Rajasthan à cheval : sur les traces du cheval Marwari, le voyage d’une vie dans le désert du Thar
Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a…
Rajasthan à cheval : sur les traces du cheval Marwari, un voyage entre désert, histoire et légendes
Inde, Rajasthan : un voyage rêvé au rythme des chevaux
À l’aube de mon départ pour l’Inde, des images dansent déjà dans mon esprit : des chevaux aux oreilles recourbées, des palais surgissant du désert, des fêtes hautes en couleurs, des paysages infinis…
Pour beaucoup, l’Inde évoque immédiatement Bollywood, les palais des maharajas, la Cité de la joie ou encore ces contrastes saisissants qui font de ce pays une destination capable de bouleverser ceux qui la découvrent.
Pourtant, mon premier appel vers l’Inde est venu d’un tout autre endroit : le magnifique spectacle « Sur la Route de la Soie » présenté au Musée vivant du cheval à Chantilly. Une création qui mêlait histoire, équitation et grands récits de voyage, et qui allait faire naître en moi une fascination pour un cheval venu d’un autre monde : le Marwari.
Le Marwari, ce cheval indien qui donne envie de partir
À l’origine de ce spectacle, une idée née lors d’un voyage en Mongolie. Sophie Bienaimé, directrice artistique du Musée vivant du cheval, imagine alors un projet autour des grandes routes caravanières et des peuples qui les ont traversées. Pour donner vie à cette aventure, elle se rend en Inde et revient avec des trésors : cinquante kilos de selleries indiennes, des draperies traditionnelles… et surtout un cheval Marwari.
Son nom : Dilraj.
Né à Dundlod, dans le nord du Rajasthan, ce cheval exceptionnel est offert par son éleveuse Francesca Kelly. Il devient alors l’un des premiers représentants de cette race mythique à fouler le sol européen.
Le Marwari possède une particularité immédiatement reconnaissable : ses oreilles fines qui se rejoignent presque en croissant lorsqu’elles se tournent vers l’intérieur. Mais derrière cette silhouette élégante se cache surtout une histoire fascinante, celle des guerriers Rajputs, des maharajas et des grands royaumes du Rajasthan.
Un premier appel au voyage…
Quand l’histoire indienne se raconte à travers les chevaux
Le spectacle évoquait les guerriers sikhs de l’Inde, les cavaliers de Perse et l’origine guerrière du polo, autrefois pratiqué comme un véritable art militaire.
Il racontait aussi les grandes légendes de la Route de la Soie, dont celle d’une jeune marchande de soie d’Agra qui aurait bouleversé le cœur de l’empereur moghol Shah Jahan. De cet amour serait né l’un des monuments les plus célèbres au monde : le Taj Mahal.
Ce palais de marbre blanc, construit comme un hommage éternel, semblait alors se dessiner devant moi comme une invitation.
L’Inde, ses chevaux, ses histoires… tout me poussait à partir.
Il fallait aller les rencontrer.
Direction le Rajasthan.
Voyage en Inde : première immersion à New Delhi
New Delhi, une capitale entre modernité et héritage
À notre arrivée à l’aéroport de Delhi, la journée commence à peine. Notre chauffeur nous attend et nous retrouvons progressivement nos compagnons de voyage.
Avant de rejoindre le Rajasthan, nous profitons de cette première journée pour découvrir la capitale indienne.
New Delhi est immédiatement à l’image de son pays : immense, multiple, difficile à saisir d’un seul regard.
La ville semble ne jamais finir. Ses grandes avenues bordées d’arbres traversent d’immenses espaces verts, tandis que derrière une légère brume apparaissent des quartiers résidentiels aux élégantes maisons inspirées de l’architecture moderne des années 1950 et 1960.
Contrairement aux clichés d’une métropole uniquement chaotique, Delhi révèle aussi une énergie créative étonnante. La capitale indienne accueille aujourd’hui de nombreux centres culturels, galeries d’art contemporain, ateliers de créateurs et lieux où se rencontrent traditions et modernité.
Mais c’est vers Old Delhi que nous allons chercher l’âme historique de la ville.
Old Delhi : un voyage sensoriel au cœur de l’Inde
À mesure que nous quittons les quartiers modernes, Delhi change de visage.
Les rues deviennent plus étroites, plus animées. Les rickshaws apparaissent en nombre, les couleurs se multiplient, les odeurs d’épices commencent à accompagner nos pas.
Nous arrivons devant le Fort Rouge, monument emblématique construit sous l’empire moghol.
Derrière ses impressionnants remparts de grès rouge se cache un univers beaucoup plus délicat : jardins, pavillons, bassins et détails architecturaux d’une incroyable finesse.
Les incrustations de pierres précieuses, les dentelles de marbre des moucharrabiehs et les plafonds travaillés témoignent d’un raffinement qui semble défier le temps.
Je suis conquise.
Chandni Chowk et le marché aux épices : l’Inde des cinq sens
À l’extérieur du fort, le spectacle continue.
Depuis Chandni Chowk, les ruelles d’Old Delhi conduisent vers des bazars spécialisés où chaque quartier possède son identité.
Nous pénétrons dans celui des bijoutiers : un univers entièrement consacré à l’or, aux pierres précieuses et aux savoir-faire transmis de génération en génération.
Puis nous rejoignons la Jama Masjid, la grande mosquée du vendredi, l’un des chefs-d’œuvre de l’architecture moghole.
Après avoir retiré nos chaussures, nous découvrons une immense cour où se croisent habitants, voyageurs et fidèles. Au centre, un bassin reflète les façades majestueuses de cet édifice imaginé par Shah Jahan.
Mais c’est au marché aux épices de Khari Baoli que l’Inde m’offre peut-être son visage le plus intense.
Ici, tout est mouvement.
Les sacs d’épices colorées s’empilent, les parfums de thé, d’encens et de graines se mélangent, les commerçants échangent dans une agitation parfaitement organisée.
Ce lieu semble avoir conservé l’esprit des anciennes routes caravanières reliant autrefois l’Asie centrale, la Turquie et la Chine.
Difficile de traduire ce que nous ressentons.
Il y a les couleurs.
Les odeurs.
Les voix.
Les regards.
Cette femme élégante venue faire ses achats en sari dans un cyclo-rickshaw. Cet homme qui refuse un morceau de pain offert, préférant préserver sa dignité. Ces vies qui se croisent sans jamais vraiment se rencontrer.
À cet instant précis, je comprends que l’Inde ne se visite pas seulement.
Elle se ressent.
Au cœur du Rajasthan : villages, traditions et palais dans le désert du Thar
Une Inde rurale, loin des itinéraires classiques
Notre randonnée à cheval nous conduit peu à peu vers une autre facette du Rajasthan.
Après les grandes villes et les monuments majestueux, nous découvrons une Inde plus intime, celle des villages isolés, des champs cultivés au milieu des terres arides et des traditions qui traversent les générations.
Le désert du Thar n’est pas seulement une étendue de sable.
C’est un territoire vivant.
Entre deux dunes apparaissent des cultures de millet, de sésame et de sorgho, des céréales parfaitement adaptées à ce climat exigeant. Des femmes en vêtements colorés avancent dans les champs, des troupeaux traversent les chemins poussiéreux, des enfants nous saluent avec curiosité au passage de nos chevaux.
Chaque rencontre semble suspendue dans le temps.
Dhoondli : un village où les traditions perdurent
Notre route nous mène ensuite vers Dhoondli, un village qui semble avoir conservé l’âme du Rajasthan traditionnel.
Ici, les habitudes ancestrales occupent encore une place importante dans la vie quotidienne.
Les cérémonies, les liens familiaux et les coutumes sociales rythment toujours la vie des habitants.
On nous raconte notamment qu’autrefois, lors des mariages ou pour sceller une réconciliation entre familles, certaines communautés partageaient une boisson traditionnelle à base d’opium, un rituel ancien destiné à symboliser la confiance et la paix retrouvée.
Au-delà de l’anecdote, ce sont surtout les échanges humains qui marquent cette étape.
Un sourire.
Une invitation à entrer dans une maison.
Un thé partagé.
Ces petits moments deviennent souvent les plus beaux souvenirs d’un voyage.
Mihir Garh : un palais de conte de fées au milieu du désert
Après plusieurs heures à cheval, une silhouette apparaît au loin.
Un palais.
Dressé au sommet d’une dune sacrée, le Mihir Garh semble surgir directement d’un rêve.
Perché sur Mali Nathji ka Dhora, une hauteur associée au dieu guerrier local, cet hôtel hors du commun domine les paysages dorés du Marwar.
L’arrivée à cheval lui donne une dimension presque irréelle.
Nos Marwari avancent vers cette forteresse couleur sable comme s’ils connaissaient déjà le chemin.
Ses murs épais en terre, ses formes arrondies, ses nombreuses alcôves et ses couleurs chaleureuses rappellent les constructions anciennes conçues pour résister aux conditions extrêmes du désert.
À l’intérieur, le contraste est saisissant.
Les matières nobles, le mobilier traditionnel et les détails décoratifs créent une atmosphère hors du temps.
Mais le plus beau spectacle reste certainement celui qui s’offre depuis les terrasses.
Le désert s’étend à perte de vue.
Le silence règne.
Le soleil transforme les dunes en une mer dorée.
Après plusieurs jours de chevauchée, ce lieu apparaît comme une parenthèse magique.
Un endroit où l’on comprend que le Rajasthan n’est pas seulement une destination.
C’est une émotion.
Sur les traces du Marwari : comprendre l’histoire d’un cheval mythique
Le cheval des Rajputs et des maharajas
Avant de quitter définitivement nos chevaux, une dernière étape nous attend : la rencontre avec les éleveurs et les spécialistes du Marwari.
Au haras national, les responsables de l’Association indienne du cheval Marwari nous racontent l’histoire de cette race exceptionnelle.
Le Marwari est intimement lié aux Rathores, une ancienne famille dirigeante du Rajasthan.
Ces guerriers Rajputs ont façonné la race au fil des siècles en recherchant un cheval capable de supporter les conditions difficiles du désert tout en conservant courage, élégance et endurance.
Pour ces cavaliers, le cheval était un allié indispensable.
Il accompagnait les batailles, les déplacements royaux et représentait l’honneur du guerrier.
Une ancienne croyance raconte même qu’un Marwari refusait d’abandonner son cavalier blessé sur un champ de bataille.
Il ne quittait les lieux qu’après la victoire, la mort ou le sauvetage de son maître.
Au-delà de la légende, cette histoire illustre le lien profond qui unissait les Rajputs à leurs chevaux.
Les origines mystérieuses du cheval Marwari
Comme beaucoup de races anciennes, les origines du Marwari mêlent histoire et récits légendaires.
La théorie la plus communément admise est celle d’un croisement entre des chevaux arabes et des chevaux locaux du Rajasthan.
Certains récits évoquent même sept chevaux arabes ayant survécu à un naufrage au large des côtes indiennes et devenus les ancêtres fondateurs de la race.
D’autres influences auraient également participé à son évolution, notamment celles venues d’Asie centrale.
Ce mélange aurait donné naissance à un cheval parfaitement adapté à son environnement :
- résistant à la chaleur ;
- capable de parcourir de longues distances ;
- agile sur les terrains difficiles ;
- doté d’un tempérament courageux.
Mais son identité reste avant tout liée au Rajasthan.
Le Marwari est le cheval du désert.
Le cheval des rois.
Le cheval d’un peuple.
Une race sauvée de la disparition
Pourtant, cette histoire aurait pu prendre fin.
Durant la période coloniale britannique, le Marwari connaît un important déclin.
Les Britanniques privilégient d’autres races, notamment le Pur-Sang anglais et les chevaux utilisés pour le polo.
Les particularités du Marwari, notamment ses oreilles si reconnaissables, sont alors parfois considérées avec mépris comme des caractéristiques « indigènes ».
Après l’indépendance de l’Inde et la disparition progressive des cavaleries traditionnelles, la race perd encore du terrain.
Le nombre de chevaux diminue fortement.
Grâce au travail d’éleveurs passionnés et d’associations de sauvegarde, le Marwari retrouve aujourd’hui une place dans le patrimoine vivant indien.
Il n’est plus seulement un cheval de guerre.
Il est devenu un symbole culturel.
Un ambassadeur du Rajasthan.
Jodhpur : dernière étape d’un voyage au Rajasthan
Notre aventure à cheval touche à sa fin.
Nous rejoignons Jodhpur, la célèbre ville bleue du Rajasthan.
Fondée en 1459 par Rao Jodha, elle doit son surnom aux maisons peintes en bleu de sa vieille ville.
Cette couleur aurait longtemps été associée aux familles brahmanes avant de devenir une véritable signature architecturale de la cité.
Jodhpur est aussi appelée la « ville du soleil » grâce à son climat particulièrement lumineux.
Mais ce qui domine immédiatement le paysage, c’est le majestueux fort de Mehrangarh.
Depuis ses remparts, la vue est spectaculaire.
Les maisons bleues semblent se déployer sous nos pieds tandis que les couleurs des marchés montent jusqu’à nous : épices, tissus, fruits, bijoux…
Jodhpur réveille une dernière fois tous nos sens.
Les parfums.
Les sons.
Les couleurs.
Une dernière immersion avant le retour.
Conclusion : le Marwari, un cheval qui m’a conduite jusqu’au cœur de l’Inde
Lorsque je suis partie en Inde, je pensais découvrir un cheval.
J’ai finalement découvert bien davantage.
Le Marwari m’a menée sur les traces de son histoire, au cœur du désert du Thar, à la rencontre d’hommes et de femmes attachés à leurs traditions.
Il m’a montré un Rajasthan fait de contrastes :
Un pays où les palais côtoient les villages de terre.
Où les paysages désertiques rencontrent une culture foisonnante.
Où la modernité avance sans effacer complètement les traces du passé.
Ce voyage m’a rappelé qu’un animal peut parfois être bien plus qu’un compagnon de route.
Il peut devenir un guide.
Un lien entre les peuples.
Un passeur d’histoires.
Le cheval Marwari a entrouvert pour moi une fenêtre sur une Inde fascinante, lumineuse, parfois déroutante, mais toujours profondément humaine.
Une Inde que l’on ne quitte jamais vraiment.
Car lorsque le présent porte encore l’histoire au galop de son destrier de lune, il ne reste qu’une chose à faire :
vibrer.
Merci à l’agence Cavalngo, sans qui cette découverte exceptionnelle du Rajasthan à cheval et du cheval Marwari n’aurait pas été possible.
Quel est le meilleur endroit pour faire une randonnée à cheval en Inde ?
Le Rajasthan est certainement l’une des régions les plus adaptées pour un voyage équestre en Inde. Ses paysages variés, ses villages traditionnels et la présence du cheval Marwari en font une destination idéale pour découvrir le pays autrement.
Qu’est-ce que le cheval Marwari ?
Le Marwari est une race de cheval originaire du Rajasthan, célèbre pour ses oreilles recourbées vers l’intérieur, son endurance et son histoire liée aux guerriers Rajputs. Il est considéré comme un véritable symbole culturel indien.
Peut-on monter un cheval Marwari dans le désert du Thar ?
Oui. Certaines expériences de voyage équestre permettent de découvrir le désert du Thar à cheval, notamment autour de Jodhpur et de Rohet, avec des chevaux Marwari ou issus de lignées locales.
Quelle est la meilleure période pour voyager au Rajasthan à cheval ?
La période idéale se situe généralement entre octobre et mars, lorsque les températures sont plus agréables et adaptées aux activités en extérieur.
Pourquoi le Rajasthan est-il surnommé le pays des rois ?
Le nom Rajasthan signifie littéralement « terre des rois ». La région a été marquée par les royaumes Rajputs, leurs forteresses, leurs palais et leurs traditions guerrières
Informations pratiques pour un voyage à cheval au Rajasthan
- Destination : Rajasthan, Inde du Nord-Ouest
- Expérience : randonnée équestre itinérante
- Durée idéale : 7 à 10 jours minimum
- Meilleure saison : octobre à mars
- Niveau équestre conseillé : cavalier à l’aise aux trois allures
- Points forts : désert du Thar, cheval Marwari, villages ruraux, palais historiques
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Laurence Boccard dirige la rédaction d'ABC du Cheval, qu'elle a repris en 2016. Formée à l'anthropologie sous la direction de François Laplantine, elle regarde le cheval comme un objet total : biologique, technique, culturel, intime. Longtemps au contact du monde équestre, de la presse à l'organisation de grands rendez-vous internationaux (avec un faible assumé pour le pur-sang arabe), elle souhaite faire de ce site un média qui explore le cheval sous tous ses angles, sans œillères, et avec une seule ligne rouge : le bien-être de l'animal.

















