel est mon niveau ? »
Mais :
« Qu’est-ce que je comprends aujourd’hui que je ne comprenais pas hier ? »
Avant de monter à cheval, apprendre à regarder
Aujourd’hui, je ne cherche plus à devenir rapidement autonome à cheval.
Je cherche à devenir plus consciente.
Consciente de mon corps.
De mes émotions.
De mes intentions.
De mes gestes.
De ce que je demande au cheval.
Et surtout de ce que le cheval me répond.
Je veux être capable de regarder un cheval sans immédiatement chercher à le faire.
Je veux savoir observer avant d’intervenir.
Je veux comprendre avant de corriger.
Je veux accepter de ne pas savoir.
Et je veux surtout arrêter de croire qu’un cavalier qui doute est nécessairement un mauvais cavalier.
Parfois, le doute est simplement le début de la réflexion.
Alors, le problème était-il moi ?
Peut-être.
Mais pas au sens où je le pensais.
Oui, j’avais des lacunes.
Oui, je manquais de technique.
Oui, j’avais beaucoup à apprendre.
Mais ce n’était pas une condamnation.
Le véritable problème était de croire que mes difficultés prouvaient que je n’étais « pas faite pour l’équitation ».
Ce raccourci est dangereux.
Parce qu’il transforme une difficulté d’apprentissage en défaut personnel.
Et parce qu’il empêche parfois de poser la question essentielle :
« Est-ce que la manière dont j’apprends me permet réellement de progresser ? »
En 2026, je crois que cette question mérite d’être posée beaucoup plus souvent.
Par les cavaliers.
Par les parents.
Par les propriétaires.
Mais aussi par les enseignants.
Je ne veux plus simplement monter à cheval
Peut-être qu’un jour je serai prête à monter véritablement à cheval.
Pas simplement à être assise dessus.
Pas simplement à obtenir une réponse.
Pas simplement à exécuter une reprise ou franchir un obstacle.
Mais à construire une véritable communication.
Une équitation fondée sur le respect, l’humilité, la connaissance et la sensibilité.
Parce qu’au fond, c’est peut-être cela que je cherchais depuis le début.
Je pensais vouloir apprendre à monter à cheval.
En réalité, je voulais apprendre à être avec un cheval.
Et pour y parvenir, il a d’abord fallu que j’accepte de sortir de la roue.
La roue de la performance.
La roue des cours.
La roue des « il faut persévérer ».
La roue des niveaux.
La roue du « tout le monde fait comme ça ».
Et surtout, la roue de cette croyance selon laquelle si je n’y arrivais pas, c’était forcément parce que je n’étais pas douée.
Aujourd’hui, je pense différemment.
Le bon apprentissage ne devrait pas nous demander de souffrir indéfiniment pour mériter de progresser.
Il devrait nous permettre de comprendre pourquoi nous faisons les choses, de mesurer nos progrès, de respecter nos limites et de construire, petit à petit, une relation plus juste avec notre cheval.
Alors peut-être qu’un jour, après beaucoup de travail, d’humilité et de conscience…
je monterai enfin à cheval.
Et cette fois, je saurai peut-être pourquoi.
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Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a repris en 2016. Formée à l'anthropologie sous la direction de François Laplantine, elle regarde le cheval comme un objet total : biologique, technique, culturel, intime. Longtemps au contact du monde équestre, de la presse à l'organisation de grands rendez-vous internationaux (avec un faible assumé pour le pur-sang arabe), elle souhaite faire de ce site un média qui explore le cheval sous tous ses angles, sans œillères, et avec une seule ligne rouge : le bien-être de l'animal.



