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Inde : le pays des chevaux aux oreilles en croissant de lune

Inde : le pays des chevaux aux oreilles en croissant de lune

L’image contient peut-être : une personne ou plus, cheval et plein airA l’aube de mon départ en Inde, des images flottent dans ma tête : des chevaux, des fêtes, des paysages…

Si pour beaucoup, ce pays est un mélange entre Bollywood et la Cité de la joie, une destination qui nous envoûte et nous transforme, j’ai plutôt en mémoire le superbe spectacle du Musée vivant du cheval, à Chantilly : « sur la Route de la Soie »

D’une idée germée lors d’un voyage en Mongolie, Sophie Bienaimé, directrice artistique du Musée, en a fait un projet qu’elle a concrétisé en se rendant ensuite en Inde. Pays, d’où elle a ramené, outre cinquante kilos de sellerie indienne et de draperies, un cheval Marwari,  Dilraj. Il est né à Dundlod, au nord du Rajasthan et a été offert par son naisseur, Francesca Kelly. Il fut le premier Marwari en Europe. Aujourd’hui il semblerait qu’ils soient au nombre de trois en France, tout comme en Espagne… Mystère ! Un premier appel au voyage donc…

Le spectacle évoquait  les guerriers Sikhs de l’Inde, les joueurs de polo de la Perse (où ce sport était avant tout, un art guerrier pratiqué …par des cavalières)…  » Sur la Route de la Soie » contait des légendes comme celle de cette petite marchande de soie d’Agra que l’empereur Moghol Shah Jahan aima comme un fou au point de construire à sa mémoire l’un des plus improbables palais de cette planète, le Taj Mahal au dôme si majestueux…  Un appel au voyage vous dis-je…

Bref, l’Inde, ses histoires, ses chevaux m’avaient touchée au cœur, il fallait partir les rencontrer, puisque je ne cessais d’y penser.

Rendez-vous pris ! Direction le Rajasthan !

L’image contient peut-être : cheval et plein air

Inde : New Delhi- Jodhpur : première immersion

A l’aéroport, la matinée débute seulement, nous sommes accueillis par notre chauffeur. J’ai retrouvé mes compagnons de voyage durant le trajet. Nous profitons de cette journée libre pour visiter New Delhi. La ville est à la mesure de la démesure du pays dont elle est la capitale. Impossible de voir son commencement ou sa fin. Les avenues larges, boisées et interminables vont dans tous les sens, la quantité d’espaces verts (il y a même un aéroport intra muros) est immense. On voit défiler, des alignements quasi identiques de villas à deux étages – élégantes maisons construites dans le style moderne des années 50-60, et d’arbres à travers un écran de brume qui leur donnent une apparence immatérielle. La capitale connait  une vitalité artistique et intellectuelle qui se traduit par les activités de ses centres culturels, boutiques de designers et galeries d’art contemporain.

Nous partons ensuite vers Old Dehli qui regorge de trésors dans lesquels nous nous perdons…

Les rues, de plus en plus colorées à mesure que l’on s’éloigne de Connaught Place, commencent à s’encombrer de rickshaws,  dont le spectacle est à lui seul un voyage dans le temps. Nous arrivons au pied du Fort Rouge.

Cet ensemble fortifié domine la ville. Il fut le lieu de résidence des sultans et de leur cour. On y entre aujourd’hui par la porte de Lahore, un endroit bondé ouvrant sur une galerie ou officient des marchands de souvenirs. Derrière ces murs massifs de couleur rouge auxquels il doit son nom, le fort est un ensemble de jardins suspendus agrémentés de bassins, dans lesquels sont plantés d’autres pavillons. La promenade permet de découvrir les subtilités infinies de l’architecture moghole comme les moucharrabiehs en marbre donnant un effet dedentelle et les plafonds incrustés de pierres fines. Je suis conquise.

A l’extérieur, des images incroyables défilent.

Depuis Chandni Chowk, des ruelles étroites s’engouffrent vers les bazars spécialisés de la ville. Contrairement aux apparences, ce chaos est parfaitement organisé. La structure d’Old Delhi semble proche de celle des villes arabes. Un axe principal, le grand souk, desservi par des transversales qui sont des souks ou bazars secondaires. Nous pénétrons dans l’un deux. C’est celui des bijoutiers. Un interminable marché de l’or ou les parures rutilantes remplissent les vitrines des échoppes. On trouve, non seulement des bijoux, mais également tous les accessoires ayant un rapport avec la bijouterie (supports de vitrine, outillage, etc.). Autrement dit, les bijoutiers vendent et achètent. L’Inde est un des plus grands consommateurs d’or au monde.

Nous descendons vers la Jama Masjid, mosquée du vendredi, une des plus grandes du monde. C’est, avec le fort rouge, la plus importante construction moghole d’Old Delhi. On la doit à Shah Jehan. La mosquée de Delhi reprend le plan articulé autour d’une grande cour centrale instauré près de mille ans plus tôt par les omeyyades à Damas, développé en Asie Centrale et en Iran. Elle est surélevée par rapport au niveau de la rue.

Une fois en haut, on se déchausse. La majorité des passants emportent leurs souliers avec eux. La cour immense est pleine de monde. Au centre, un grand bassin, et sur le côté occidental, la salle de prière. La mosquée regorge d’alcôves. Nous partons alors vers Khari Baoli, le marché aux épices. Cet endroit résume à lui seul toute la fascination que l’orient peut exercer sur un voyageur. Une vaste rue envahie une foule de charettes tirées par des boeufs, ou poussées par des hommes. Nulle trace de véhicule à moteur. Partout, des marchands d’épices, mais aussi d’encens, de thé, de parfums. Les transactions se font à travers des rituels qui n’ont pas du changer depuis des siècles. Ce marché évoque, par son ambiance, les caravansérails qui rythmaient les routes caravanières d’Asie, de la Turquie à la Chine. Difficile de décrire nos sensations, tant elles sont intenses.  Ces produits, aux couleurs intenses et aux parfums pleins de promesses. Ces montagnes de ballots qui vont et qui viennent. Et puis tous ces gens. Ce mendiant a refusé un morceau de pain, disant qu’autre chose que de l’argent serait une atteinte à sa dignité. Ces femmes en saris haute couture venues faire leurs emplettes entre amies en cyclo rickshaw. Et tous ces regards, toutes ces vies qui nous emportent….

Première rencontre avec les Marwari

Nous n’avons qu’effleuré Dehli, il est temps de découvrir Jodhpur et Rohet. L’Inde seDans ce petit village, nous rencontrerons pour la première fois les chevaux Marwari, ces chevaux qui nous ont fascinés au point de prendre l’avion pour eux. Notre guide,  nous fait visiter son immense domaine, en passant forcément par les écuries qui se trouvent juste à côté. La famille de notre hôte élève des chevaux depuis de nombreuses générations, dans ce somptueux palais, appartenant à la famille Thakur Dalpat Singh, et construit en 1622. Il est classé patrimoine historique.

Demain, nous commencerons notre randonnée.

Nous faisons connaissance alors nos compagnons de route. Des Marwari évidemment… Il n’en resterait plus que 500 dans leur pays de naissance.

Le marwari et son cousin le khatiawari font rêver pour leur beauté et leur courage. Ce sont des chevaux à l’histoire légendaire. En effet, pour certains, les pur-sang indiens sont le fruit des amours, sous un croissant de lune, d’un étalon noir du désert et d’une jument blonde venue d’ailleurs.

Mais il semblerait plutôt que ces fiers chevaux indiens du Rajasthan, montures des guerriers Rajputs et des princes hindous, soient  les descendants de pur-sang arabes rescapés d’un naufrage sur les côtes indiennes. Mariés à des poneys locaux plus puissants, ils auraient développé cette particularité unique, transmise au fil des générations.

Reste que si personne ne comprend la naissance de ces oreilles si particulières, le pur –sang arabe est le fondateur de cette race. Comme pour nombre d’autres me direz-vous…

Un  port de tête altier, un modèle  longiligne, une encolure souvent courte mais bien orientée, des tissus extrêmement fins, une robe noire, crème, isabelle, grise ou autres (puisque toutes sont tolérées), le Marwari est conçu pour l’endurance..

Ils sont courageux au combat, dit-on et seuls les princes (rajah) et les guerriers appartenant aux castes les plus élevées étaient autorisés à les monter. Son histoire est donc liée aux rajpouts.

Le Marwari n’est pas seulement un cheval. C’est d’abord une caste et une langue, variante du hindi, parlée dans le Rajasthan (nom qui signifie le pays des rois).
Cet Etat récent (créé officiellement en 1949) s’étale au nord-ouest de l’Inde, vers le Pakistan. Il présente la particularité d’être divisé en deux régions, dont l’une, le désert de Thar constituera une partie de notre échappée. Il s’agit de l’un des 7 plus grands déserts au Monde ; sa surface totale Pakistan inclus, avoisine les 200 000 km2.

Quel cadeau de les chevaucher… L’excitation nous gagne !

Nous passerons cinq jours sur leurs dos à arpenter ce désert, dormant dans des palais et campements envoûtants.

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En route

Le désert du Thar est une succession de terres arides, de dunes. A gauche comme à droite, du sable à perte de vue, quelques dunes à l’horizon. Le relief est ponctué d’épineux et d’acacias argentés par la poussière et la sécheresse. Ici et là, quelques chèvres dressées sur un tronc, un chameau baraqué dans une flaque d’ombre, une case ronde coiffée de chaume brun, indiquent que la vie existe. Sommes nous en Inde ou au cœur de l’Afrique ? Nos chevaux nous portent fièrement, nullement dérangés par la sécheresse.

Thali et chapatis constituent entre autres nos repas, dans un campement tout simplement extraordinaire, monté comme un village. Nous dormons sur de fins matelas et observons les étoiles comme des enfants, le ciel nous offrira d’ailleurs quelques étoiles filantes.

Après quelques toasts grillés au feu de bois, un ouf dur et un chai, nous continuons notre chemin, trots et galops se succèdent… un bonheur que ces chevaux, fins, sensibles, confortables et merveilleusement intelligents…

En raison de l’habitat diversifié, de la végétation la vie animale dans cette région aride, est très riche. De nombreuses espèces de lézards et de serpents côtoient des rapaces ; un asile pour les migrateurs, nous apprend notre guide. Un instant, nos chevaux se figent,nous aussi, des antilopes se trouvent à notre droite. En soirée, nous verrons passer au loin un renard du Bengale….

Les animaux ne sont pas les seuls à vivre sur ces terres peu hospitalières. De loin en loin, apparaissent des groupes de deux ou trois maisons de pisé où vivent les protecteurs du Thar, les Bishnoï. Bergers ou forgerons, cette population a conservé les coutumes de trocissues des antiques civilisations de l’Indus. Respectueux de la nature qui les accueille, ils ont institués des lois strictes, 29 exactement comme l’indique leur nom – bish = 20, noi = 9 –, qui interdisent entre autre à tout visiteur de prélever quoi que ce soit dans la faune et la flore locale. Leur accueil est chaleureux, le cheval est un vrai passeur de cultures, cela se confirme à nouveau.

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Notre randonnée, nous entraîne alors au cœur  des champs de millet, de sésame et de sorgho : cultures céréalières typiques de la région. Nous sommes en direction de Dhoondli, un village aux traditions immuables. Ici, les hommes trinquent toujours à l’opium pour célébrer un mariage ou enterrer une hache de guerre.

Surplombant le désert, il existe un hôtel tout droit sorti des contes de fée. C’est là que nous entraînent nos destriers. Fièrement dressé sur Mali Nathji ka Dhora, la dune sacrée dédiée au Dieu de la guerre, le Mihir Garh surprend par sa structure gigantesque et son impressionnante beauté. Il se distingue, majestueux, parmi les sables d’or de Marwar, comme si le désert lui-même l’avait porté en son sein.

Son architecture est inspirée des villages locaux du côté Ouest du Rajasthan, au regard des grands murs de terre crue, des coins légèrement arrondis, des nombreuses alcôves et des cheminées. Les tons, du bleu au jaune en passant par le rouge, mettent parfaitement en valeur le mobilier traditionnel. La vue sur le désert est omniprésente, nous sommes invités à un repos presque sacrés.

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Histoire du Marwari

Une  dernière chevauchée aux alentours du fort et nous laissons nos chevaux pour aller rencontrer leurs pères/ mères au haras national. Ce sont les responsables nationaux de l’Association Indienne du Cheval Marwari, qui nous content l’historique de la race. Les Rathores, chefs traditionnels de la région furent les premiers à élever ce cheval, apprécié pour sa bravoure et sa beauté. Nous avons donc la confirmation de ce que nous avions pu lire :

Le Marwari est le descendant de poneys indigènes indiens croisés avec des chevaux arabes. Les poneys étaient de petite taille et robustes, mais aussi de mauvaise conformation. L’influence du sang arabe les a affinés et a corrigé certains défauts.  Ces pur-sang arabes seraient peut-être issus d’un navire de charge qui fit naufrage au large de la côte ouest de l’Inde. La légende affirme d’ailleurs qu’un navire arabe, contenant sept chevaux de bonne race, a fait naufrage au large du Kutch. Ceux-ci auraient ensuite été capturés par le district de Mârvar et utilisés comme étalons fondateurs pour la race Marwari. L’influence du cheval mongol, venu du nord, n’est pas à exclure de même que celle de l’Akhal-Teke venu du Turkménistan.

Le Rathores, dirigeants du Mârvar et membres de la célèbre cavalerie Rajput, sont les éleveurs traditionnels du Marwari. Ils furent forcés de quitter leur Royaume de Kânnauj en 1193, et de se retirer dans le désert de Thar. Le Marwari étant essentiel à leur survie, pendant le XIIe siècle, un strict processus de sélection a été suivi, afin de ne garder que les meilleurs étalons pour la reproduction de la race. À l’époque, les chevaux étaient considérés comme des êtres divins, et parfois,  n’ont été autorisés à être montés que par les membres de la famille Rajput et les Kshatriyas, de la caste des guerriers. Lorsque les Mongols prirent possession du Nord de l’Inde au début du XVIe siècle, ils ont apporté avec eux le cheval turkmène, qui a probablement été utilisé pour compléter l’élevage des Marwari.

À la fin du XVIe siècle, les Rajputs de Mârvar, sous la direction de l’empereur moghol Akbar, forment un groupe de cavalerie fort de plus de 50 000 membres. Ces soldats estiment qu’un cheval Marwari ne peut quitter un champ de bataille que sous trois conditions : la victoire, la mort, ou en portant son maître gravement blessé en sécurité. Plus de 300 ans plus tard, au cours de la Première Guerre mondiale, les lanciers Marvars, sous le commandement de Pratap Singh d’Idar, ont aidé les Britannique.

La période du Raj britannique hâte la chute du Marwari. Les occupants britanniques préfèrent d’autres races et tentent d’éliminer  Marwari et  Kathiawari. Les Anglais préfèrent en effet, le Pur Sang et le poney de polo. Même les oreilles tournées vers l’intérieur, typiques de la race, sont raillées comme étant une marque indigène. L’acharnement des Anglais contre la race, qualifié de « sans précédent », manque de la faire disparaitre.

Pendant les années 1930,  l’élevage diminue et se fait de moins bonne qualité en raison de pratiques médiocres. L’indépendance de l’Inde, ainsi que l’obsolescence des guerriers à cheval, conduit à une diminution du besoin en animaux. Beaucoup seront tués par la suite. Le haras est donc un conservatoire de cette race, même s’il est  aussi un centre de remonte pour l’armée.

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Jodhpur

Jodhpur sera notre dernier arrêt avant de rejoindre l’Europe ! Pour moi, c’est la ville du polo par excellence, mais c’est aussi et surtout la deuxième ville du Rajasthan.

La « ville bleue » comme on la surnomme fut fondée en 1459. Elle est ainsi nommée car la plupart des maisons de la vieille ville sont peintes de cette couleur. Le bleu indiquait que ces maisons appartenaient à des membres de la caste des brahmanes. On la surnomme « la cité du soleil » en raison de l’exceptionnel ensoleillement dont elle jouit tout au long de l’année. Des entelles circulent quelquefois dans la ville ; ces animaux peuvent se trouver notamment dans un temple dédié à Hanuman. Le vieux Jodhpur est blotti au pied d’une forteresse d’une majesté sans égale, le fort de Mehrangarh, construit en 1459, sans doute l’une des plus belles et des plus imposantes de l’Inde : le fort magnifique ! Il surplombe la ville du haut de ses 122 mètres. La cité est animée par ses étals parfumés d’épices, les bazars des marchands, les fruits, les bijoux et pierres précieuses. Nos cinq sens sont en éveil !

L’après-midi direction Dehli puis retour en France, dans mon cas.

Finalement, ce fut en écoutant l’histoire du cheval Marwari que je compris le sens réel de mon voyage… Partie sur ses traces, il m’emmena aux confins de sa naissance et de son essor dans le Thar, puis me montra le combat de certains pour le sauver.

Ce cheval est un régal, j’espère que nombreux sont ceux qui s’en apercevrons.

Passeur de sens et de vie, il entrouvrit pour moi une lucarne de ce pays exaltant, éblouissant, envoûtant et pourtant parfois effrayant qu’est l’Inde. Pays de contrastes tant par sa richesse que par sa pauvreté, par ses paysages luxuriants ou désertiques à la fois, par son architecture ancienne ou ultra moderne.

L’Inde m’a éblouie et je conseille à chacun d’embarquer. Lorsque le présent porte l’histoire au galop de son destrier de lune, on ne peut que vibrer !

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Merci à l’agence www.cavalngo.com, sans qui toute cette découverte n’aurait pu avoir lieu

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