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Rencontre avec une artiste passionnée: Sara Foxa

Rencontre avec une artiste passionnée: Sara Foxa

 

« Saint georges » détail, huile sur toile de lin

 

Il est de ces rencontres qui  vous marquent. Une personne de cœur,passionnée, inventive, investie. Sara c’est tout cela à la fois.
Petite présentation :

Sara Viguié FOXA est conservatrice-restauratrice du patrimoine diplômée et artiste professionnelle. Après un parcours universitaire en Histoire de l’Art et Archéologie, elle entame une formation de 6 ans en conservation-restauration du patrimoine.

Elle tient un atelier d’artiste dans le 78 et participe à de nombreuses expositions lors de manifestations équestres, en galerie ou dans des monuments nationaux comme le Haras de Saint-Lo. Elle tient également un atelier de conservation-restauration d’oeuvres d’art à Paris, travaillant pour une clientèle privée ainsi qu’auprès des musées et lors de fouilles archéologiques.

En tant qu’artiste, ses techniques de production sont très influencées par ses connaissances des matériaux; son métier de restauratrice sans doute… Si dans la restauration, il est surtout question de respecter un code déontologique strict et d’instaurer des limites d’interventions pour une préservation optimale des œuvres; en revanche, son univers artistique est lui beaucoup plus libre.

Dan l’univers artistique de Sara, les diverses expressions du cheval dans l’archéologie et l’histoire sont exploitées et réinterpretées  : encres de chine, dorures, peintures, sculpture en métal et en céramique. Chevaux Tang, mongols, perses, arabes, grecs, médiévaux ou baroques passent par le prisme créateur de l’artiste pour se montrer sous un jour nouveau et singulier.

Sara a acceptée de passer sur le grill de nos questions. Un vrai moment de bonheur!

  • Si tu devais choisir 3 émotions pour te présenter ; que dirais-tu et pourquoi ?

Ferveur

Je peux faire preuve d’une ardeur passionnée lorsque je modèle une pièce, que je trace les contours d’un sujet ou lorsque je réfléchis à l’orientation que je souhaite donner à mon travail. Cet élan enthousiaste et ce travail acharné concerne autant mon approche artistique que mon approche équestre et trouve son illustration dans mon atelier, cohue de chevaux en cours de modelage et d’esquisses inachevées suspendues.

 

 

Doute

Le doute et la remise en question sont permanents. Cela me permet principalement d’avancer techniquement et stylistiquement et d’éviter de tourner en rond dans une zone de confort artistique sans renouvellement. Mais cela peut également aboutir à des périodes de gel créatif où il s’agit alors de rebondir. L’honnêteté intellectuelle en art, c’est savoir faire la part des choses entre les influences extérieures et leur transformation par notre prisme. C’est quelque chose de très compliqué car il faut savoir rester perméable aux influences pour garder une ouverture et une culture artistiques qui enrichissent le travail, tout en ayant un filtre très strict lorsque l’on transforme ces influences en matières nouvelles, réappropriées, pour éviter à tout prix l’emprunt. C’est le propre d’un artiste. Créer son style, unique, mais fruit de sensibilités entrecroisées afin d’aboutir à quelque chose de nouveau. C’est particulièrement compliqué dans l’art animalier puisque le sujet est généralement le même et il faut donc rivaliser de créativité pour proposer de nouvelles visions. Le cheval devient alors une page blanche qui se réinvente à chaque nouvelle œuvre.

Exultation

Lorsque la ligne tombe juste, que l’arrondi se trace dans un mouvement libre et rapide, lorsque le pigment fuse sur la surface humide du papier exactement comme je le souhaitais, lorsque l’œil s’allume après le dernier coup de plume, lorsque le naseau est plié et tendu juste ce qu’il faut et que le cheval semble prêt à bondir hors de son bloc de terre, lorsque je touche du doigt un sentiment d’unicité avec mon cheval, que je le sens en mouvement et qu’il répond avec finesse à une demande à peine esquissée, lorsque je le regarde, dans sa forme parfaite, le poil brillant et la croupe arrondie du printemps, alors l’exultation est là.

LES JUMENTS DE DIOMÈDE. MORTIER DE STRUCTURE ACRYLIQUE, ENCRE DE CHINE, MINE GRAPHITE, PATINE OXYDATION, PASTEL À L’ÉCU, DORURE LIQUIDE SUR PAPIER WENZHOU MAROUFLÉ SUR TOILE LIN 120 X 90 CM

 

  • Si tu devais choisir 3 couleurs pour décrire ton travail ; lesquelles choisirais-tu et pourquoi ?

Noir

Le noir, c’est souvent la ligne. C’est ce qui contient ma couleur. C’est la structure, le squelette de l’œuvre. C’est ce qui construit le dynamisme et le mouvement. Je conçois parfois le noir comme les cloisons d’un vitrail. Le noir est encre de chine, fusain, pierre noire, pastel et pigment pur. C’est la couleur des ombres, des hachures et des points. C’est celle qui construit, agence. Souvent posé au pinceau, au calame, à la plume, ce noir d’encre est souvent travaillé en « Sumi-e », technique empruntée aux maîtres de la calligraphie asiatique. Il s’agit d’un travail sur le trait juste, immédiat, sans dessin préparatoire ni modèle, où l’on s’appuie sur une connaissance intuitive de la forme équine, sur la relaxation et la respiration. Il s’agit d’une pratique artistique fondamentalement liée à ma perception de l’équitation qui requiert la même forme de maîtrise décontractée, d’attention relâchée, d’à-propos opportun.

Otohime – Encre de chine sur papier aquarelle. 18 x 24 cm

Bleu

Le bleu, est souvent monochrome. Je l’utilise pour me perdre dans une teinte qui se décline en plusieurs émotions. C’est la profondeur mythique et royale d’un bleu outremer, c’est la légèreté gaie et aérienne d’un bleu de cobalt et c’est l’ambivalence hypnotique d’un bleu-vert turquoise. Le bleu souligne souvent les tons chauds, ses complémentaires. C’est une couleur que je lie à la céramique et à son histoire, bleu de Chine, bleu de Sèvres et Azuleros. J’utilise souvent le bleu sous forme d’une gomme laque hautement pigmentée que je laisse s’étendre et fuser sur les supports. J’obtiens alors des illusions océaniques, des impressions aquatiques mouvantes que j’utilise pour renforcer la sensation de mouvement.

«Pégase créant l’Hippocrène » Détail. Encre de chine rehaussée d’encre gomme laque pigmentée, fusain et dorure liquide Sennelier sur toile 80 x 80 cm

Or

L’or est une touche sacrée qui vient, avec sa chaleur et sa brillance, souligner la noblesse d’un sujet, son appartenance mythique, divine, héroïque. Je l’utilise à la feuille sur des toiles et dessins, mais également posé au pinceau sur mes tableaux céramiques. Je l’aime en petites touches ou en coups de pinceaux rapides et enlevés. Mes poudres et feuilles d’or deviennent les riches pièces ornementales des brides imaginaires ornant le front, la croupe et le poitrail de mes chevaux en majesté.

 

– Tchal-Kouyrouk –
Or véritable brillant à 12 % posé au pinceau à main levée sur porcelaine de la Manufacture de la Reine (Limoges) . Cuisson à 820°.

 

 

  • Si tu devais choisir 3 mots communs à l’art et à l’équitation, lesquels choisirais-tu et pourquoi ?

Persévérance, Recherche, honnêteté

Ce n’est pas facile de créer, ce n’est pas aisé de bien monter. La recherche est constante, l’insatisfaction quotidienne. Et puis, parfois, le moment d’exception se présente.

Il y a cette toile qui arrive facilement, du premier coup, il y a ce mouvement, cette réponse donnée par le cheval tout en délicatesse alors que nous n’avons fait qu’esquisser la demande en pensée.

Et puis il y a les projets avec des formats compliqués, des nuits de questionnements sur leur construction, sur leur sens, leurs couleurs, ces moments où l’on se décourage, ou l’on veut scier le châssis car l’œuvre a pris une direction incontrôlable.

Il y a ces séances où l’on n’arrive pas à se faire comprendre, où le cheval n’est pas là, où les corps ne communient pas. La persévérance c’est de ne pas laisser ces moments de découragement entacher le désir de créer, de chercher, d’avancer, de monter. C’est de garder son cap sans céder à la pulsion de destruction, de la toile ou de la relation avec le cheval, en cédant à la violence ou la coercition et donc d’accepter de s’arrêter et de remettre à demain. C’est alors chercher pourquoi nous nous sommes trompés, comment résoudre la problématique. Et c’est alors aussi avoir l’honnêteté de reconnaître que l’on ne sait pas comment faire et de retourner étudier la question.

 

« Xanthe et Balios combattant un dragon »
Encre de chine rehaussée d’encre gomme laque pigmentée, fusain et dorure liquide Sennelier sur toile 130 x 97 cm

  • Si tu devais choisir 3 objets pour présenter ta vision de l’art et de l’équitation ? Lesquels et pourquoi ?

Un cheval asiatique en céramique

Je choisis ce type de sculpture car, outre le fait que je sois extrêmement sensible à l‘art asiatique, les chevaux en céramique chinoise allient plusieurs aspects qui lient art et équitation selon moi et je me suis beaucoup inspirée de leur formes.

Outre leur aspect historique et archéologique qui est une part indéniable de mon travail, le matériau céramique représente symboliquement une vision personnelle que j’ai des chevaux. La céramique, extrêmement fragile aux chocs, peut néanmoins traverser les siècles jusqu’à nous. Les chevaux présentent aussi cette dualité force/fragilité. Ils peuvent se montrer extrêmement sensibles psychiquement et physiquement et leur confiance peut être altérée extrêmement facilement mais d’une manière tout à fait curieuse, ils sont aussi particulièrement résilients et, je trouve, supportent énormément de notre part.

Nashi Kosui ou Une révérence pour Tomoe »
51 x 73 cm sur papier traditionnel tibétain, acrylique, dorure liquide Sennelier, encres gomme laque et mines polychromes.

 

Un livre

C’est l’idée du livre qui lie art et équitation. Le livre représente l’image de la transmission d’un savoir équestre qui remonte à l’antiquité. Depuis Xénophon jusqu’à nos jours, nous continuons à noircir des pages au sujet du cheval, de son dressage, de la meilleure manière de se comporter avec lui pour obtenir sa collaboration. J’ai beaucoup appris des livres notamment lorsque j’avais décidé de ne plus monter en club.

Le livre, c’est aussi le reflet de notre obsession tout à fait humaine pour la chose équestre. Combien d’histoires, de romans, de mythes, de contes illustrent le cheval. C’est pour moi un matériau inépuisable, un héritage transmis par les générations passées. Je tente, avec beaucoup d’émotion, de transmettre à travers mon prisme artistique une petite parcelle de cette fascination équestre.

Grâce au cheval et à sa présence en filigrane dans l’histoire de l’art, il devient pour moi un support idéal pour travailler sur l’illusion de l’antique et de l’ancien transposé selon une conception moderne, ce qui me permet de questionner le statut de l’oeuvre d’art contemporaine.

 

 

 

Une pièce de harnachement

Une pièce de harnachement, c’est à la fois un objet technique et un objet qui permet au cavalier de communiquer avec sa monture. C’est aussi un objet qui a été investi par la mythologie, je pense à la bride d’or donnée par Athéna à Bellérophon afin d’apprivoiser Pégase.

Je suis également fascinée par le fait que l’Homme ai toujours cherché à magnifier et anoblir le cheval avec des tenues d’apparat et avec quel maîtrise et quel talent les harnachements sont devenus des pièces d’art à part entière dédiées à la beauté du cheval quel que soit le pays ou la culture concernés.

 

Détail de « Penthésilée, Reine des Amazones » Mortier de structure acrylique, encre de chine, mine graphite, patine oxydation, pastel à l’écu, dorure liquide sur papier wenzhou marouflé sur toile de lin 100 x 70 cm

 

  • Si tu devais choisir 3 chevaux qui t’ont marquée et changée, ce serait qui et pourquoi ?

Bleu-du-Ciel

Cette petite ponette française de selle, bai silver, probablement avec un peu de welsh et d’arabe, représentait ce qui me séduit encore aujourd’hui chez les chevaux que j’aime particulièrement. Une taille modeste, mais une rondeur liée à un dynamisme inaltérable. Elle allait vite, réagissait au souffle de la botte et son énergie très vive n’était pas éteinte. Elle m’a fait connaître la confiance, elle était extrêmement fiable. Je me rappelle de ce galop incroyable, dans un grand pré ou ses crins, très longs, venaient fouetter mon visage. Cette sortie était exceptionnelle pour moi, cavalière de centre bétonné parisien. J’en garde un souvenir très marquant.

Idanha

Justement. Après plusieurs années de centre équestre sans voir un brin d’herbe la majeure partie de l’année, j’ai senti vers la vingtaine une lassitude, une perte de désir pour la pratique équestre dans ces conditions. Malgré les bribes de relation que j’avais pu construire avec certains chevaux, j’avais la sensation de « consommer » du cheval et cela n’était pas du tout satisfaisant tant émotionnellement que techniquement. Et c’était aussi très déprimant. J’ai donc cessé de monter en club et me suis tournée vers la randonnée un temps, puis j’ai rencontré le cheval ibérique au fil de mes recherches. En réalité, je me suis surtout rendue compte que c’était déjà lui que je pressentais dans mes fascinations pour les peintures et dessins de Géricault, Léonard de Vinci ou Delacroix. J’ai donc simultanément commencé à peindre et travailler plus sérieusement et j’ai alors fait la rencontre de Laetitia Plinguet et de sa jument lusitanienne Idanha. Avec leur complicité pendant environ deux ans, j’ai beaucoup déconstruit mon ancienne pratique équestre pour construire une équitation plus sensible, aimante, et finalement beaucoup plus proche de ce que je cherchais à développer et qui était déjà latent mais inexprimé dans le cadre de mon centre équestre. Cette jument grise a été une magnifique parenthèse qui a lancé mon aventure équestre actuelle. J’ai entrevu grâce à elle ce que l’amitié entre un cheval et son cavalier peuvent représenter. J’ai vu dans ses yeux l’intelligence, la connexion et un être respecté dans son intégrité et finalement sublimée par l’amour.

Idanha
jument lusitanienne. Prop. Laetitia Plinguet

Martel

Il représente la continuité de cette aventure équestre mais en marque aussi un tout nouveau début. Je considérais mon parcours équestre incomplet tant que je n’avais pas vécu l’expérience de former un cheval de A à Z. Son propre cheval, du sevrage au débourrage jusqu’à la vie adulte et jusqu’à sa fin. Ne plus être seulement un cavalier-passager mais développer des connaissances globales. Des soins quotidiens à l’alimentation, en passant par la bobologie et la prévention des affections plus graves, j’ai commencé à me sentir plus complète. Apprendre à vivre au gré des saisons et adapter les soins prodigués à son cheval est quelque chose qui me lie à la terre et à ses rythmes et qui m’était inconnu jusqu’alors.

L’arrivée de ce cheval a été à la fois un bouleversement intense et une consécration de ce long rêve, de ce désir ayant perduré de l’enfance à l’âge adulte. Il s’agit d’un intense devoir, tant financière qu’émotionnelle qu’être responsable de cet apprivoisement mutuel. Le choix d’un poulain est également un choix de la patience et de l’abnégation car il faut attendre pendant de longues années sa croissance physique et mentale. J’ai mis ce temps au profit de notre relation, et cela a comblé toutes ces années de vide équestre. Aujourd’hui, je m’abîme à le regarder inlassablement exprimer sa personnalité de cheval, je suis d’un œil avide ses évolutions physiques au fil des saisons, son profil et ses formes lusitaniennes qui se répondent en courbes et contre courbes parfaitement agencées. Une amie m’a dit que j’avais choisi un cheval graphique et poétique. C’est probablement ainsi que je vois le cheval ibérique de par son histoire et son iconographie.

« Martel » Bolivar de Merlande

 

  • Si tu devais choisir 3 moments de ta vie qui t’ont touchée et qui lient équitation et art ?

Première exposition

Le premier moment qui me vient et qui jalonne cette vie d’artiste équestre, c’est cette toute première exposition, lors d’un évènement handisport en 2009. J’y avais emmené mes toutes premières recherches en sculpture qui étaient des chevaux en fil de fer, sortes de croquis en volume, un travail de la ligne en 3D. Un jeune cavalier de CSO nommé Salim Ejnaïni est tombé amoureux d’une de mes sculptures. Mal-voyant, c’est avec ses mains qu’il a découvert mon travail et j’avais déjà été extrêmement heureuse de cette réception. C’est quelque chose d’exposer pour la première fois, c’est se confronter au regard extérieur, à l’appréciation ou la désapprobation du public, accepter que cela ne plaise pas… mais aussi l’inverse !

J’ai eu le plaisir de revoir Salim à mon exposition « MYTHOLOGIES » cette année au Polo de Paris soit quasiment 8 ans plus tard. Salim est devenu un cavalier exceptionnel dont vous connaissez surement le parcours équestre qui laisse sans voix. Il conduit son cheval à l’obstacle, dans une confiance et une complicité absolues, sa monture lui prêtant son regard. Il m’a appris que cette petite sculpture l’accompagne toujours depuis notre rencontre. Je suis extrêmement heureuse que ce modeste travail, ma toute première vente, balbutiement de mes recherches artistiques, accompagne un cavalier si fin et intelligent, tant d’un point de vue humain qu’équestre. Je n’avais pas l’habitude de donner des titres à l’époque, mais aujourd’hui il est évident, c’est « Möbius » car Salim m’a appris qu’il avait passé de longues heures à chercher du bout de ses doigts le début et la fin de ce croquis de métal. J’ai trouvé cela très beau.

 

 

 

Möbius

 

Cheval Bavard

Les réseaux sociaux ont cela de magnifique qu’ils permettent de mettre en contact des personnes aux sensibilités communes. J’ai eu la chance de rencontrer des personnes exceptionnelles qui jalonnent mon travail d’artiste. Ma « résidence » au Théâtre équestre du Cheval Bavard en fait partie. Lieu haut en couleurs dédié au cheval artiste, Galienne Tonka, l’écuyère m’a invitée dans son écrin à venir dessiner sur le vif durant ses spectacles où s’expriment librement les chevaux bavards. Cette expérience a déclenché l’avènement de l’utilisation décomplexée de la couleur dans mon travail, là où j’étais essentiellement concernée par la ligne et la construction en noir ou en monochrome.

Harpe

J’ai repris l’étude de la harpe il y a un an et demi après un arrêt de plus de quinze années. Je ne m’en rendais pas vraiment compte mais la pratique de la musique me manquait et j’avais l’impression d’être amputée d’une part de la pratique artistique. Or, le rythme et la musique sont liés à la pratique équestre et donc indubitablement à ma pratique artistique. J’ai enfin pu commencer à conjuguer les trois avec des illustrations musicales où je mêle intimement cheval, dessin et musique. Cela m’apporte une complémentarité artistique qui me faisait défaut ainsi qu’un travail sur la rigueur et une amélioration de la précision des gestes.

 

 

  • Si tu devais choisir 3 pays qui lient ces 2 arts ? Pourquoi et comment ?

La péninsule Ibérique, pour ses chevaux, son équitation traditionnelle et son histoire de l’art riche où le cheval est largement exprimé.

La Grèce, pour ses représentations équestres très naturalistes, pour sa mythologie où s’illustre largement le cheval et pour ses premiers traités d’équitation. Enfin la France, pour la place prépondérante de la Chevalerie depuis l’an mille, pour son équitation et pour l’héritage des grands maîtres de l’équitation classique.

« Cheval macédonien » inspiré du Tombeau d’Alexandre et de La renommée retenant Pégase de Lequesne . 17 cm.

 

  • Si tu devais citer 3 noms de peintres ou de cavaliers qui t’ont marquée ? Qui et pourquoi ?

Bartabas

Ma mère m’avait offert la cassette vidéo de son film Mazeppa. J’avais 10 ans. Probablement pas un film pour petite fille mais néanmoins un film dont je suis heureuse de dire qu’il fait partie de ma mythologie personnelle. Il regroupe des thématiques fondatrices de mon travail et donne l’illustration d’un lien entre l’art et le cheval, unis par la folie humaine.

 

Théodore Géricault

Cela pourrait sembler assez répétitif et commun pour un artiste lié au cheval de citer Géricault comme influence, mais il ne serait pas honnête de le nier. Plus que les représentations formelles de ses chevaux, ce que j’aime par-dessus tout chez Géricault c’est l’expression des passions et des tourments, c’est l’obsession évidente pour le cheval qui transpire dans chacune de ses peintures. Il semble d’ailleurs que les cavaliers sont parfois des prétextes. C’est l’emportement, c’est la passion, parfois jusqu’à la déraison.

« L’enlèvement de Clia ou la séduction de Zeus » Acrylique sur toile 116 x 90 cm

 

Alma Mahler

Je l’ai rencontrée sur les bancs du lycée en cours d’Histoire de l’art. Mais elle n’était qu’en filigrane. Elle était comme une brume, apparaissant sporadiquement durant le chapitre sur l’art viennois en 1900. Présence transparente aux différents chapitres artistiques, derrière la peinture, derrière la musique, derrière l’architecture, derrière la poésie : j’ai entrevu un fantôme. C’était l’archétype de la Muse. La personnification de la Séduction de la Femme sur l’Artiste masculin. J’ai été happée moi aussi par son pouvoir d’attraction, encore présent même posthume. Alma est ambivalente. Jeune, elle travaille avec grande intelligence ses compositions de piano. Elle connaît les joies, les hautes exultations et la fougue du sentiment créateur, elle connaît les chutes, le vide d’avant la germination d’une œuvre. Alma est ambiguë car elle vit en 1900, à Vienne. Elle va devoir se marier et elle va mettre son talent au service de celui du vrai génie, celui qui est reconnu, le talent de l’Homme. De cette date, elle sera « tour à tour femme fatale, muse des quatre arts, épouse effacée, maîtresse d’un grand salon artistique, mangeuse d’homme, artiste étouffée ». Je retiens artiste étouffée. Car si Alma s’essouffle à promouvoir les arts de ses différents amis et amants/époux, elle restera toujours derrière. Où sont les créations d’Alma ? D’elle il ne reste que quelques lieder connus tandis qu’une centaine ont été écrits, elle n’est que très rarement programmée, les dédicaces de son premier époux sur les symphonies, des portraits d’elle qui sont devenus des pièces maîtresses de l’Histoire de l’art. Mais où ? Où sont les créations de cette femme ? Elles n’existent pas. Elles n’existent pas tout simplement car l’Histoire de l’art efface les femmes et la vie les a empêchées de parvenir sur un pied d’égalité à la reconnaissance de leurs talents, voir les a empêchées de les exercer. Alma me marque car c’est un reflet en négatif. Alma a connu et évolué dans un milieu pour lequel je me damnerais. Elle a connu Gustave Klimt, Oskar Kokoschka… Alma était une célébrité. Moi, je ne connais personne, le monde artistique d’aujourd’hui est noyé entre spéculation et grand rien. Mais moi, je suis libre de vivre au gré de l’évolution de mon travail artistique, je suis libre de créer.

  • Si tu devais citer 3 décisions que tu as prises pour l’art et les chevaux ? Lesquelles et pourquoi ?

Déménager

J’ai décidé de déménager plus près de la campagne afin de pouvoir exercer mon travail d’artiste dans de meilleures conditions, d’avoir plus de place en aménageant un véritable atelier. Cela m’a permis également d’avoir mon cheval à proximité et donc de m’en occuper convenablement et de le voir quotidiennement.

Sculpture en bronze

J’ai décidé cette année de franchir un nouveau cap dans ma vie artistique. Après de multiples recherches techniques, j’ai enfin réussi à réaliser une sculpture d’un cheval tenant de lui-même sur ses jambes. C’est très compliqué de faire tenir une telle masse sur ces minces baguettes que sont ses jambes détachées de toute structure et de tout socle. Cette sculpture a été réalisée dans le style baroque, au sens équin mais aussi et surtout de la définition qu’en donne l’Histoire de l’Art : « Le baroque est un courant artistique qui utilise exagérément le mouvement et la grandeur, avec exubérance. » Des gravures italiennes des écoles d’équitation comme celle de Federico Grisone aux sculptures équestres rococo d’Agostino Cornacchini, j’ai essayé d’en exprimer la quintessence. J’ai décidé de m’engager avec cette sculpture dans le processus du moulage d’art et des tirages en bronze. Je suis très heureuse d’avoir rencontré un sculpteur et mouleur exceptionnel, Antonin Gasq. Il me permet de suivre au plus près les techniques et le processus du moulage complexe de cette pièce qui va être tirée en résine d’art et en bronze avec retouche de la cire par mes soins.  Cela m’intéresse au plus haut point et représente une forme de consécration artistique.

 

« Apogeo, Quintessence baroque » Disponible en bronze ou en résine d’art.

 

Faire un film

J’ai décidé de travailler avec la réalisatrice Laura Rembault afin d’utiliser l’art du film, la temporalité de l’image mouvante pour illustrer mon propos artistique. Je passerai ainsi du mouvement suggéré mais toujours fixe à une forme d’expression artistique qui crée l’illusion d’images en mouvement. Nous venons de finir le scénario et sommes actuellement en train de réfléchir à la réalisation et au financement, nous avons déjà soumis notre projet à des producteurs. Il s’agira d’une immersion poético-fantastique dans mon atelier, entre inspiration et possession. Je tenterai de répondre à cette question insoluble à laquelle je suis confrontée depuis toujours ; « Pourquoi le cheval possède de manière si impérieuse et provocante mon œuvre et mon désir de création ? »

  • Et pour conclure, que ferais-tu si….

Si j’avais de la place ? Je choisirai une jument et je ferais naître mon prochain cheval, pour tout recommencer et prendre conscience de tout ce que j’ignore encore !

 

Un énorme merci à Sara, pour ces instants de passion partagée.

 

Retrouvez ces œuvres en cliquant ici.

« Les juments de Magnésie »
Encre de chine rehaussée d’encre gomme laque pigmentée, fusain et dorure liquide Sennelier sur toile 130 x 97 cm

 

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